David Belliard remporte la primaire EELV pour les municipales à Paris

David Belliard, coprésident du groupe Ecologiste au Conseil de Paris, a remporté samedi 1er juin 2019 la primaire au sein d’EELV en vue des prochaines municipales à Paris, qui l’opposait notamment à Julien Bayou. Retrouvez l’interview qu’il nous avait accordée début avril.

Quel bilan tirez-vous de ce mandat dans la majorité ?

En tant qu’écologistes nous n’avons pas à rougir du bilan, même s’il est mi-figue, mi-raisin. Nous avons obtenu un certain nombre d’avancées comme la piétonnisation des berges de la Seine, la mise en place d’un budget participatif ou le développement des pistes cyclables qu’Europe écologie demandait. Il y a encore beaucoup de choses à faire mais des décisions positives ont été prises, notamment sur la transition écologique.

Il reste toutefois des points durs avec l’exécutif liés à des visions différentes de la ville, notamment en matière d’urbanisme, avec des mobilisations contre la bétonnisation concernant l’ESPCI, le TEP Ménilmontant ou l’opération Bercy-Charenton. Nous ne faisons pas la même analyse qu’Anne Hidalgo : la ville est trop dense, ce qui est facteur de pollution et de saturation des transports. La densité pose aussi des problèmes en termes d’espaces verts.

L’autre sujet de divergence est la consommation. Nous voulons par exemple libérer Paris de la publicité. Certains partenariats avec des entreprises, comme Total à qui a été offerte la surface publicitaire couvrant les travaux du théâtre du Châtelet, constituent des points de crispation fort.

En matière d’alimentation, il y a eu des progrès sur le bio, notamment dans les cantines scolaires, mais il y a encore un travail à faire pour aller de 50 à 100 % dans les lieux gérés par la ville et offrir une alternative végétarienne.

Certains reprochent à Anne Hidalgo son fonctionnement trop vertical. Quel est votre point de vue, vous qui faites partie de la majorité municipale ?

Il y a un sujet de gouvernance lié au fonctionnement de la majorité. La question des Jeux olympiques ou celle de la tour Triangle n’ont, par exemple, pas été évoquées dans le cadre de la campagne électorale. C’est un fonctionnement qui repose sur la centralisation et le rapport de force. La mise en place d’un budget participatif ne s’est pas traduite par plus d’horizontalité et de démarches participatives. Le bois Dormoy est par exemple géré par un collectif de citoyens mais il n’y a toujours pas de convention d’occupation, en raison de la méfiance de l’exécutif pour ce type d’organisation. Dès que les citoyens veulent gérer, c’est compliqué. C’est la même chose au jardin Truillot. Ceci montre une philosophie qui n’est pas celle que nous défendons et que l’on retrouve sur les projets : la mairie fait voter sur la couleur des pieds d’arbres mais pas sur l’organisation des JO.

Quels sont les sujets que vous portez pour la municipalité ?

Ils se déclinent en trois axes. Le premier est la transition écologique. Paris est trop dense, il faut l’aérer et créer des espaces verts en pleine terre. Il y a une accélération du dérèglement climatique et une perte de biodiversité, il faut donc créer des îlots de fraîcheur pour améliorer la qualité de vie des habitants. Mais quand la moyenne de prix du m2 d’un logement est de 10 000 euros, préserver les espaces verts devient un sujet économique. Je souhaite donc que l’on préserve ce qui existe et que l’on débétonnise où c’est possible.

Je souhaite aussi gagner la bataille de la qualité de l’air, avec la fin de la suprématie de la voiture individuelle. Il faut changer de paradigme. Paris doit devenir une ville 100 % cyclable et offrir une alternative en développant le covoiturage de manière massive. Cela passe aussi par la réduction des places de stationnement et en rendant payant celui des deux-roues motorisés, ce qui nécessite de continuer à investir massivement dans les transports en commun. Personne ne dit qu’il ne faut plus du tout de voitures à Paris. Il en restera pour les pompiers, les médecins, etc. mais il faut modifier la manière de se déplacer pour les trajets dans Paris.

Il faut également continuer sur le zéro déchet en étant dans une logique de chasse au gaspillage, de réemploi, de fin du plastique. Et, de ce fait, mettre fin au projet d’incinérateur d’Ivry. Cela implique de rompre avec le modèle de sur-consommation, de changer de braquet.

David Belliard

« Je rêve d’un Paris sans portes », affirme David Belliard. © DR

Vous trouvez également que Paris est une ville trop chère, que préconisez-vous à ce sujet ?

C’est le deuxième axe de mes propositions. Je soutiens tout d’abord l’encadrement des loyers à Paris et dans la zone dense. Il me semble nécessaire de créer un office foncier solidaire à l’échelle de la métropole du Grand Paris, qui soit abondé à hauteur de plusieurs dizaines, voire centaines, de millions d’euros. Ce type de dispositif permet, en séparant le foncier du bâti, d’interdire la spéculation et de faciliter l’accession, conduisant à une stabilité des prix. Il faut aussi lutter contre Airbnb et consorts.

Par ailleurs, alors que 3 600 personnes dorment à la rue dans la Capitale et que des collectifs d’artistes cherchent des lieux où s’installer, il faut assumer une politique de l’éphémère et autoriser l’occupation des bâtiments libres de la municipalité. Aujourd’hui, tout est commercialisé, il n’y a plus d’espaces de gratuité. Nous nous sommes, par exemple, opposés à la convention de la ville avec la SNCF concernant les aménagements de la Petite ceinture, qui prévoient l’installation de bars, lieux qui ne sont pas accessibles à tout le monde. De même, il semble nécessaire de développer des toilettes publiques, car les cafés en font payer l’accès à ceux qui ne consomment pas, et d’installer des bancs dans les rues pour éviter d’être obligés d’aller à une terrasse de bar pour s’asseoir.

Cette réflexion dépasse les limites de la ville ?

Mon idée est de s’inscrire dans une logique beaucoup plus métropolitaine qu’aujourd’hui. S’il y a une aération du cœur de Paris, une réflexion doit être menée à l’échelle du Grand Paris pour disposer de grands parcs, construire du logement social et créer des continuités cyclables. S’agissant du périphérique, je propose d’en faire un bassin de vie, avec du logement, des espaces verts, mais pas un boulevard urbain. Je rêve d’un Paris sans portes. Jean-Louis Missika parle de nouvelles centralités, nous parlons de ponts. Ces politiques ne peuvent être menées qu’au niveau métropolitain. On ne peut plus faire rouler des millions de véhicules dans la métropole avec les épisodes climatiques qui vont se multiplier. Paris est trop petite, il faut aménager la ville au niveau métropolitain.

Le dernier axe de vos propositions concerne d’ailleurs la gouvernance ?

Deux choses manquent au Grand Paris : les moyens – c’est un géant sans bras pour pouvoir mener des projets d’aménagement au niveau métropolitain – et des dispositifs de redistribution des richesses dans ce territoire très inégalitaire. La métropole doit être renforcée. Il est nécessaire d’impliquer davantage les citoyens dans l’organisation de la ville et de leur quartier, et d’expérimenter sur les biens communs. De nombreux projets mériteraient des débats, au minimum au niveau métropolitain, sur le périphérique, les Jeux olympiques, la ZAC Bercy-Charenton ou le crématorium envisagé dans le 19e arrondissement.

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