Alors que le rapport de l’ex-préfet Guillaume sur le sujet n’a pas fuité depuis sa remise au Premier ministre, le haut-commissaire à la stratégie et au plan Clément Beaune propose, dans un rapport publié le 4 juin, de fondre les 130 communes et les trois départements de petite couronne dans une « Ville du Grand Paris », elle-même découpée en 40 districts.
Près de 20 ans après que Philippe Dallier, maire (LR) des Pavillons-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), alors sénateur, a proposé une telle réforme audacieuse dans un rapport qui fit date, le haut-commissaire au Plan Clément Beaune jette à son tour un pavé dans la mare de l’organisation du millefeuille territorial de l’agglomération parisienne. En préconisant une révolution : elle consisterait à fusionner les trois départements de petite couronne, ainsi que la Métropole, avec Paris, pour créer une « Ville du Grand Paris », elle-même redécoupée en 40 districts.
Des districts « calqués sur les frontières communales actuelles, et formés via la réunion de plusieurs communes existantes pour constituer des unités d’un poids démographique homogène », dont la population regroupée serait « d’environ 170 000 habitants », à comparer aux 300 000 habitants qui constituaient, à l’époque des lois NOTRe et Maptam, le plancher exigé pour la création des établissements publics territoriaux (EPT). Dans Paris intra-muros, les arrondissements seraient également redécoupés, pour devenir une dizaine de districts.
Dans ce schéma audacieux, les départements de grande couronne, de même que la région Île-de-France, seraient conservés. Les districts seraient chargés des compétences locales et de certaines compétences départementales ; la Ville du Grand Paris, des compétences intercommunales et départementales à l’échelle de la petite couronne ; la région Île-de-France resterait « pleinement pertinente pour les grands aménagements régionaux ».
« En renforçant aussi l’échelon de proximité (“district”), ce changement ne serait pas une réforme centralisatrice, mais combinerait simplification (des couches administratives), unification (de Paris et sa banlieue) et clarification (dans la répartition des compétences) », font valoir les auteurs du rapport.
Le document évoque une alternative à ce schéma, avec une absorption par Paris des seules communes qui l’entourent, soit une nouvelle commune de 3,57 millions d’habitants, les autres « étant intégrées aux départements de grande couronne ».
Clément Beaune prévoit deux modes d’élection possibles : soit un scrutin de liste à l’échelle du district, à la proportionnelle de liste à deux tours, avec une prime majoritaire attribuée à la liste arrivée en tête, une partie des conseillers du district siégeant au sein de la Ville du Grand Paris et désignant le maire du Grand Paris ; soit un double scrutin simultané, sur le modèle de celui issu de la réforme de la loi PLM.
Un tel schéma a le mérite de faire bouger les lignes et de proposer une révolution copernicienne, provoquant un potentiel rééquilibrage socio-économique sans précédent d’une agglomération où les inégalités s’aggravent. Il devra, pour être mis en œuvre, réussir à franchir deux obstacles majeurs : l’opposition des maires en place, qui viennent d’être élus ou réélus, tout comme la crainte séculaire de l’État de voir se constituer un pouvoir parisien d’une puissance telle qu’il constituerait un dangereux rival.
Patrice Leclerc (Gennevilliers), président du groupe Front de gauche à la MGP : « Le retour du “Haussmanisme autoritaire” »
« Clément Beaune, haut-commissaire à la stratégie et au plan, vient de remettre son rapport sur l’avenir du Grand Paris. On se croirait revenu au début des années 2000 avec les scénarii, digne du 19e siècle, « Haussmann 1 », « Haussmann 2 » méprisant ainsi une décennie de débats entre actrices et acteurs métropolitain.nes qui n’ont pas accepté ces voix.
Pour Clément Beaume : une seule solution, la centralisation « Paris -banlieue » ; un seul chemin la dissolution de près de 150 ans de démocratie locale par fusion de communes. Une solution à quoi d’ailleurs ?
Le mieux vivre de toutes et tous celles et ceux qui habitent dans l’aire métropolitaine parisienne, quelques soient leur lieu de vie dans celle-ci, n’est pas une question de frontière ou d’un « Paris en plus Grand » mais de justice sociale, territoriale et environnementale.
Si sentiment de déclassement il y a, il est dans l’invisibilité voire dans le mépris, de souffrances de vie notamment dans les territoires populaires, il est dans la disparition de services publics. Il est dans les politiques illibérales soutenues par Clément Beaune et les Macronistes. Il veut cacher ses logiques porteuses d’inégalités territoriales par des changements de noms de territoires aussi poétiques soient-ils.
Nous refusons cette attaque contre la démocratie locale.
C’est la démocratie municipale qui permet de faire entendre les aspirations des villes populaires. C’est la démocratie locale qui favorise l’estime de soi parce qu’elle crée du commun et de la richesse partagée. Quel est ce progrès démocratique proposé par Clément Baune quand un habitant du Grand Paris aura zéro chance de croiser une fois dans sa vie le maire du Grand Paris ?
Les communes impulsent déjà une forte vie culturelle et économique hors Paris. Les villes de banlieues n’attendent pas l’élargissement de frontière pour s’épanouir sous l’impulsion de leur démocratie. Contrairement à sa vision caricaturale, c’est en banlieue que sont créées les richesses économiques, culturelles et humaine. C’est là que la démocratie locale a été facteur de mobilisation pour la réussite des JOP 2024.
Les propositions de Clément Beaume s’inscrivent dans les vieilles recettes
néolibérales de faire reculer la démocratie pour faire imposer des politiques de
régression sociale. Rappelons que malheureusement de Londres à Sao Paulo en
passant par Mumbai partout dans le monde la métropolisation centralisée et
verticalisée aux services de puissant.es ne fait qu’aggraver les inégalités territoriales.
Aucune métropole en France n’a réduit les inégalités sociales et territoriales, toutes connaissent une gentrification excluant les couches moyennes et populaires. Si le débat du Grand Paris est réouvert, il doit reposer les questions de solidarité, de démocratie, de protection de la planète, de la polycentralité pour le mieux vivre de toutes et de tous, de moyens pour les collectivités locales. Pour les élu.es du groupe « Communistes, Citoyen.nes et Écologistes » de la Métropole du Grand Paris cela passe par inventer de nouvelles formes de coopérations. C’est le sens de notre proposition pour un Syndicat Mixte regroupant communes, territoires, départements, régions et grands syndicats avec deux compétences l’air et l’eau ».



