G. Didier : « L’Etat traîne les pieds face au logement indigne »

Le vice-président de la région Ile-de-France en charge du logement souligne l’engagement de la Région contre les marchands de sommeil et appelle à un durcissement de la loi couplé à une politique plus volontaire de l’Etat.

Le drame de l’incendie d’Aubervilliers souligne l’enjeu de la lutte contre l’habitat indigne et les marchands de sommeil. Quelle est l’action de la région Ile-de-France sur ces questions ? 

Il y a un an, plusieurs maires sont venus nous voir, Valérie Pécresse et moi, pour nous dire à quel point ils se trouvaient financièrement et juridiquement désarmés face à ce phénomène de délinquance grandissant. On estime aujourd’hui à près de 200 000 le nombre de logements insalubres en Ile-de-France. Y résident les populations les plus fragiles – mères isolées, personnes âgées, étudiants, etc. – exploitées par des criminels sans vergogne. J’ai vu une mère et son enfant survivre dans un garage de 15 m2, la moisissure aux murs, pour plus de 800 euros par mois ! Nous avons donc décidé de déclarer la guerre à ces exploitants de misère. Durant plusieurs mois, j’ai travaillé avec des juristes, des élus, des magistrats et conçu un projet de loi clé en main visant à éradiquer le phénomène.

Geoffroy Didier

Geoffroy Didier. © DR

Il faut faire évoluer le droit pour pouvoir frapper au portefeuille et exproprier de leurs biens les marchands de sommeil. Le gouvernement a repris certaines de nos propositions dans le projet de loi Elan, mais il est urgent qu’il passe à la vitesse supérieure. Je ne me résoudrai jamais à ce que, dans un pays aussi riche que la France, il puisse encore exister de telles zones de non-droit qui mettent en danger de mort des familles entières. Je ne lâcherai rien dans ce combat.

Les élus locaux se sont plaints, à cette occasion, de retrait ou de retard dans les crédits d’Etat affectés à ces chantiers, ils ont raison ? 

Les maires veulent que le gouvernement mesure l’urgence de la situation. Ils demandent, par exemple, à l’Etat d’accélérer le calendrier de mise en œuvre des chantiers de rénovation urbaine dans les quartiers les plus sensibles où les difficultés de logement, mais aussi de sécurité, de transport et de disparition des services publics, se multiplient.

Malgré ses contraintes budgétaires, la région Ile-de-France investit 250 millions d’euros dans ces quartiers – mobilisation sans précédent -, mais l’Etat, malgré de grandes annonces de communication, traîne les pieds sur le plan financier. Durant les discours, on additionne volontiers les milliards mais concrètement, dans la loi de finances 2018, la majorité a voté… 15 millions d’euros ! Il n’existe pas d’action publique sans mobilisation financière. L’exaspération des maires, toutes tendances politiques confondues, est bien légitime.

© Laurent Bouclier

Où en est votre initiative d’un fonds de préemption pour lutter contre les marchands de sommeil ? 

Il est déjà en œuvre ! Grâce à l’Etablissement public foncier d’Ile-de-France dont je suis le président, nous avons d’ores et déjà mobilisé 40 millions d’euros pour concurrencer les marchands de sommeil sur leur terrain, et les empêcher d’agir en amont. Concrètement, dans des villes comme Clichy-sous-Bois, Montfermeil ou encore Aulnay-sous-Bois, dès qu’un pavillon à vendre est situé dans un périmètre à risque et donc susceptible d’être acheté par un marchand de sommeil, nous l’acquérons et le transformons en logements sociaux. Nous travaillons aussi naturellement avec la commune d’Aubervilliers. Une telle mobilisation est précieuse pour les maires !

Où en sont les Orcod-IN de Grigny et de Clichy-Montfermeil ? 

Les Orcod-IN sont des projets de requalification de très grandes copropriétés (chacune comptant environ 5 000 logements) qui se sont sévèrement dégradées par l’impossibilité des propriétaires à honorer leurs charges. Ces opérations, d’ampleur exceptionnelle, décidées par l’Etat et pilotées par l’Epfif, nous permettent d’aider les copropriétaires à reprendre en main leur bien, réaliser les travaux urgents et régler les questions de charges trop importantes.

Par exemple à Grigny 2, la région Île-de-France a investi 5 millions d’euros pour raccorder le bâtiment au réseau de géothermie, ce qui est à la fois plus économique et plus écologique pour les copropriétaires lourdement endettés. De tels chantiers prennent du temps mais ils avancent, tant notre mobilisation est totale.

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