La CRC Ile-de-France a publié, en décembre 2016, un rapport consacré à la première phase d’aménagement des berges de Seine entre 2010 et 2013, qui a surtout concerné la rive gauche. Les magistrats dénoncent, notamment, une « réalisation désordonnée » et de « fortes variations de coûts ».
La chambre régionale des comptes s’est penchée sur l’aménagement des berges de Seine qui a été engagé, à compter de 2010, sous le mandat du maire précédent, Bertrand Delanoë, à savoir la fermeture à la circulation motorisée de la voie sur berges entre le musée d’Orsay et la Tour Eiffel (rive gauche) et la transformation de la voie Georges Pompidou (rive droite) en boulevard urbain avec des feux de circulation donnant accès à une promenade sur les bords du fleuve.

La CRC insiste sur « l’environnement contestable du marché d’animation des berges », caractérisé par une « très faible définition des prestations dans le cahier des charges ».© BrendanHunter
« Depuis l’ouverture de ces berges aux piétons, en 2013, leur fréquentation a été estimée à plus de quatre millions de visiteurs », soulignent les magistrats, reconnaissant que « la fréquentation de ces berges et de leurs aménagements ajoute désormais à l’attractivité de Paris ». Le rapport, publié le 13 décembre 2016, est cependant consacré exclusivement à l’examen de la conduite des opérations de réhabilitation des berges de 2010 à 2013.
Variations de coûts
Rappelant la complexité du régime juridique des berges de la Seine, réglé « par des conventions de superposition de gestion entre l’État et la Ville de Paris », le document pointe « la réalisation désordonnée de l’aménagement des berges », avec « de fortes variations de coûts entre le projet et sa réalisation », à la baisse pour les investissements, à la hausse pour les coûts d’exploitation.
Les magistrats passent au crible les aménagements réalisés (emmarchement reliant le musée d’Orsay au bas du quai de Seine ; jardins flottants « Niki de Saint Phalle » (pour lesquels des lacunes de la conception ont été relevées) ; végétalisation des quais ; agrès sportifs…), et insistent sur « l’environnement contestable du marché d’animation des berges », caractérisé par une « très faible définition des prestations dans le cahier des charges ».
Un trafic qui s’est déplacé
Enfin, si les auteurs du rapport rappellent que « cette première phase du réaménagement des berges de Seine a été accueillie favorablement par le public parisien », ils estiment qu’ « un bilan global de l’opération reste à établir ». « La Ville a calibré la mesure de l’impact de son projet en se limitant au périmètre de l’opération alors que les incidences sont importantes sur tout le territoire parisien, voire sur celui de la métropole », indiquent-ils, soulignant que le trafic automobile « s’est, de fait, déplacé ».
« Si une étude publiée en juillet 2013 par Airparif a conclu que la diminution du trafic et de la vitesse était déterminante pour la qualité de l’air, deux autres études réalisées par le laboratoire d’hygiène de la Ville de Paris, avant et après l’opération de réaménagement, ont montré que la pollution a nettement augmenté sur les quais hauts des berges et dans la rue de Rivoli », insistent les auteurs du rapport.
Défaillances d’entreprise et crues
Dans sa réponse adressée fin novembre 2016 à la chambre régionale des comptes d’Ile-de-France, la mairie de Paris explique que les coûts d’exploitation et de programmation du site n’ont été stabilisés qu’à l’issue de l’enquête publique et que la société Artevia a fourni tous les justificatifs nécessaires à l’appui de sa facture mensuelle. « Depuis le début de l’année 2016, la fin du marché de production déléguée pour l’animation des berges limite les coûts annuels aux frais d’exploitation courante », précise la mairie qui indique : « en outre, la Ville a contractualisé avec Ports de Paris, au Conseil de Paris de septembre dernier, à la fois une baisse de la redevance liée à la convention d’occupation des berges rive gauche et la mise en œuvre d’une participation du Port aux frais d’exploitation de cet espace ».
Pour la ville, les perturbations dans la réalisation des aménagements s’expliquent « par la défaillance de l’entreprise Citec, cotraitante de l’entreprise Bouygues mandataire du groupement conjoint titulaire du marché de travaux de l’archipel, d’une part, et les crues tardives qui ont eu un impact sur le marché de réalisation de l’emmarchement, d’autre part ».
La piétonisation de la rive droite dans la continuité
La réponse parisienne souligne « le bilan très favorable de l’opération », avec « six millions de visiteurs ». « Ce projet a très significativement contribué à l’ensemble des projets développés par la Ville pour réduire la circulation automobile, réduire la pollution et favoriser une mobilité durable », explique l’équipe parisienne, avant de conclure : « trop de Parisiens restent encore exposés à des niveaux de pollution très élevés ; c’est pourquoi la Ville de Paris […] s’est engagée dans la piétonisation des berges de la rive droite, dont l’intérêt général a d’ores et déjà été reconnu par la justice dans le cadre d’un référé contre la déclaration de projet ».
L’opération d’aménagement des berges de Seine – 1ère phase 2010-2013, CRC Ile-de-France, décembre 2016