Dans ses deux derniers guides, « Entrez en ville » et « Le vrai du faux de la décarbo », City Linked s’intéresse à des sujets d’une brulante actualité afin d’en décrypter les enjeux, de lister les freins et de dessiner un chemin pour les mener à bien. Aux rappels des origines et des règles de chaque thématique, l’agence de conseil en stratégie urbaine illustre ses propos d’une série de retours d’expériences aussi diversifiés qu’éclairants.
Si les deux thèmes abordés par les dernières publications de City Linked ne sont pas nouveaux, ils présentent la particularité d’être au cœur des préoccupations actuelles des acteurs publics et privés de la fabrique de la ville autant par les défis qu’ils génèrent que par les difficultés de leur mise en œuvre. Dans les deux cas, « Entrez en ville » et « Le vrai du faux de la décarbo » proposent, après un point sur les origines des situations actuelles et des repères réglementaires à l’aide de nombreuses infographies, un « petit tour de France » de cas d’études et autres focus sur des opérations en cours.

Gilles Bouvelot (Epfif), Emmanuelle Cosse (USH), Cécile Dang (City Linked) et Sybil Cosnard (City Linked) le 3 décembre lors de la présentation des ouvrages « Entrez en ville » et « Le vrai du faux de la décarbo ». © Jgp
En matière de décarbonation, « nous constatons une multiplication d’injonctions contradictoires dans la règle et dans la norme, ainsi que des divergences d’interprétation », a indiqué Sybil Cosnard en introduction de la matinée de présentation de ces ouvrages le 3 décembre. La présidente de City Linked a également pointé la nécessité de « mieux organiser et hiérarchiser la gouvernance », sans oublier la dimension financière qui est « le nerf de la guerre ».
Des choix politiques
Pour Emmanuelle Cosse, une des solutions pourraient venir du marché carbone. « Si l’activité immobilière permet de baisser les émissions de carbone, ces dernières peuvent-elles être monnayées sur un marché pour financer une partie de l’activité ? », a-t-elle suggéré. Mais la présidente de l’Union sociale pour l’habitat (USH) a surtout invité à ne pas être obnubilé par un calendrier qui « écrase tout » et à « élargir la focale » pour arrêter de réduire les enjeux climatiques à la baisse des émissions de carbone, et aborder aussi les sujets sur lesquels l’activité immobilière à un impact très fort, notamment la biodiversité et l’eau. Le risque à ne pas prendre en compte la globalité des enjeux environnementaux est d’arriver à « des modèles de ville et de restructuration des modèles urbains à deux vitesses », avec des endroits rénovés, disposant de mobilités douces, etc, et d’autres où on ne peut rien faire. Toute la question est de savoir, selon l’ancienne ministre du Logement, « si nous souhaitons une ville décarbonée ou qui permettrait d’avancer ensemble », ce qui relève du choix politique beaucoup plus que technique. « Certains pays ont fait des choix différents en axant la décarbonation sur la mobilité ou l’industrie plutôt que le bâtiment et l’immobilier », a également indiqué Emmanuelle Cosse.

Pascal Pelain, maire de Villeneuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine). © Jgp
Gilles Bouvelot a aussi considéré « politique » le sujet de la sobriété foncière inhérent à celui de la requalification des entrées de ville dont les exemples cités dans l’ouvrage de City Linked sont « intéressants et emblématiques ». ZAC des Portes de Noiseau (Val-de-Marne) sur un ancien site d’Orange, requalification de la RD14 à Montigny-lès-Cormeilles (Val d’Oise), recyclage d’une friche ferroviaire à Drancy (Seine-Saint-Denis) font partie des opérations détaillées. Mais alors qu’il mène plusieurs projets de transformations des entrées de sa ville pour « retravailler sur son attractivité et son identité », Pascal Pelain, maire de Villeneuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine) a déploré la difficulté à sortir des projets. « Le temps long nous épuise », a-t-il lâché.
Ne pas faire de la transformation « un dogme »
Soulignant un arsenal loin d’être complet et adapté à ce type de projet, Marie-Anne Renaux, avocate associée fondatrice du cabinet Wihhelm, a admis qu’il faudrait « desserrer l’étau législatif sur ces zones pour permettre un temps plus court de réalisation ». A commencer par la possibilité pour les maires de changer la destination du bâti dans une zone lors de la délivrance du permis de construire sans changer le PLU, afin de faciliter la mixité fonctionnelle. La vigilance reste de mise toutefois sur l’intégration de logements dans ces zones commerciales. Aussi, l’architecte urbaniste Madeleine Masse a préconisé de ne pas fonctionner qu’avec la calculette, mais de veiller au cadre de vie, à la forme de l’habitat, à la renaturation des parkings, à la gestion de l’eau… « Faire un quartier approprié pour les habitants de demain », a résumé la fondatrice de l’Atelier Soil.

De g. à dr. : Eric Grimonpon (Etixia), Madeleine Masse (Atelier Soil), Richard Curnier (Banque des territoires), Marie-Anne Renaux (Wihhelm), Pascal Pelain (Villeneuve-la-Garenne) et Marc Lecocq (Frey). © Jgp
Le directeur de l’Epfif (Etablissement public foncier d’Ile-de-France) a invité pour sa part à ne pas faire de la transformation « un dogme ». « Il faut comparer tous les impacts : les émissions de carbone, mais aussi la qualité des logements transformés et leur vie dans le temps. Puis prendre la bonne mesure des travaux à faire ». Mais Emmanuelle Cosse et Gilles Bouvelot ont convenu que pour passer à la massification de la décarbonation et de la transformation de l’existant, les filières du biosourcés et du hors site doivent se construire. « On a beaucoup avancé mais on n’est pas dans la massification », a admis la première, or, « la clé viendra de là », a prévenu le second.