Alors que le récent rapport de la Chambre régionale des comptes (CRC) sur les finances de la Ville de Paris doit être débattu au Conseil de Paris, le 9 octobre, la droite parisienne le juge « accablant ». David Alphand (LR), coprésident avec Rachida Dati du groupe Changer Paris, nous détaille sa lecture de la « situation budgétaire gravissime » et les pistes d’économie de la droite parisienne.
Le rapport de la CRC est à l’ordre du jour du Conseil de Paris. La séance sera-t-elle houleuse ?
Nous avions demandé que cette communication fasse l’objet d’une discussion prioritaire. Le premier adjoint [Patrick Bloche, PS] a refusé. C’est le signe de la grande fébrilité de la majorité municipale autour de ce rapport accablant. Notre groupe, Changer Paris, et les oppositions ne manqueront pas d’appuyer là où ça fait mal.
L’adjoint aux finances, Paul Simondon, estime que ce rapport a été « bâclé » (en neuf mois) pour sortir avant les élections municipales…
Cet argument ne tient pas. Certes, le précédent rapport de la CRC avait fait l’objet d’un travail de 22 mois et était sorti après les élections. Mais, ce sont plutôt ces 22 mois qui étaient hors norme. Les délais d’aujourd’hui sont parfaitement normaux pour ce type de travaux. Il faut plutôt voir dans la décision des magistrats de la CRC la volonté de porter à la connaissance des électeurs une situation financière gravissime. J’y vois une très grande inquiétude manifestée par la CRC, qui a estimé ne pas pouvoir garder ces informations sous le coude.

David Alphand (LR), coprésident du groupe Changer Paris à l’Hôtel de ville. © Alain Guizard
Pourquoi la situation financière de la Ville est-elle, selon vous, « gravissime » ?
L’exécutif balayait nos critiques et nos alarmes au motif que nous aurions un regard biaisé. La CRC les valide toutes. Son rapport pointe ce que je qualifie de phénomène de turbo-endettement de la Ville. En quelques années, la dette municipale a explosé au point de devenir absolument insoutenable. La CRC nous donne raison aussi sur les loyers capitalisés, considérant qu’ils doivent être intégrés au calcul de la dette globale et que celle-ci s’élève donc, en réalité, à 11,6 milliards d’euros. Nous la chiffrons même à 12 milliards d’euros d’ici à la fin de l’année.
L’exécutif répond que la dette est « saine » parce qu’il s’agit d’investissement dans la pierre et que « le patrimoine de la Ville s’élève désormais à 47 milliards d’euros »…
Si on suit cette logique, allons-y, surendettons Paris, puisqu’on pourrait vendre la tour Eiffel ! C’est absurde. Ce patrimoine est en réalité incessible, qu’il s’agisse de logements sociaux ou de bâtiments accueillant des services municipaux. La dette est si colossale que la CRC chiffre la capacité de désendettement de Paris à plus de 39 ans, alors que la norme pour une collectivité territoriale est de 12 ans maximum.
Pour Paul Simondon, cette durée d’endettement aurait été ramenée à 13 ou 14 ans après le budget rectificatif de juillet 2025. Vous n’y croyez pas ?
Le budget rectificatif est une rustine. C’est une solution de très court terme, collée sur le budget pour masquer l’insoutenabilité de la dette parisienne. C’est la même chose pour l’augmentation massive (62 %) de la taxe foncière en 2023 : elle a déjà été totalement absorbée et gommée par la dynamique des dépenses de la Ville. C’est la CRC qui le dit. Les 39 ans vont nécessairement réapparaître dans le prochain budget.
Voulez-vous réduire les dépenses d’investissement ?
Il ne peut pas y avoir de soutenabilité sans une nouvelle hausse massive des impôts à Paris ; c’est la mauvaise surprise, inévitable, qu’auraient les Parisiens au lendemain de l’élection s’ils choisissaient Emmanuel Grégoire [candidat du PS] ou David Belliard [Les Écologistes] en mars prochain. Sauf s’ils préfèrent notre candidate, Rachida Dati [LR], qui a présenté un contre-budget en décembre dernier prévoyant des économies à hauteur de 300 millions d’euros par an.
Quels sont vos principaux postes d’économie ?
En premier lieu : les préemptions. Depuis trois ans, la Ville consacre 250 millions d’euros par an pour acheter des immeubles du parc privé et les transformer en logements sociaux. Or, la Ville de Paris respecte aujourd’hui ses obligations légales en la matière (25 %). Nous pouvons donc économiser 250 millions par an, immédiatement.
Concernant les dépenses de fonctionnement, la CRC suggère notamment de réduire la masse salariale. C’est votre priorité ?
Aujourd’hui, une majorité d’agents municipaux travaillent moins de 35 heures par semaine, grâce à une série de dérogations mises en place par la Ville. Nous voulons passer aux 35 heures effectives, ce qui réduira d’autant les besoins de recrutement et permettra de réduire le nombre de fonctionnaires. Nous proposons aussi d’intégrer l’intelligence artificielle aux services municipaux. À la mairie de Plaisir [Yvelines], par exemple, une IA a été installée pour tenir le standard téléphonique, et dégager des postes. À Paris, on pourrait pareillement redéployer des agents sur des tâches à plus forte valeur ajoutée. C’est une philosophie de management très différente de celle de l’équipe sortante.
Rejetez-vous l’argument de l’exécutif municipal selon lequel la situation financière dégradée n’est pas propre à Paris, mais concerne tous les acteurs publics ?
La Ville de Paris a bénéficié d’un trésor de guerre grâce aux droits de mutation, en début de mandature. Ces DMTO ont atteint des niveaux records, incomparables avec ceux enregistrés dans les autres collectivités territoriales, allant jusqu’à 1,8 milliard d’euros en 2022. Nous avions demandé, avec Rachida Dati, de faire des réserves pour les temps plus difficiles. Cette manne a été dilapidée. Quand la conjoncture s’est retournée, l’équipe a été prise au dépourvu.
Rachida Dati fait un lien entre la situation financière de la Ville et la polémique sur les notes de frais d’Anne Hidalgo. Et vous ?
Il est choquant de constater que la situation budgétaire est gravissime et que, dans le même temps, la maire fait chauffer la carte bleue pour s’acheter des robes avec l’argent des Parisiens. On pourrait imaginer que les élus prennent conscience de la situation et se montrent scrupuleux. Au lieu de cela, on apprend que certains – comme Éric Lejoindre [PS], maire du 18ᵉ et porte-parole d’Emmanuel Grégoire – utilisent leurs frais de représentation pour paier des pizzas au Nutella et des menus enfants au restaurant, ou achètent des sweatshirts sur internet.
La maire de Paris dispose d’une enveloppe de 19 700 euros pour ses frais de représentation. Les ministres de 150 000 euros. Est-ce un bon angle d’attaque ?
Ce n’est pas comparable : cette enveloppe est destinée à couvrir les frais du ministre, mais également de l’ensemble de ses collaborateurs.
La date du procès de Rachida Dati – pour corruption passive et trafic d’influence, dans l’affaire Renault-Nissan – est désormais connu : septembre 2026. Cette perspective ne va-t-elle pas gêner votre campagne électorale, à droite ?
Nos concurrents sont libres d’aller sur ce terrain-là. Encore faudrait-il qu’ils soient exemplaires. Nous, nous sommes concentrés sur le projet que nous présenterons aux Parisiens. Rien ne nous fera dévier de notre volonté de présenter notre vision pour Paris et de redresser les comptes de la Ville.