BTP : les professionnels posent les conditions d’une reprise qui reste virtuelle

Se mettre autour d’une table, virtuelle, et négocier les nouveaux termes du contrat liant les différentes parties-prenantes d’un chantier : telle est la condition préalable à leur reprise, affirment les professionnels de la construction. Mais cela dit, au lendemain de la publication du guide de préconisation de sécurité sanitaire, les réouvertures demeurent l’exception.

Le protocole publié par l’Organisme professionnel de prévention du bâtiment et des travaux publics (OPPBTP) et validé par l’Etat a l’avantage de fournir une base pour les discussions entre les différentes parties-prenantes d’un chantier en vue de son éventuelle reprise. Rien de plus. Tous les professionnels de la construction semblent s’accorder sur ce constat. « Reprendre sans avoir négocié avec le maître d’ouvrage, mais aussi les différents acteurs concernés – maître d’œuvre, coordinateur de sécurité, de prévention et de santé -, c’est se mettre en contravention avec la loi, et c’est s’exposer à des risques pénaux en cas de plainte d’agents tombés malades », indique un expert.

Jean-Luc Tuffier, président de la FFB Grand Paris. © David Morganti

« Nous conseillons vivement à nos adhérents de ne pas prendre ce type de risque, leur rappelant qu’ils peuvent se retourner contre les maîtres d’ouvrage si l’on cherche à leur imposer une reprise des chantiers sans renégociation préalable », indique Jean-Luc Tuffier, président de la Fédération française du bâtiment Grand Paris. Une FFB qui a chiffré les surcoûts générés par le respect des consignes de sécurité édictées par le guide récemment publié par l’OPPBTP. Il est compris en 3 et 10 % du coût des travaux, indique Jean-Luc Tuffier, que le maître d’ouvrage doit accepter de prendre à sa charge avant la reprise des chantiers, poursuit-il.

Ne pas reprendre en mode dégradé

« Face au risque de voir leur client considérer que chaque jour travaillé dès la reprise est un jour plein, alors qu’en réalité, les chantiers n’avanceront qu’à 10 ou 15 % de leur vitesse usuelle, les promoteurs préfèreront naturellement ne pas rouvrir les chantiers », souligne un promoteur.

Nicolas Ledoux, président d’Arcadis, met également en garde ceux qui se précipiteraient, pour des raisons économiques que chacun comprend, à reprendre des chantiers en mode dégradé. « Dès lors que les travaux redémarrent, et en l’absence de renégociation aboutissant à des avenants, les délais contractuels prévus initialement vont courir de nouveau, exposant les constructeurs à se voir reprocher, in fine, leur non-tenue », indique-t-il à son tour. Avant de rappeler que le principal obstacle à la reprise des chantiers demeure aujourd’hui la rupture de la chaîne qui permet l’activité du BTP, allant de la fourniture en matériel au logement ou à la restauration des compagnons.

Nicolas Ledoux, le 17 septembre 2019, lors de l’inauguration des nouveaux locaux d’Arcadis. © Jgp

Mais certains plaident pour que l’on rouvre, même partiellement, les chantiers qui peuvent l’être, pour ne pas perdre trop de temps sur les calendriers initiaux, et parce que pour nombre de TPE et de PME, un arrêt qui se prolongerait aboutirait à une faillite. « Ma trésorerie me permet de tenir jusqu’à mi-mai » indique un chef d’entreprise à la tête d’une petite entreprise générale du bâtiment. Ce dernier fulmine contre « les bien-pensant de la maîtrise d’œuvre, qui sur-interprètent les consignes de sécurité fixées par l’OPPBTP, dans un secteur que l’on surveille plus que les supermarchés ».

Ne pas jouer avec la sécurité

« Il faut avoir vu un chef d’entreprise menotté devant un tribunal, parce qu’un de ses salariés a été victime d’un accident du travail pour lequel sa responsabilité a été engagée, pour savoir qu’il ne faut pas jouer avec les règles de sécurité », lui répond Jean-Luc Tuffier.

Dans ce contexte, peu de chantiers rouvrent, malgré la publication du guide de l’OPPBTP. Les professionnels de la construction attendent impatiemment les prochaines annonces sur la durée du confinement, qui pourraient intervenir sous peu, lors de l’allocution présidentielle prévue lundi 13 avril prochain. « Ce n’est pas la même chose si la fin du confinement est proche, ou qu’elle est reportée à la mi-juin ou au-delà », indique un chef d’entreprise.

Certains s’inquiètent d’ores et déjà de l’après-confinement, quelle que soit sa date. « Il ne suffira pas d’appuyer sur un bouton pour que tout redémarre, souligne ce promoteur. En particulier en Ile-de-France, où les entreprises de construction étaient déjà en surchauffe et ne parvenaient pas à staffer. Avec la reprise, qui interviendra à quelques jours du début des congés d’été, les délais contractuels vont reprendre, et le manque de main d’œuvre risque alors de se faire cruellement sentir. »

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