Courbevoie mobilise 25 millions d’euros pour rénover les tours des Damiers

La ville de Courbevoie (Hauts-de-Seine) lance une opération programmée d’amélioration de l’habitat (OPAH) « copropriétés dégradées » pour les tours Champagne et Dauphiné du quartier des Damiers. Des « IGH » d’architecture brutaliste au charme suranné, qui jouxtent leurs sœurs jumelles à la place desquelles le projet inabouti des Tours Hermitage plaza était situé. Ce dispositif exceptionnel va mobiliser 25 millions d’euros sur cinq ans.

Après trois ans de préparation, les copropriétés Champagne et Dauphiné du quartier des Damiers entrent dans une phase décisive. La signature de la convention d’Opah « copropriétés dégradées » fin 2024 et la désignation fin 2025 de l’opérateur Urbanis pour piloter l’opération ouvrent la voie à une rénovation d’ampleur de ces deux tours d’architecture brutaliste, construites entre la fin des années 1960 et le milieu des années 1970 et livrées en 1976.

Un dispositif exceptionnel pour Courbevoie

L’Opah « copropriétés dégradées » constitue une première pour Courbevoie. Ce dispositif, habituellement réservé à des situations plus critiques comme à Grigny ou Mantes-la-Jolie, a permis de mobiliser des financements considérables : 18 millions d’euros de l’Agence nationale de l’habitat (Anah), 1,2 million de Paris Ouest La Défense, près de 2 millions du Conseil départemental des Hauts-de-Seine et 4 millions à terme de la Région Île-de-France.

L’Opah « copropriétés dégradées » constitue une première pour Courbevoie. © Jgp

Stéphanie Soarès, 9e adjointe (UDI) au maire en charge de la Transition énergétique, candidate aux prochaines municipales, en ticket avec le maire sortant (LR) Jacques Kossowski.© Jgp

L’obtention de ces 18 millions de l’Anah représente « un engagement colossal » dans un contexte où l’agence disposait de 89 millions d’euros pour toute l’Île-de-France en 2024, souligne Stéphanie Soarès, 9e adjointe au maire en charge de la Transition énergétique, candidate aux prochaines municipales, en ticket avec le maire sortant Jacques Kossowski et inlassable porteuse de ce projet d’ampleur.

Le choix de ce dispositif s’est imposé après une étude pré-opérationnelle lancée au printemps 2023. « On s’est rendu compte qu’il n’était pas du tout suffisant de se limiter à une Opah énergétique classique, explique-t-elle. La situation des deux tours, totalisant 446 logements, nécessitait un dispositif beaucoup plus robuste », poursuit l’élue.

Des charges insoutenables

La principale difficulté des copropriétaires réside dans le poids des charges. Dans ces immeubles de grande hauteur (IGH) soumis à des normes strictes, les charges mensuelles s’élèvent à 158 euros pour un studio et atteignent 991 euros pour un six-pièces. « Ces montants s’expliquent par la vétusté énergétique des bâtiments et les coûts de gardiennage propres aux IGH », explique Stéphanie Soarès.

Cette situation a entraîné une dépréciation du quartier : les prix au mètre carré sont tombés à « 5 000 et quelques euros » contre 7 000 à 8 000 euros ailleurs à Courbevoie. « L’objectif de cette Opah, c’est de réduire un maximum le reste à charge des copropriétaires, résume l’élue. Sans accompagnement renforcé, la dégradation risquait de s’aggraver. »

Une rénovation énergétique et sécuritaire

Les travaux, qui ne démarreront « pas avant 2027 » en site occupé, porteront principalement sur la rénovation énergétique : isolation, remplacement des huisseries et fenêtres. Mais ils incluront aussi des interventions de sécurisation, notamment au niveau des balcons où « des éléments de sécurité » nécessitent un traitement, sans qu’il y ait toutefois « de risque de péril imminent ».

Au-delà des travaux sur le bâti, la ville étudie un raccordement des tours au réseau de chaleur urbain, pour réduire durablement les charges de chauffage. À plus long terme, « on envisage même de voir si on peut faire la géothermie », indique Stéphanie Soarès.

Une ingénierie complexe

Urbanis, désigné fin 2025 après consultation, déploiera une équipe de huit à neuf personnes couvrant quatre volets : social (enquête auprès des copropriétaires pour évaluer leurs capacités financières), juridique et foncier, technique, et urbain-immobilier.

Une grande réunion publique se tiendra le 19 février 2026 pour expliquer aux copropriétaires le fonctionnement de l’Opah. © Jgp

Le travail, qui nécessité une ingénierie lourde, s’effectue « main dans la main » avec le syndic Soupizet, spécialisé dans les copropriétés dégradées et les immeubles de grande hauteur, et les conseils syndicaux de Champagne et Dauphiné. « Il a fallu retravailler pour créer un lien de confiance, parce que pendant longtemps, ils se sont dit : pourquoi la mairie ne nous aide pas ? Sans l’adhésion des habitants, rien n’est possible », insiste Stéphanie Soarès.

Une grande réunion publique se tiendra le 19 février 2026 pour expliquer aux copropriétaires le fonctionnement de l’Opah. Car in fine, ce sont eux qui devront voter les travaux en assemblée générale. « On est dans le domaine privé, on ne peut pas les forcer », rappelle l’élue. Des dispositifs de prêts et d’avances seront proposés pour faciliter le financement du reste à charge.

Une dimension patrimoniale

Au-delà de l’urgence technique et sociale, l’opération vise à préserver un patrimoine architectural rare, d’architecture brutaliste. L’élue cite l’exemple du Barbican à Londres, ensemble brutaliste devenu recherché. Cette dimension patrimoniale a été mise en avant dans le courrier adressé en mai 2025 à Valérie Pécresse pour solliciter le soutien régional. Les tours font partie d’un ensemble architectural plus vaste comprenant également les tours Infra, Anjou et Bretagne (propriétés de RATP Habitat), situées sur l’emprise où devait être bâti le projet Hermitage Plaza, désormais définitivement abandonné.

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