Le CAUE de Paris lance la première campagne de l’Observatoire photo participatif des paysages parisiens. Jusqu’au 30 novembre 2026, les amateurs sont invités à reconduire des clichés pris en 1970 ou en 2022, pour documenter les transformations de la ville. Une démarche citoyenne et scientifique qui redonne à la photo son rôle originel : témoin d’un monde qui change.
Le mode d’emploi est simple : rendez-vous sur observatoire-photo.paris, parcourir la carte des photographies disponibles, choisir un cliché, localiser le point de vue dans la ville, s’y rendre, photographier, puis déposer son image sur la plateforme. La première campagne de l’Observatoire photo participatif des paysages parisiens, lancée le 6 mai 2026 à La Roche – l’ancien hôpital La Rochefoucauld dans le 14e arrondissement reconverti en lieu de vie sociale et solidaire -, est ouverte jusqu’au 30 novembre 2026 à tous les photographes amateurs, armés d’un téléphone ou d’un reflex.
Deux corpus servent de base à ces « reconductions » photographiques. Le premier regroupe les 70 stations établies lors du concours Portrait de paysage organisé par le Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement de Paris (CAUE 75) en 2022, dont les images avaient été exposées pendant un an dans l’espace public parisien. Ces stations sont géolocalisées avec précision. Le second corpus est autrement plus vertigineux : les 30 225 photographies numérisées issues du concours C’était Paris en 1970, conservées à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris. Ces images ne sont pas toutes localisées avec exactitude, ce qui ajoute à la démarche une part d’enquête urbaine, de chasse au trésor.
Un inventaire né de l’urgence
Pour comprendre ce que représente le fonds C’était Paris en 1970, il faut revenir à son origine. En 1969, Claude Gourbeyre, maire du 20e arrondissement, constate avec impuissance la transformation radicale de son territoire. Les ruelles et maisonnettes disparaissent, les bulldozers œuvrent sans relâche. Aucune image ne rappellera, dans l’avenir, ce que fut l’arrondissement avant son bouleversement, redoute l’élu. Il frappe alors à la porte de la Fnac, fondée par deux anciens résistants avec, entre autres ambitions, la démocratisation de la photographie, qui accepte aussitôt de co-organiser le concours.
Il s’ouvre officiellement le 25 avril 1970 dans un lieu symboliquement choisi : les Halles de Paris, dont la démolition est déjà programmée. Paris est divisé en 1 725 carrés de 250 mètres de côté, attribués par tirage au sort afin d’éviter que la Tour Eiffel et Notre-Dame ne monopolisent les objectifs. Le résultat dépasse toutes les espérances : quelque 2 800 candidats déposent leurs travaux, produisant 91 000 photographies. Un Paris saisi dans toute sa vérité quotidienne – les voitures partout, les façades noircies, les chantiers colossaux, des enfants jouant seuls dans les rues, des artisans posant fièrement. Une sociologie spontanée, non commandée, d’une ville en pleine mue. L’évènement connaît un retentissement considérable, fait l’objet d’une chanson composée par Claude Bowling et chantée par Juliette Gréco.
L’un des participants de l’époque, venu témoigner lors de la soirée de lancement, résume ce que ce concours avait d’irremplaçable : « Demander à des non-professionnels de faire des photos, ce n’est pas la même chose que de faire une commande à un professionnel. Les gens sont venus parce qu’ils ressentaient Paris comme ça, et ils voyaient des choses qui n’étaient pas forcément spectaculaires, mais qui étaient vraiment des témoins ou des symboles de cette ville. »
La photographie comme outil de connaissance
C’est précisément ce que défend Frédérique Mocquet, architecte et docteure en architecture, auteure d’un ouvrage de référence sur les observatoires photographiques du paysage (*). Pour elle, la photo amateur possède ses propres vertus : « La photographie a une capacité à enseigner à la fois les évolutions géographiques, matérielles des lieux, mais aussi les seuils de nos affects, de nos sensibilités, de nos imaginaires. » Documenter un paysage, ce n’est pas seulement enregistrer la pierre et l’asphalte, c’est capter ce qu’une époque projette sur son environnement.

Frédérique Mocquet, architecte et docteure en architecture, auteure d’un ouvrage de référence sur les observatoires photographiques du paysage. © Jgp
Les deux adjoints au maire de Paris présents ont souligné l’utilité politique de la démarche. Pour Aminata Niakaté, adjointe chargée de la végétalisation et de la biodiversité, l’Observatoire permet « d’accéder à un autre aspect, plus sensible et plus humain » de l’évolution de la ville. Antoine Guillou, adjoint notamment chargé des espaces verts, y voit le moyen de rendre visible ce que Paris a accompli depuis les années 1970 en matière de restitution de l’espace public aux piétons et à la nature.
La campagne lancée par le CAUE Paris ne comporte ni récompense ni jury. L’initiative doit produire une archive collective, une mémoire commune dont chacun peut être l’auteur.
La campagne est accessible sur observatoire-photo.paris jusqu’au 30 novembre 2026. La Bibliothèque historique de la ville de Paris consacre une exposition au fonds C’était Paris en 1970 du 1er juin au 7 octobre 2026.
(*) L’observatoire photographique du paysage, une politique du regard, Créaphis éditions




