Bienfaits du décalage des horaires : les entreprises qui l’ont mis en œuvre témoignent

A l’exemple de la mobilisation de nombreuses entreprises de Plaine Commune, les directions de sites ou des ressources humaines d’Ile-de-France promeuvent une révolution managériale au centre de laquelle figure la réorganisation des horaires. Ajoutée à la pérennisation de la pratique du télétravail, ces changements profonds devraient contribuer, au sortir de la crise sanitaire, à réduire la congestion des transports en commun aux heures de pointe tout en améliorant la qualité de vie des salariés. Transilien SNCF mène une campagne d’information expérimentale à ce sujet, notamment en gare de Saint-Denis.

Si le confinement impose actuellement un télétravail très suivi par toutes les professions qui le peuvent, les entreprises se mobilisent pour que les salariés ne reprennent pas, lors du retour à la normale, certaines mauvaises habitudes. L’arrivée sur son lieu de travail à 9h, quasiment généralisée à l’ensemble des effectifs et qui provoque un engorgement des transports, largement évitable, constitue une de ces vieilles habitudes qui pour- raient bien disparaître. C’est en tout cas ce que l’on espère du côté de Transilien SNCF.

Profitons de la crise sanitaire pour revoir l’organisation du travail qui faciliterait la vie à tous. C’est maintenant qu’il faut entériner le télétravail, à condition qu’il soit étalé sur la semaine.
Sylvie Charles, directrice Transilien.

Sylvie Charles, directrice de Transilien. © Transilien

« L’un de nos objectifs consiste à favoriser la prise de conscience, par les managers, de l’enjeu que représente le décalage des horaires pour les salariés qui le peuvent », souligne Charlotte Bernard, responsable division clients et offres de services de Transilien SNCF. « Moins de saturation subie dans les transports pour se rendre sur son lieu de travail, c’est moins de stress, fait-elle valoir. Autre- ment dit, les employeurs gagneront à réaliser que le bien-être au travail ne commence pas à la porte de l’entreprise, mais dès lors que le salarié quitte son domicile. Un des messages portés auprès des entreprises consiste à souligner qu’un décalage léger, parfois d’un quart d’heure, peut suffire à éviter l’engorgement. Les salariés, qui sont les premiers à souffrir de la congestion, ignorent le plus souvent que le trafic est moins dense quelques dizaines de minutes plus tôt ou plus tard », indique Charlotte Bernard. D’où l’importance, pour Transilien, de sensibiliser aux pics d’affluence et d’apporter des conseils personnalisés pour les éviter, lorsque cela est possible.

Des solutions pour améliorer la qualité de vie au travail A Plaine Commune, un des territoires signataires – tout comme La Défense ou Évry – d’une charte en faveur de ce que l’on appelle le lissage des heures de pointe, orchestrée par le Conseil régional  d’Ile-de-France, de nombreuses entreprises du territoire se croisent régulièrement au sein de la commission Mobilité mise en place par le Territoire, en partenariat avec Transilien SNCF, IDF mobilités, la CCI, la Région, Paris Nord entreprises et la RATP. C’est le cas d’Engie, Allianz, Icade, Randstad, Alstom ou L’Oréal. Le lissage des heures de pointe figure parmi les nombreux sujets évoqués lors de ces réunions. « Tous les membres de cette commission mènent des actions différentes pour tenter de réduire les congestions dans les transports en commun aux heures de pointe, mais toutes sont très actives », indique Anne-Sophie Naudet, adjointe au responsable du service relations entreprises de Plaine Commune. Un des objectifs de la commission consiste à limiter l’autosolisme pour réduire les conjonctions routières. Plaine Commune a organisé dans ce cadre des sorties à vélo, montrant les aménagements dédiés et les pistes cyclables.

En tant qu’employeur, Plaine Commune prépare actuellement son plan déplacement administration. La problématique du lissage des horaires de pointe concerne essentiellement les salariés du siège, majoritairement Parisiens, alors que les agents des unités territoriales résident non loin de leur lieu de travail, pour la plupart d’entre eux.

A Saint-Denis, au sein de l’Agence de biomédecine, agence gouvernementale qui gère au plan national les greffes d’organes, les horaires décalés sont encouragés, avec des plages horaires de 6h30 à 10h pour la prise de poste. « Nous ne sommes pas en contact avec le public, ce qui simplifie les choses en l’occurrence », souligne Pierre-Henri Thomazo, directeur des ressources humaines. Même son de cloche chez Siemens France, à Saint-Denis, où les cadres ne sont pas soumis à une heure d’arrivée fixe mais seulement à une obligation de résultats, comme l’indique la responsable de la communication Barbara Ranavolo.

De même, à l’Agence de biomédecine, les réunions de service ne sont organisées qu’entre 10h et 16h, là encore pour réduire les pointes de fréquentation dans les transports en commun. Le covoiturage et les mobilités douces, le vélo notamment, sont également encouragés au sein de l’agence. Un parking sécurisé pour les vélos a été créé, doté de bancs et de poternes pour se changer, de douches, ainsi que d’un atelier de réparation. Tous les managers interrogés insistent sur la nécessité d’une conception globale de la question du lissage des heures de pointe, assise sur une réforme en profondeur des habitudes.

A Saint-Ouen, au siège ultra-moderne du conseil régional d’Ile-de- France, doté de bar-lounges et de salles de fitness, Ulysse Dorioz, directeur de la transformation, en parle avec enthousiasme. « Au Canada, si vous êtes encore au travail après 17h30, on vous interroge sur les raisons de votre manque d’efficacité », indique-t-il pour illustrer la culture française de présentéisme, contre laquelle la collectivité com- bat. Au conseil régional, le télétravail a été généralisé avant le Covid, le nombre de réunions réduit au maximum, tandis que leur durée est désormais limitée à 45 mn. « Le télétravail a contribué à ce que les agents soient évalués en fonction d’objectifs clairement définis, et non pas parce qu’ils arrivent à l’heure au travail », poursuit Ulysse Dorioz. « Profitons de la crise sanitaire pour revoir l’organisation du travail qui faciliterait la vie à tous. C’est maintenant qu’il faut entériner le télétravail, à condition qu’il soit étalé sur la semaine, mais sur- tout décaler nos horaires d’arrivée et de sortie », conclut Sylvie Charles, directrice Transilien.

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