Au MIN de Rungis, l’inflation ralentit et la décarbonation s’accélère

La hausse des prix s’est ralentie au cours des derniers mois sur le Marché d’intérêt national (MIN) de Rungis, qui multiplie les projets de décarbonation de son activité.

Les agapes de Noël se préparent au marché d’intérêt national (MIN) de Rungis, qui organisait mercredi 6 décembre 2023 sa traditionnelle visite de presse de fin d’année. Au cœur du secteur de la marée, Véronique Gillardeau elle-même reçoit ses clients et visiteurs, pour une dégustation de ses inoubliables huitres, les meilleures, aux saveurs de noisette et à la texture d’une incomparable finesse. La famille Gillardeau, ostréiculteur de prestige en Charente depuis cinq générations, a racheté il y a quelques années son distributeur la Maison Blanc et apparaît désormais comme un des piliers du secteur de la marée, au côté de Reynaud, autre grossiste en fruits de mer du tout-Paris de la restauration.

On ne parle pas des prix des huîtres Gillardeau ce matin-là, vu qu’elles sont offertes. Mais l’inflation des denrées est au cœur des échanges avec Stéphane Layani, à l’issue de la visite. « Les commerçants de Rungis savent que leur réussite provient des volumes et non des prix », souligne le président du MIN, pour expliquer pourquoi les tarifs ici sont restés sous le niveau moyen de l’inflation au cours des derniers mois. « Et lorsque l’on vend des produits bruts, la part des coûts liés à l’énergie ou à la masse salariale est moindre que lorsque l’on vend des produits transformés », poursuit-il.

Le secteur de la marée, pavillon A4. © Jgp

Véronique Gillardeau. © Jgp

Le secteur des fruits et légumes – pavillon D2. © Jgp

©Jgp

Entre septembre 2022 et 2023, les prix moyens ont crû néanmoins de 11 %. Stéphane Layani se félicite au passage que les prix soient libres, évoluant chaque jour au gré des fluctuations de l’offre et de la demande, et ne résultant pas d’une négociation rigide entre producteurs et distributeurs « qui a souvent l’effet d’un cliquet ». Le président du MIN ajoute que parler de moyenne en l’espèce est peu pertinent. A l’exemple des truffes, dont le kg vaut aujourd’hui 300 euros, mais doublera en se rapprochant de la date des fêtes. Ainsi les Saint-Jacques, de même que le foie gras, épargné cette année par la grippe aviaire, sont-ils relativement bon marché, alors que la pomme de terre a connu une augmentation sans précédent. Mais globalement, l’inflation a ralenti au cours des derniers mois.

250 bornes de recharge électrique

Et le marché d’intérêt national de Rungis s’engage toujours davantage vers la décarbonation. Une chasse au déchet a été engagée, de même qu’une réutilisation maximale des denrées pouvant l’être, faisant croitre substantiellement les volumes donnés aux banques alimentaires. Ce qui n’est plus consommable alimente l’unité d’incinération qui chauffe le site. Demain, le MIN va installer 110 000 m2 de panneaux solaires sur les ombrières de ses parkings ainsi que sur les toits de ses pavillons, pour une électricité partiellement auto-produite.

250 bornes de recharge électrique vont être installées prochainement sur le marché, avec TotalEnergies. Une expérimentation de pile à combustible, utilisant l’hydrogène, est en cours avec Renault pour alimenter notamment les systèmes de réfrigération des camions.

Stéphane Layani et ses équipes œuvrent par ailleurs pour accroitre la part modale du fer par rapport à la route. Une nouvelle gare de combiné pourrait demain compléter l’offre, ajoutant à la ligne de primeurs Perpignan-Paris finalement rétablie une ligne Avignon-Paris et une autre reliant le MIN au port de Boulogne-sur-Mer. « Les Halles historiques étaient reliées par la voie ferrée, qui empruntait le boulevard Saint-Michel », rappelle Stéphane Layani.

Stéphane Layani, président du MIN, avec le restaurateur Pierre Sang. © Jgp

Le montant des investissements nécessaires pour mettre en conformité les différents pavillons du site avec le décret tertiaire est estimé à 100 millions d’euros. En attendant, l’activité du marché va connaître une intensité croissante jusqu’à la fin de l’année. « Certains commerçants font en décembre l’équivalent de deux mois en un », indique Stéphane Layani. Les 13 000 salariés du MIN se préparent à voir passer le nombre de leurs clients quotidiens de 25 000 à 30 000 en moyenne à près de 50 000.

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