Paul Citron – Serial entrepreneur solidaire

Cofondateur de Plateau urbain, inventeur parisien de l’urbanisme transitoire, puis de Surface + utile, qui entend démontrer que l’économie sociale et solidaire est l’avenir de l’immobilier tertiaire, Paul Citron organise en novembre, avec une quarantaine de structures de l’ESS, la 2e Kermesse de l’immobilier social et solidaire, la Kiss, présentée comme un alter-Mipim. Avec une ardeur communicative, mais sans manichéisme.

Il vous accueille à Césure, sur l’ancien campus Censier de la Sorbonne-Nouvelle (5e arr. de Paris) comme chez lui. C’est Plateau urbain, la coopérative d’urbanisme temporaire qu’il a cofondée il y a dix ans, qui opère les lieux. Devant un Kombucha gingembre, dans l’immense cafétéria de ce tiers-lieu dédié à la transmission des savoirs, qui prépare ce jour-là un défilé de la Fashion week, il évoque son parcours d’urbaniste diplômé de Paris I, amorcé par une thèse réalisée au sein de Nexity Apollonia. Objectif : comprendre comment un promoteur privé agit dans la fabrique urbaine. « Je voulais décrire les effets du transfert de prérogatives entre public et privé, favorisé par la loi du 20 juillet 2005 relative aux concessions d’aménagement, qui oblige les collectivités à lancer des appels d’offres pour choisir leur aménageur », explique-t-il de son débit inarrêtable.

« Les promoteurs se sont retrouvés en capacité de programmer la ville », poursuit-il, sans manichéisme. Paul Citron n’oppose pas le « gentil public » au « méchant privé ». Il voit plutôt dans cet urbanisme négocié, où les élus conservent, via leur PLU – plan local d’urbanisme –, d’importantes prérogatives, « une recherche accrue de rationalité, qui est la marque des promoteurs ».

Paul Citron. © Jgp

Reçu ensuite à Columbia University, il doit renoncer à son projet comparatif : « Les promoteurs français sont des Bisounours par rapport à leurs homologues new-yorkais, évoluant dans un monde totalement dérégulé », sourit-il, citant Trump, archétype de ce modèle ultra-libéral. De retour à Paris, il observe la naissance de Réinventer Paris par Jean-Louis Missika, adjoint à l’urbanisme d’Anne Hidalgo au mitan de la dernière décennie. Ces appels à projets urbains innovants promettaient d’associer les usagers finaux dès la conception des programmes, une ambition que la durée de réalisation des projets rend quasiment impossible, sauf exception, note-t-il. C’est alors qu’il participe, auprès de Simon Laisney, à l’aventure de Plateau urbain : il s’agit de négocier des immeubles vacants au plus bas pour les louer, à prix de charges, à des structures culturelles et solidaires. L’idée prospère : la coopérative, connue pour l’expérience des Grands voisins, conduite avec Aurore sur la friche de l’ancien hôpital Saint-Vincent de Paul, dans le 14e arrondissement de Paris, emploie aujourd’hui une centaine de collaborateurs et réalise 10 millions d’euros de chiffre d’affaires dans le Grand Paris, à Lyon ou Bordeaux ainsi qu’en Belgique.

Pour un nouvel urbanisme solidaire

« L’idée d’utiliser des locaux vides avec des objectifs sociaux est vieille comme Babylone, résume-t-il. Selon moi, la tour de Babel est un projet immobilier planté. » Paul Citron préside désormais le conseil de surveillance de Plateau urbain, tout en dirigeant Surface + utile, une association créée en 2022 pour fédérer acteurs alternatifs et classiques de l’immobilier autour d’une conviction : l’économie sociale et solidaire est l’avenir du secteur. Des foncières solidaires, Cheuvreux notaires, ou encore divers opérateurs urbains figurent parmi ses membres.

« Avec Plateau urbain, nous avons fait grandir la structure, pas assez l’idée », confie-t-il. Surface + utile plaide pour que les foncières et SCPI (sociétés civiles de placement immobilier), détentrices de millions de mètres carrés de bureaux vacants, les mettent à disposition de structures de l’ESS. « Nous ne faisons pas l’aumône, nous ne demandons pas à ces foncières de se montrer généreuses, mais de sauver, en se montrant socialement utiles, un parc de bureaux aujourd’hui voué à la vacance, parce que leurs propriétaires préfèrent ne pas officialiser leur décote en les cédant », souligne-t-il. André Yché cite l’association dans son rapport sur le tertiaire : « C’est en effet une partie de la solution », reconnaît l’ancien président de CDC habitat.

Reste à convaincre le plus grand nombre. C’est un des objectifs de la Kermesse de l’immobilier sociale et solidaire, la Kiss, qui se tiendra pour la 2e année consécutive. Organisée le 27 novembre à Césure, elle fera se rencontrer acteurs engagés dans ce nouvel urbanisme solidaire et opérateurs classiques. Pour sauver l’immobilier autour d’un Kombucha.

Sur le même sujet

Top