O. Gavalda : « Le Crédit agricole est le 1er financeur de l’immobilier en Ile-de-France »

Olivier Gavalda, directeur général du Crédit agricole d’Ile-de-France, détaille les résultats de la banque, en hausse. Il décrit les innovations en cours, à l’instar d’un service de « home-planner » en phase d’expérimentation.

Quel regard portez-vous sur le Grand Paris ?

Le Grand Paris demeure largement un sujet à venir. Pour l’heure, bien sûr, le projet génère une activité importante pour les entreprises du BTP. Un projet de développement économique de cette envergure tire la croissance. Toutefois, jusqu’à présent, les impacts directs et concrets sur l’attractivité du territoire – vis-à-vis des entreprises étrangères en particulier – me semblent davantage venir de l’effet Brexit que de celui du Grand Paris. Il est probable qu’il faille attendre la concrétisation du projet, avec les premières ouvertures de ligne, pour accentuer les décisions d’investissement.

Olivier Gavalda, © DR

Vous estimez que 2024, année des Jeux olympiques et paralympiques, sera décisive ?

Il devrait y avoir concomitance entre l’ouverture partielle du Grand Paris express et Paris 2024. Je reviens de Tokyo : là-bas, toutes les 6 min un train à grande vitesse relie la périphérie au centre. La Capitale japonaise ne connaît pas les embouteillages grâce à l’efficacité des transports en commun. Cela témoigne de l’impact positif des transports sur le développement économique et humain.

Le Grand Paris contribue-t-il déjà à dynamiser votre activité ?

Nous n’opérons pas sur le marché des grandes infrastructures mais accompagnons la myriade de PME franciliennes qui sont les principaux sous-traitants des chantiers du Grand Paris. Du côté de la banque de proximité, nous voulons éclairer les Franciliens sur le Grand Paris et les accompagner aussi dans leurs choix d’investissement immobilier, au-delà du financement et de la protection de leur patrimoine. Notre site de géodécision « Où acheter en Ile-de-France ? » décrit les opportunités du Grand Paris et donne une série de conseils pour investir. L’objectif est de répondre au besoin de conseil des futurs acquéreurs dans un marché immobilier francilien complexe.

Le Grand Paris a-t-il déjà, selon vous, un effet inflationniste sur l’immobilier ?

La perspective du Grand Paris express renforce naturellement, bien qu’à des degrés divers selon les localités, l’intérêt pour l’ensemble des zones desservies. Que ce soit pour choisir l’adresse de sa prochaine résidence ou pour un investissement locatif, le critère de proximité d’une gare reste essentiel. Nous le constatons auprès de nos clients comme de nos salariés. Je suis sûr que cela tire la demande alors que l’offre reste contrainte.

Vous souffrez de la tension sur l’emploi en Ile-de-France ?

Mon problème – en tant que chef d’entreprise – est de trouver des collaborateurs. Nous sommes ici en situation de plein emploi structurel sur les profils diplômés. Et les salariés sont nombreux à quitter Paris compte tenu du coût de la vie, des prix de l’immobilier et de la durée des temps de transport. Le jour où les temps de trajet seront divisés par deux, l’attractivité de la région Capitale sera décuplée.

Etes-vous signataire de la charte CCI business, à travers laquelle les banques s’engagent en faveur des PME du Grand Paris ?

Oui évidement puisque nous réalisons 98 % de notre activité en Ile-de-France. Si la région va bien, le Crédit agricole d’Ile-de-France va bien. Contrairement aux autres grandes banques internationales, nous ne faisons pas d’arbitrage en fonction de la santé économique de telle ou telle zone d’activité. Nous accompagnons tous les Franciliens et grandissons avec eux.

Vous avez enregistré une année 2019 record ?

Comme les taux sont très bas, les marges sont très faibles. Nous devons donc faire beaucoup de volume. Ce qui est le cas. Nous avons réalisé 295,4 millions d’euros de résultats net part du Groupe (RNPG) 2019, en hausse de 5,5 %, pour un produit net bancaire d’1,038 milliard d’euros. Ceci est lié à nos performances commerciales puisque nous gagnons des parts de marché notamment dans le crédit immobilier. Cette dynamique de croissance est le résultat de la mise en place d’une organisation agile à taille humaine. C’est ce que j’appelle le small is beautiful. Notre modèle nous permet d’adapter en permanence nos processus et nos moyens aux besoins de nos clients. Nous sommes in fine plus réactifs et davantage dans le sur-mesure que nos confrères. Ceci fait la différence auprès des Franciliens.

Vous sentez-vous menacé par l’essor des banques 100 % digitales ?

Le digital se situe au cœur de la relation client. Nous disposons d’un système d’information performant et unique aux 39 caisses régionales du Crédit agricole, l’application bancaire la plus téléchargée par les Français, un site internet optimal, et des capacités importantes d’investissement en innovation. Nous nous situons au premier rang des banques françaises en matière de performance numérique, selon le dernier baromètre de D-rating. Alors nous poursuivons notre accélération digitale ; sans oublier que la différence concurrentielle s’établit toujours grâce aux femmes et aux hommes en contact direct avec nos clients. Nous sommes très attachés à nos agences. L’ensemble de nos 275 agences du réseau francilien a été rénové. Nous sommes la première banque en Ile-de-France à y avoir investi plus de 200 millions d’euros.

Vous ne fermez pas d’agences ?

Aucune fermeture : mon unique problème est de recruter des talents dans nos agences partout sur le territoire. Si les banques en ligne et les néobanques émergent, je constate que notre activité de banque de proximité n’a jamais été aussi intense. Les Franciliens continuent à placer leur épargne et à solliciter des crédits chez nous. Et ils le feront tant que nous continuerons à les satisfaire, grâce à l’expertise de nos conseillers et à la qualité de nos solutions. Les consommateurs sont prêts à payer des services de bancassurance qu’à une condition : en avoir pour leur argent ! Nous voulons en faire la démonstration au quotidien car nous ambitionnons de devenir la banque préférée des Franciliens pour poursuivre notre développement.

Quels sont vos principaux clients ?

Les entreprises – des artisans aux grands groupes – représentent 35 % de notre activité, et les particuliers 65 %. Concernant les collectivités locales, nous accompagnons surtout de petites collectivités situées en grande couronne francilienne. Et enfin, nous sommes leaders dans le secteur agricole en Ile-de-France, même s’il ne compte que 3 000 exploitations.

Vous êtes très présent dans l’immobilier ?

Nous sommes le premier financeur de l’immobilier en Ile-de-France : pour les particuliers, pour les promoteurs et aussi pour les bailleurs sociaux. Et par exemple nous soutenons l’accession à la propriété grâce à notre prêt primo-accédant à taux zéro, jusqu’à 30 000 euros, pour les Franciliens qui ne sont pas éligibles aux aides publiques. C’est là toute l’utilité d’une banque régionale !

L’innovation figure au cœur de votre stratégie ?

Nous avons mené, en 2019, quelques 35 expérimentations avec différentes start-up essentiellement franciliennes. L’objectif est de surtout proposer rapidement de nouveaux services extra-bancaires qui répondent aux problématiques rencontrées par les Franciliens : orientation scolaire, caution pour une location, permis de conduire à tarif réduit, etc. Il s’agit toujours de partenariats gagnant-gagnant : malgré sa bonne idée, la start-up ne dispose que rarement des ressources marketing et communication nécessaires pour se constituer un premier portefeuille d’utilisateurs. Nous l’aidons et nos clients apprécient.

Vous vous apprêtez à lancer un nouveau service ?

Oui nous testons actuellement une toute nouvelle approche du conseil en immobilier. Nous souhaitons inverser l’approche conventionnelle du secteur en nous adressant non pas aux vendeurs immobiliers mais aux acheteurs. Nous voulons conseiller les acquéreurs sur l’emplacement, la recherche, le prix ou encore les travaux éventuels de leur futur bien immobilier. Il s’agit d’un concept de home planner, comme il existe des wedding planners pour un tout autre moment de vie qu’est le mariage. Si le test est concluant, nous déploierons cette offre disruptive dans toute l’Ile-de-France en juin prochain.

Ce service digitalisé, qui s’adresse à tous les Franciliens, a été conçu et développé avec plusieurs start-up dont Quai des notaires. Concrètement, nous accompagnons les acheteurs dans la visite d’un bien pour identifier les éventuels besoins de travaux et pour aider lors de la négociation face aux vendeurs. Nous disposons d’une base de données très riche sur les transactions immobilières financées par nos crédits habitat. C’est là encore une façon de gagner la préférence des Franciliens à travers des innovations utiles.

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