Anouch Toranian – Mémoire vive

Infatigable défenseuse de la cause et de la communauté arméniennes, Anouch Toranian, adjointe aux commerces, à l’artisanat et aux professions libérales d’Emmanuel Grégoire, entend se battre contre l’injustice sous toutes ses formes. Y compris dans le 15e, dont elle est l’élue, et qu’elle estime maltraitée par sa mairie d’arrondissement.

Il ne faut pas attendre longtemps pour qu’Anouch Toranian donne à la description de son itinéraire un supplément d’âme. Car le parcours et l’engagement politique de l’adjointe chargée des commerces, de l’artisanat et des professions libérales du nouveau maire de Paris puisent leurs racines dans la souffrance du peuple arménien, dont elle descend par son père.

Anouch Toranian. © Benoit Teillet

Né à Gardanne et après une enfance passée dans les camps de réfugiés arméniens à Marseille, il est devenu normalien, consultant indépendant pour l’Union européenne, très investi dans les associations culturelles et politiques arméniennes. C’est avec lui qu’Anouch grandit dans cette communauté, suit ses rites et ses célébrations, dans le 15e arrondissement de Paris, où ses parents se sont rencontrés, et au-delà. Chaque 24 avril, la communauté commémore le génocide arménien. 1,5 million de morts, victime du fantasme nationaliste du pouvoir ottoman, qu’obstrue le peuple arménien, majoritairement apostolique. Une plaie toujours ouverte. Si la France a fini, après non loin d’un siècle de silence, par reconnaître officiellement ce génocide, en 2001, par la voix de Jacques Chirac, l’état Turc continue d’en nier la réalité.

L’Arménie compte pour cette mère de deux bambins, encartée au PS depuis 2022, mais se défendant de tout sectarisme. Le père de son mari, le réalisateur Vasken Toranian, préside la principale association arménienne de France. Anouch Toranian dirige, dans le civil, la branche française de la plus importante association internationale de la diaspora, l’Union générale arménienne de bienfaisance (Ugab), qui partage ses activités entre le soutien à la communauté et celui apporté à l’Arménie, indépendante depuis 1991. Un job de femme-orchestre, où elle alterne l’organisation d’événements, d’activités culturelles, le soutien à ses sections locales partout en France, une activité de plaidoyer ou de recherche de fonds, notamment auprès des collectivités territoriales, au titre de la coopération décentralisée.

Un compagnonnage durable

Au cœur du 15e, dans ce bistrot de la place Etienne-Pernet, rue du Commerce, elle raconte simplement sa rencontre fortuite avec Jean-Marc Germain, à Clamart, le 24 avril 2013. L’étudiante en droit qu’elle est alors prononce un discours sur le génocide, auquel il assiste en sa qualité de député. Il la prendra comme stagiaire à l’Assemblée nationale. Elle ouvrira les portes de la communauté arménienne à sa femme, Anne Hidalgo, alors en pré-campagne pour les municipales à Paris. « Il y a deux personnes à qui je dois quelque chose, dit Anouch Toranian, avec un mélange de pudeur, de délicatesse et de gravité : Jean-Marc Germain et Anne Hidalgo, par l’intermédiaire de Laurent Perrin. » Ce dernier, conseiller politique de l’ancienne maire de Paris, accompagnera ses premiers pas en politique, lors de sa campagne comme tête de liste dans le 15e, en 2020.

Car après l’élection d’Anne Hidalgo comme maire de Paris en 2014, leur compagnonnage perdure. La maire de Paris tient sa sensibilité particulière envers la communauté arménienne de la présence nombreuse de ses membres dans le quartier de la Duchère, au nord-ouest de Lyon, où elle a grandi. Anouch Toranian accompagnera l’édile au Kurdistan irakien, où la maire effectue un voyage pour soutenir la communauté Yézidie. Mais l’élue refuse de se voir cantonnée à cette identité : « Quand on s’engage à 14 ou 15 ans pour la reconnaissance du génocide arménien, on s’engage contre toutes les injustices », résume-t-elle.

Celle qui fut d’abord adjointe en charge de la vie associative, de la participation citoyenne et du débat public lors d’un premier mandat entamé en 2020, puis désormais adjointe aux commerces, à l’artisanat et aux professions libérales, s’élève contre la politique de la municipalité du 15e, qu’elle considère à la fois anti-sociale et ultra-conservatrice. Elle fustige un maire – Philippe Goujon (LR) – « capable de s’allonger au sol pour protester contre les pistes cyclables » et qui « refuse toujours de marier des couples homosexuels ». Elle dépeint un 15e « en retard sur tout », « qui ne dispose que d’une rue aux écoles ». Elle accuse l’équipe en place à la mairie d’arrondissement de ne s’intéresser qu’aux beaux quartiers, celui de la Tour Eiffel, de Bir Hakeim, ou de Beaugrenelle, et de délaisser les quartiers populaires, de la Porte Brancion ou des Frères Voisin. Elle se voit, un jour, maire de cet arrondissement où elle a grandi et qui lui a tant donné. Comme son pays. « Je veux rendre à la France ce qu’elle a fait pour mes grands-parents », dit-elle, reconnaissante d’avoir su leur offrir un parcours d’intégration républicain.

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