À Dammarie-lès-Lys, où les émeutes de 2023 avaient provoqué des dégâts considérables, dans le quartier prioritaire de l’Almont à Melun, mais aussi dans un petit immeuble collectif privé récemment sorti de terre à Voisenon, le nouveau ministre de la Ville et du Logement a livré, vendredi 17 octobre 2025, lors de sa première visite de terrain, quelques-unes des valeurs qui fondent son engagement. Il a également annoncé la création prochaine d’un statut du bailleur privé.
Pour sa première sortie en tant que ministre, Vincent Jeanbrun avait choisi la Seine-et-Marne et plusieurs villes qui, comme L’Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne), dont il fut longtemps le maire, comptent des quartiers prioritaires de la politique de la ville — et sont dirigées par des élus de droite. À Dammarie-lès-Lys, accueilli par son collègue conseiller régional, le maire (LR) Gilles Battail et le Préfet délégué pour l’égalité des chances pour la Seine-et-Marne Benoît Kaplan, le ministre a visité successivement le groupe scolaire Henri Wallon, vandalisé lors des émeutes de 2023 consécutives à la mort de Nahel Merzouk à Nanterre, puis la médiathèque du centre Albert-Schweitzer, incendiée à la même période. A Melun, dans le quartier de l’Almont classé prioritaire au titre de la politique de la ville, il s’est félicité, tout comme le maire (Horizons) Kadir Mebarek, de la bonne santé des services publics, remparts face aux crises.

Le ministre de la Ville et du Logement avec la directrice du groupe scolaire Henri Wallon de Dammarie-lès-Lys © Jgp
Cette journée de visite a donné l’occasion à Vincent Jeanbrun d’affirmer ses convictions, articulées autour d’un triptyque de valeurs qu’il a énoncé lors d’une rencontre avec les acteurs de la cité éducative, à laquelle Dammarie-les-Lys adhère depuis 2024 : « Je crois à l’ordre, parce qu’il est essentiel de se sentir en sécurité et respecté lorsqu’on se déplace dans la ville ; au beau, car chacun doit pouvoir bénéficier d’un espace public accueillant, apaisé et entretenu ; et à l’espoir, car en France, tout le monde peut aspirer aux plus hautes responsabilités. »
« Il faut chérir la France, a poursuivi Vincent Jeanbrun, ce pays qui permet à un fils de chauffeur-livreur et d’une mère au foyer de devenir ministre », confiant « l’immense honneur » qu’il ressent « de pouvoir servir la République ».
« Le secteur du logement est en souffrance »
Rappelant son attachement à la méritocratie et à la laïcité, bouclier contre les séparatismes, le ministre n’est pas venu les mains vides. Il a annoncé la création prochaine d’un statut du bailleur privé destiné à redonner confiance aux investisseurs et à enrayer la chute du secteur immobilier neuf (voir ci-dessous). Cela à l’issue de la visite à Voisenon, effectuée en compagnie de son maire (UDI) Julien Aguin, d’une résidence fraîchement inaugurée, dont les promoteurs lui ont indiqué « qu’elle n’aurait pu voir le jour sans le dispositif de défiscalisation dit Pinel »,
Interrogé sur la situation des bailleurs sociaux, Vincent Jeanbrun a assuré qu’il se rendrait rapidement sur le terrain pour « écouter et soutenir » les organismes en difficulté. Il a également salué la politique régionale menée par Valérie Pécresse, jugeant « courageux » son dispositif dit anti-ghetto, qui conditionne les aides régionales à la proportion de logements sociaux présents sur le territoire, les supprimant dans les communes où ce taux excède 30 %.

Vincent Jeanbrun, entouré du maire de Dammarie-lès-Lys Gilles Battail et du Préfet délégué pour l’égalité des chances pour la Seine-et-Marne Benoît Kaplan © Jgp
« Le secteur du logement est en souffrance, la construction est quasiment à l’arrêt », a reconnu le ministre, qui promet d’en faire l’une de ses priorités. « On perçoit tout de suite si un ministre du Logement compte affronter la crise de front, et c’est manifestement son cas », a commenté, optimiste, Pascal Boulanger à l’issue de la rencontre.
Un statut du bailleur privé sera intégré au projet de loi de finances pour 2026 via un amendement gouvernemental, a annoncé le ministre. Ce dispositif s’inspire des propositions formulées par Marc-Philippe Daubresse, sénateur (LR), et Mickaël Cosson, député (MoDem), dans un rapport remis il y a quelques mois à Valérie Létard, alors ministre du Logement.
L’un des leviers envisagés consisterait à autoriser les propriétaires à amortir fiscalement leur bien locatif, c’est-à-dire à déduire chaque année une partie de leur investissement de leurs revenus imposables. Le gouvernement étudie également la possibilité d’augmenter le plafond du déficit foncier imputable, permettant ainsi aux bailleurs de réduire davantage leurs impôts fonciers.
Les paramètres précis du futur texte restent à arbitrer. Le taux d’amortissement annuel pourrait être compris entre 2 % et 5 %, tandis que le déficit foncier imputable, actuellement limité à 10 700 euros, pourrait être porté à 40 000 euros, comme le souhaite la FPI. Ces avantages pourraient varier en fonction des efforts consentis pour maintenir des loyers abordables ou pour rénover le parc ancien, également éligible au dispositif.
« Cela fait longtemps que le Pinel ne remplissait plus sa fonction », a observé Pascal Boulanger, président de la Fédération des promoteurs immobiliers, présent parmi les professionnels rencontrés par le nouveau ministre. « Sans soutien fiscal, plus personne n’a intérêt à investir dans le logement locatif », a-t-il rappelé.


