Plateau urbain, le temporaire qui dure

L’association née en 2013 est devenue société coopérative et gère désormais l’occupation temporaire de près de 20 sites, majoritairement en Ile-de-France. Elle conseille aussi plusieurs métropoles en matière d’urbanisme transitoire, pratique qu’elle a contribué, notamment avec les Grands voisins, à faire entrer dans les mœurs.

L’offre immédiate de bureaux en Ile-de-France au 31 décembre 2021 atteint 4 millions de m², en hausse de 10 % par rapport à son niveau il y a un an, rapporte le dernier baromètre Immostat. Dans le même temps, la demande placée décroît depuis plusieurs années (en mettant 2020 de côté). « Paris intra-muros reste encore très tendue mais la situation est plus inquiétante dans le reste du Grand Paris avec un nombre important de mètres carrés en construction alors qu’il y a beaucoup de vacance », observe Simon Laisney, fondateur et directeur général de Plateau urbain. Un paradoxe qui offre, depuis 2013, une opportunité pour la société coopérative : occuper à moindre frais des bâtiments libres. « Nous n’avons pas trop changé de principe depuis notre création : utiliser des bâtiments vacants afin de créer des tiers-lieux solidaires et proposer des sites attractifs à prix bas », remarque aujourd’hui le fondateur.

Simon Laisney, directeur et fondateur de Plateau urbain et cofondateur de Base commune. © Julien Farhi

Jour de fête aux Grands voisins. © DR

En près de dix ans, le changement est venu de l’ampleur de l’activité : aujourd’hui, l’association devenue société coopérative d’intérêt collectif en 2017, opère 19 sites (dont 12 en Ile-de-France) représentant 60 000 m2 et 900 structures accompagnées. Elle compte 45 salariés et s’est diversifiée. La bascule s’est opérée avec deux opérations majeures. « L’Archipel », débutée en 2014 dans les 10 000 m2 des anciens locaux de l’Inpi à Paris (8e arr.) par l’association Aurore. Plateau Urbain accompagne alors celle-ci pour développer un ensemble d’activités solidaires favorisant l’interaction avec les familles hébergées, dont un espace de coworking et d’événementiel. Les deux structures –  avec Yes we camp – investissent l’année suivante l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul (14e arr.), sur 3,4 ha, et y installent 8 800 m² d’activités et 12 000 m² d’hébergement. « Les Grands voisins », en plus de devenir le symbole de l’urbanisme transitoire, testent la préfiguration de l’aménagement d’un site, sur place.

Un changement d’échelle qui se traduit par la création en 2016 d’un service de conseil en occupation temporaire qui compte aujourd’hui six personnes. L’objectif ? « Offrir une boussole au service des propriétaires », décrit le directeur général. La structure est aussi devenue assistante à maîtrise d’ouvrage pour Est Ensemble, les métropoles de Lille, Lyon ou Strasbourg. Plus de 100 missions d’accompagnement ont ainsi été réalisées à ce jour dans son cœur de métier.

12 sites en Ile-de-France

Différents lieux mixtes ont depuis vu le jour entre hébergement et activités avec différents statuts. « Quand le site est ouvert au public, il devient une plateforme d’engagement citoyen de proximité, en donnant du temps, des biens ou en se confrontant à des situations », souligne le fondateur. En Ile-de-France, Plateau urbain a la charge de 12 sites en gestion directe (sept à Paris) et trois avec un partenaire, dont « Les Cinq toits » avec Aurore dans le 16e arrondissement de Paris où 35 structures sont hébergées.

Réunion de préparation d’une exposition au Village Reille. © Anne Leroy/Plateau urbain

Repas du mercredi au Village Reille. © Anne Leroy/Plateau urbain

« Nous accompagnons des acteurs du champ social pour investir des bâtiments dans lesquels nous proposons des bureaux à des structures de l’économie sociale et solidaire (ESS) ou de la culture », explique Simon Laisney. Le tout doublé d’une programmation culturelle. La société coopérative prend part au mouvement : elle est ainsi installée actuellement au Village Reille (14e arr.) depuis 15 mois avec 62 autres entités dont deux associations qui accueillent des personnes en situation de précarité. In’li y porte un projet de rénovation qui sera mené à partir de la fin de l’année.

10 000 m2 à Montreuil

Jusqu’à fin 2022, Plateau urbain pilote aussi, encore avec Aurore, les 22 000 m2 d’anciens entrepôts logistiques d’Universal music à Antony (Hauts-de-Seine), propriété de l’EPF Ile-de-France. Dans un autre genre, elle occupe deux étages des tours Mercuriales à la Porte de Bagnolet. Les trois derniers sites investis sont situés à Montreuil (Seine-Saint-Denis). Le plus important en termes de superficie, « Opale », qui appartient à Axe Immobilier, a été lancé en février 2021 et compte aujourd’hui plus de 220 structures sur 10 000 m2. Un centre d’hébergement de Caritas pour femmes en situation de précarité y ouvrira très prochainement.

Journée portes ouvertes des ateliers d’artistes sur le site Opale. © Jeanne Espié

Un bilan d’impact a été tiré de toute cette activité. En huit ans, 1 500 structures ont été hébergées (et 5 700 emplois), dont 56 % avaient moins de cinq ans. « Nous avons la chance de pouvoir accéder à des locaux abordables », fait valoir Angèle de Lamberterie, directrice du développement. En effet, le loyer proposé – une contribution aux charges d’investissement et de fonctionnement – est en moyenne inférieur de 50 à 70 % des prix du marché de l’immobilier de seconde main. « Nous avons eu un impact positif, voire essentiel, pour ces activités et permis un tremplin vers l’immobilier classique », ajoute-t-elle. Des ateliers de recherche immobilière sont parfois programmés à l’issue des occupations pour aider les équipes à se reloger.

Amorcer les socles

La société coopérative va par ailleurs s’intéresser à ses premiers locaux neufs. La Semapa l’a en effet sollicitée pour « amorcer » les socles du secteur Bruneseau (13e arr.) avant la livraison du projet. Des tests de commercialité avaient déjà été menés avec Paris & métropole aménagement aux « Grands voisins » – qui avaient entraîné la multiplication par neuf des surfaces d’activité prévues en pieds d’immeubles sur le site. Il est aujourd’hui question d’activer une opération par l’animation des socles. « A Bruneseau, nous allons donner vie aux rez-de-chaussée pour créer une locomotive commerciale au quartier », indique Simon Laisney.

« On s’intéresse beaucoup à comment limiter la vacance commerciale », ajoute-t-il. Il y a un an, Plateau urbain s’est associée à la coopérative Le Sens de la ville pour créer une foncière, baptisée Base commune, chargée spécifiquement de la gestion des socles afin de donner accès à des boutiques à des acteurs de l’ESS ou des créateurs. De premières opérations devraient voir le jour cette année. « Au travers de l’occupation temporaire, on aimerait questionner la programmation des opérations d’aménagement pour aller vers des choses plus actuelles que l’habituel bureau-commerce-logement », note le directeur général.

Normalisation

« D’un mouvement plutôt citoyen, l’occupation temporaire est devenue un outil des politiques publiques avec des métropoles qui s’en saisissent », estime Angèle de Lamberterie. « Cela commence à devenir normal de ne plus laisser des bâtiments vides, les acteurs privés ont intégré cette notion et ne questionnent plus qu’il n’y ait pas de loyers, voire financent même parfois certains aspects des projets », complète Simon Laisney, rapportant toutefois que certains cherchent encore dans cette voie une rentabilité.

Pour des raisons pragmatiques, mais aussi de responsabilité environnementale et sociale, la pratique s’est diffusée. Et ne devrait pas ralentir : « de nouvelles normes environnementales vont prochainement entrer en vigueur et rendront obsolètes des bureaux plutôt récents, permettant une occupation qualitative dans des sites en bon état », prévient le directeur général de Plateau urbain. Le temporaire est donc parti pour durer.

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