Municipales : le grand comparatif des programmes face au patronat parisien

Vendredi 6 février, au cinéma Le Balzac, le patronat parisien (Medef et CPME) auditionnait simultanément les six principaux candidats à la mairie de Paris. Face à une salle comble de chefs d’entreprise, Pierre-Yves Bournazel (Horizons, soutenu par Renaissance), Sarah Knafo (Reconquête), Rachida Dati (LR soutenue par l’UDI et le MoDem), Sophia Chikirou (LFI), Emmanuel Grégoire (PS-Union de la gauche) et Thierry Mariani (RN) se sont succédé pendant près de cinq heures pour exposer leur programme. Le journal du Grand Paris passe en revue les propositions des uns et des autres.

Salle comble vendredi 6 février au cinéma Le Balzac (Paris 8ᵉ) pour l’audition par le Medef et la CPME Paris des six principaux candidats à la mairie de Paris. L’occasion de dresser un comparatif des propositions de chacun sur les différents thèmes abordés, de la concertation des entreprises à la gestion financière et fiscale de la Ville, en passant par l’urbanisme, la propreté ou la sécurité.

Concertation avec les milieux patronaux

Quelle concertation des milieux économiques dans la prise de décision de la municipalité ? Tous les candidats, sans surprise, votent pour une association accrue de la société civile, patronat inclus, à l’action municipale. 

Pierre-Yves Bournazel (Horizons, soutenu par Renaissance) propose un « conseil des entrepreneurs », « organe officiel de la ville de Paris », associant élus, administration et acteurs économiques, qui participera aux études d’impact avant toute décision majeure, aux expérimentations et à l’évaluation des politiques publiques. Il y ajoute des « small business centers », guichets uniques pour simplifier les démarches des entrepreneurs.

Sarah Knafo (Reconquête), qui place le recours à l’IA au cœur de ses propositions, mise sur la technologie avec un « jumeau numérique de Paris » permettant de simuler les impacts de chaque projet d’aménagement avant sa réalisation. « J’ai été la cible de beaucoup d’attaques de mes concurrents qui me reprochent d’utiliser l’intelligence artificielle, notamment lorsque je simule des projets, a-t-elle déclaré. Je trouve que c’est fabuleux. Ils se révèlent, ils nous montrent qu’ils ne savent pas utiliser l’IA, qu’ils ne la connaissent pas », a-t-elle déclaré. La députée européenne propose un référendum obligatoire pour tout projet d’investissement dépassant 10 millions d’euros.

Rachida Dati (LR, soutenue par l’UDI et le MoDem) s’engage aussi à consulter les représentants des milieux économiques avant les grands programmes d’aménagement, en s’appuyant sur « les services de la voirie, l’expertise de bureaux d’études et de la data ». Elle critique sévèrement l’absence actuelle de plan de circulation : « On ne ferme pas une rue si on ne connaît pas le secteur, on ne crée pas une piste cyclable si on ne connaît pas l’activité des abords », a-t-elle martelé.

Pierre-Yves Bournazel. © Jgp

Sarah Knafo. © Jgp

Rachida Dati. © Jgp

Sophia Chikirou (LFI) défend un « Cese parisien» (équivalent du Conseil économique, social et environnemental régional) réunissant patronat, syndicats, associations et élus. Elle veut également revitaliser les conseils de quartier en y intégrant commerçants et entreprises. « Pour que l’on discute, qu’on analyse ensemble, qu’on arrive à se mettre d’accord sur des diagnostics. »

Emmanuel Grégoire (Union de la gauche hors LFI) a rappelé en préambule qu’il s’inscrivait dans une sociale-démocratie écologiste, « qui considère que, avant de partager la valeur, encore faut-il en créer ». « Nous partageons une vision commune sur le nécessaire effort à fournir pour maintenir l’attractivité de Paris. Je vous le dis, nous mettrons en place une gouvernance qui le permettra, où vous pourrez vous exprimer, où j’aurai la mission de vous écouter et de prendre en compte les mesures qui seront celles que vous proposerez », a-t-il déclaré. Emmanuel Grégoire a détaillé divers niveaux de gouvernance : un Conseil économique, social et environnemental parisien, un conseil d’investissement, « pour driver les investissements dans le Grand Paris », des comités de filières sectoriels avec interlocuteur unique de la Ville, et une plateforme numérique « Paris entreprises » permettant d’effectuer l’ensemble des démarches. « Je souhaite mettre en place des études d’impact systématiques avant les grands programmes d’aménagement », promet-il à son tour.

Thierry Mariani (RN) veut un conseil économique « uniquement désigné par les professionnels, pas par le président qui nomme ses copains », et intégrer des entrepreneurs dans certaines commissions municipales avec voix consultative. « Les élus sont bien intentionnés mais n’ont pas toujours les pieds dans la réalité », justifie-t-il.

Le PLU bioclimatique sur la sellette

Faudra-t-il revenir sur le PLU bioclimatique, un des principaux actifs du bilan de la mandature écoulée ?

Pierre-Yves Bournazel, Sarah Knafo et Rachida Dati promettent l’abrogation ou la révision complète du PLU bioclimatique. « Le pastillage est un frein à l’activité économique. Avec un conseil des entrepreneurs, Il n’aurait pas existé », assure Pierre-Yves Bournazel. Sarah Knafo y voit une « violation du droit de propriété » et veut « revenir à l’idée originale d’un PLU », qui consiste, selon elle, à garantir l’harmonie architecturale. « On a l’impression que les propriétaires sont des coupables par nature qu’il faut taxer en permanence », estime le candidate de Reconquête. Rachida Dati juge, pour sa part, le document « juridiquement fragile ». « Il existe un problème lié à la légalité de l’hyper-pastillage mis en œuvre à Paris, a-t-elle déclaré. Si votre immeuble n’est pas concerné, alors c’est celui d’à côté. Ce qui veut dire que si vous le mettez en vente, il va être préempté par la mairie, pas forcément au prix que vous voulez », a-t-elle affirmé (*). « On va refaire un PLU sur mesure et de dentelle, car le 7ᵉ ce n’est pas le 18ᵉ ». Parmi les propositions de la candidate LR figure un grand concours d’architectes international dans le cadre d’un PPP (partenariat publi-privé) sur toutes les portes de Paris, « pour avoir une entrée parisienne qui soit digne de ce nom ».

Emmanuel Grégoire défend le bilan de la mandature en matière d’urbanisme : « J’assume notre ambition de développement de Paris. Il n’y a pas de développement économique de Paris s’il n’y a pas un développement de l’habitat », a-t-il fait valoir. Il a rappelé son attachement à l’objectif de mixité sociale rappelant les déséquilibres géographiques : avec près de 50 % de logements sociaux dans certains arrondissements de l’est parisien, et 3 % dans les moins bien dotés. Il a décrit la bonne santé de l’immobilier tertiaire dans le triangle d’or et des ensembles urbains à requalifier dans les quartiers populaires, où il entend « mettre le paquet sur la question des hébergements spécialisés, de l’hébergement des étudiants, des résidences seniors et de l’accès à la propriété pour les classes moyennes », dans un souci de rééquilibrage.

Sophia Chikirou promeut le « zéro artificialisation de la pleine terre » face au risque de températures à 50 degrés en 2030. « Je ne serai pas un maire du béton, pas un maire qui va promettre la tour Triangle ou Austerlitz avec des milliers de mètres carrés de bureaux vacants », a-t-elle indiqué.

Thierry Mariani veut « déplafonner les règles du PLU-b sur la hauteur autorisée de certains immeubles, notamment dans les grands axes » et exploiter les dents creuses pour construire de nouveaux logements.

Logement : des stratégies divergentes

Quelle stratégie face à la crise – et aux besoins – de logements  ? La question divise.

Pierre-Yves Bournazel entend créer un choc d’offre dans le locatif privé : 60 000 logements remis sur le marché via un pacte alliant un paiement des loyers garanti et une baisse de taxe foncière pour les propriétaires acceptant de renoncer à la location saisonnière de leur bien ou à son usage comme résidence secondaire. Élu, il mettrait un terme à la politique de préemption jugée inutilement dispendieuse (250 millions d’euros par an économisés). Il donnerait une priorité absolue au logement social pour « les femmes et hommes qui travaillent à Paris » via une cotation renforcée.

Sarah Knafo souhaite appliquer un moratoire sur la construction de logement social, procéder à une vente de 10 % du parc (environ 20 000 logements) à leurs occupants avec exonération de droits de mutation. Elle entend par ailleurs diviser par deux la taxe foncière et « rendre aux Parisiens le trop-perçu lié à l’augmentation, en 2023, de cette taxe par la municipalité ».

Rachida Dati entend également mettre fin aux préemptions d’immeuble. La maire du 7ᵉ promeut un assouplissement progressif de l’encadrement des loyers avec relèvement du plafond notamment pour les propriétaires effectuant des travaux de rénovation thermique. La ministre de la Culture souhaite par ailleurs donner la priorité aux « gens qui travaillent à Paris ou rendent service aux Parisiens » dans l’attribution du logement social, avec cotation renforcée de ce critère. « La politique de logement social telle qu’elle existe est une politique de ghetto », estime-t-elle.

Sophia Chikirou a présenté sa proposition de créer une régie publique de gestion locative proposant aux propriétaires privés de gérer leurs biens en échange de loyers modérés, garantis, et de prise en charge des travaux de rénovation énergétique. Objectif : ramener la part du loyer dans le budget des Parisiens de 36 % à 24 % (niveau de 1998). La candidate insoumise propose de lutter contre la spéculation via l’interdiction des investissements étrangers. Provoquant des huées dans la salle à ce sujet, elle s’est exclamée : « Mais pour qui vous prenez-vous ? Vous pensez que je suis une idéaliste utopique, mais le Canada a pris une telle mesure, et Donald Trump l’envisage également. »

Emmanuel Grégoire. © Jgp

Sophia Chikirou. © Jgp

Thierry Mariani. © Jgp

Emmanuel Grégoire s’engage à produire 30 000 nouveaux logements sociaux, complétés par l’offre de l’office foncier solidaire (OFS), qui permet, au moyen du bail réel solidaire dissociant la propriété du bâti de celle du foncier, une accession à « moitié prix ». Il évoque également la récente Foncière logement abordable, qui va produire des logements locatifs à 25 % sous les prix du marché. Le député entend faire de la lutte contre les logements vacants une de ses priorités, promettant un encadrement renforcé des meublés touristiques et des résidences secondaires. « Un logement sur cinq à Paris n’est pas consacré à l’habitat permanent, ce n’est pas soutenable », a-t-il martelé. « 80 % des salariés parisiens sont quasiment, de fait, exclus du marché locatif », a-t-il également souligné, estimant absurde de contester la nécessité de construire davantage de logements sociaux ou de remettre en cause le parc existant.

Thierry Mariani est partisan de la cession de 40 000 logements sociaux à leurs occupants (prix moyen 200 000 à 300 000 euros, soit 4 500 euros/m²) générant 1,5 à 2 milliards de recettes pour construire de nouveaux logements « mieux répartis ». Cela en maintenant Paris au-dessus du seuil SRU de 25 %. Il donnerait lui aussi une « priorité absolue » aux salariés parisiens dans les attributions.

Sécurité : la course aux effectifs

Faut-renforcer la police municipale, l’armer, multiplier les caméras de vidéo-surveillance ? 

Sarah Knafo veut recruter 8 000 policiers municipaux armés, seule catégorie de personnels, avec les agents dédiés à la petite enfance, dont elle souhaite augmenter les effectifs. « 55 000 agents à Paris, c’est indéfendable », estime-t-elle, évoquant « 400 personnes à la communication et autant à l’urbanisme ». En matière de sécurité, elle souhaite en outre doter Paris de caméras de surveillance pilotées par IA (actives uniquement en cas de comportement suspect pour préserver les libertés individuelles). La députée européenne annonce des « réverbères intelligents » détectant les sons d’agression et s’éclairant brutalement pour faire fuir les agresseurs. « Pendant les JO, Paris était en sécurité : plus de policiers égale moins de délinquance », a-t-elle souligné. La candidate de Reconquête a évoqué « des buralistes qui voient la mafia afghane entrer dans leurs propres bureaux de tabac pour vendre des cigarettes à la sauvette à leurs clients ».

Pierre-Yves Bournazel annonce quant à lui un triplement des effectifs, avec 6 000 agents de police municipale formés, armés, 24 h/24 et 7 j/7. Élu, il organisera une lutte antimafia avec fermeture administrative immédiate des commerces rachetés par des filières criminelles et saisine du parquet. Il s’engage à ce que des policiers municipaux soient présents dans chaque métro le soir pour lutter contre les agressions sexuelles.

Thierry Mariani propose, quant à lui, d’élever les effectifs de la police municipale à 8 350 agents, soit le ratio de New York appliqué à Paris. Il annonce une multiplication des caméras de surveillance et l’organisation de la « PM » en brigades spécialisées, dont le quart des effectifs serait décentralisé aux arrondissements : brigade anti-squat, brigade anti-drogue, brigade de proximité, brigade transport. « La première préoccupation dans tous les sondages, c’est la sécurité », estime l’ancien ministre des Transports.

Rachida Dati a dressé le constat alarmant des chiffres de la sécurité : « Plus de 218 % de trafic de stupéfiants entre 2019 et 2025, plus de 60 % des agressions sexuelles et 25 % sur les atteintes aux personnes », a-t-elle affirmé. La maire du 7ᵉ propose une police municipale « formée, équipée, armée », en convention avec le préfet de police et le procureur pour appuyer la police nationale, notamment dans le démantèlement des trafics. Elle souhaite l’activation du Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD), permettant une cartographie de la délinquance et une politique pénale adaptée aux besoins et aux réalités de chaque quartier. « Le maire a la charge de la prévention et de la tranquillité publique », a-t-elle rappelé.

Pas de surenchère policière avec Sophia Chikirou, qui est partisane d’un « moratoire sur les caméras » et de la création d’antennes de proximité mêlant policiers municipaux territorialisés, éducateurs spécialisés et médiateurs. « Pour la tranquillité, la meilleure façon de gérer, c’est la médiation. Les caméras servent après coup, on les a multipliés, mais regardez les taux de délinquance : ont-ils baissé ? », interroge-t-elle.

Mobilité : la bataille des voies sur berges

C’est une des questions les plus clivantes. Où se situe l’équilibre entre la cohabitation des différents modes de mobilité, quelle place pour la voiture, le vélo, et le piéton ? 

Sarah Knafo veut rouvrir la rive droite avec construction d’une promenade au-dessus, rétablir le 80 km/h sur le périphérique et piloter les feux par IA pour gagner 15 % de fluidité. Pierre-Yves Bournazel promet trois lignes de bus express (nord-sud, est-ouest, liaisons gares) avec feux intelligents donnant priorité aux bus. Rachida Dati veut réduire la piste cyclable rue de Rivoli pour élargir les trottoirs – « les piétons sont les grands oubliés de la politique municipale », estime-t-elle – et rétablir une voie dédiée à la desserte locale entre Bastille et Concorde.

Thierry Mariani propose un gel de trois ans sur toute nouvelle piste cyclable et l’élaboration d’un véritable plan de circulation. « Nous voulons la cohabitation des mobilités et le respect de chaque couloir », a-t-il résumé.

Sophia Chikirou refuse la « guerre du tous contre tous » et voit dans les problèmes de mobilité une conséquence de la spéculation immobilière concentrant les bureaux dans Paris intramuros.

Stationnement : vers un tarif unique et simplifié

Le stationnement figure également parmi les sujets sensibles pour les entrepreneurs, au premier rang desquels figurent les commerçants.

Consensus quasi général sur la simplification. Pierre-Yves Bournazel et Thierry Mariani proposent un tarif unique du stationnement parisien pour habitants et entreprises et la fin du zonage. Sarah Knafo va plus loin : première heure gratuite pour tous, gratuité entre 12 h et 14 h pour les restaurateurs, tarif unique de 5 euros/heure ensuite. Rachida Dati promet également un « tarif unique abordable » avec gratuité du stationnement deux-roues sur emplacements dédiés.

Pierre-Yves Bournazel propose 30 000 places de parkings-relais dans les gares du Transilien et du Grand Paris express, cofinancés avec la Région ; Thierry Mariani annonce 550 000 places nouvelles (couverture partielle du périphérique, parkings souterrains et aériens) ; Sarah Knafo prévoit des parkings souterrains pour la logistique.

Tous garantissent un « droit à la livraison gratuite » pour les professionnels dans des créneaux dédiés.

Commerce : du diagnostic partagé aux solutions divergentes

Quelle stratégie pour enrayer la crise du commerce de proximité ?

Pierre-Yves Bournazel propose le doublement des places de livraison. « Il faut du flux : pour que les commerces fonctionnent, il faut des gens qui passent devant », a-t-il également indiqué, reliant fluidification de la circulation et vitalité commerciale.

Rachida Dati. © Jgp

Pierre-Yves Bournazel. © Jgp

Sarah Knafo. © Jgp

Sarah Knafo a en projet un plan de 50 millions d’euros sur cinq ans avec des aides de 50 000 euros pour la réouverture de commerces. Elle propose une garantie municipale à 50 % pour les emprunts des entrepreneurs de moins de 35 ans. Objectif : passer de 10,5 % à 8 % de vacance. Le tout accompagné d’une hausse de la taxe sur les commerces vacants spéculatifs (actuellement 12,5 %) : « C’est la seule taxe que l’on propose d’augmenter », argue-t-elle.

Rachida Dati mettra en œuvre, si elle est élue, une simplification administrative avec décentralisation aux mairies d’arrondissement pour les ouvertures dominicales, nocturnes et les autorisations pour les terrasses.

Thierry Mariani. © Jgp

Sophia Chikirou. © Jgp

Emmanuel Grégoire. © Jgp

Sophia Chikirou est favorable au triplement des locaux publics, notamment grâce à la Foncière Paris commerce, avec des loyers considérablement baissés, créant un statut de « commerce essentiel » (commerces alimentaires, artisanat de service dans un rayon de 400-500 m). Elle est également partisane de la préemption de baux commerciaux et mettra en place un fonds d’urgence 2026 pour éviter les fermetures.

Emmanuel Grégoire a souligné que Paris compte 7 500 locaux commerciaux municipaux (avec un taux de vacance inférieur à la moyenne parisienne). Il annonce un plan d’urgence pour le commerce et préconise une intervention immobilière renforcée, mais surtout de porter le combat au niveau européen contre « la prédation des plateformes qui détruit des secteurs entiers comme le textile, l’ameublement, les agences de voyages ». « Nous vivons une crise mondiale qui est un désarmement, assez unilatéral, de nos économies européennes, en particulier face à la prédation et à la disruption de la chaîne de valeur de la distribution qu’imposent les plateformes », a-t-il déclaré.

Propreté : la ligne de fracture public-privé

Comment rendre Paris plus propre ? 

Pierre-Yves Bournazel, Sarah Knafo ou Thierry Mariani annoncent « 100 % de privatisation » de la collecte et du nettoiement, générant 730 millions d’économies sur la mandature pour investir dans la mécanisation, estime le candidat Horizons. Ce dernier évoque, parmi ses propositions, des poubelles anti-rats avec capteurs de remplissage et robots intelligents pour le tri. « Dans ce domaine, le privé fait mieux que le public, tous les rapports le démontrent », a-t-il souligné. La candidate de Reconquête promet également la privatisation complète, « avec une obligation de reprise de 70 % des 6 000 agents dédiés » : « C’est 27 % moins cher et mieux fait, la Chambre régionale des comptes le dit. »

Rachida Dati veut privatiser l’intégralité de la collecte mais reste plus floue sur le nettoiement. Elle insiste sur la réorganisation des circuits : « Aujourd’hui, c’est un problème d’organisation. Une zone touristique n’a pas le même mobilier urbain qu’une rue résidentielle », souligne-t-elle. Thierry Mariani assume : « Je l’ai fait dans ma commune [Valréas, Vaucluse], le privé fait mieux. »

Emmanuel Grégoire défend « l’équilibre en deux blocs » instauré par Jacques Chirac (moitié régie, moitié privé). « Tous les maires se sont posé la question. Cet équilibre permet d’éviter de fragiliser ce qui marche le mieux : le ramassage des ordures a un niveau de performance quasiment inégalé au monde », a-t-il souligné. De même, l’ancien premier adjoint s’est inscrit en faux face à une tendance au Paris bashing, véhiculée par ceux qui décrivent une capitale à l’image dégradée : « Nous sommes devenus la première place européenne d’investissement, a-t-il souligné. On peut toujours pleurer sur le lait renversé, dire que tout va mal. Mais de fait, post-Brexit, le Grand Londres qui était devant nous est passé derrière nous. Donc on a plein de problèmes, on a plein de défauts, mais on a aussi d’immenses atouts. »

Sophia Chikirou défend la municipalisation intégrale : « Ça coûte moins cher à la ville et c’est plus efficace. » Face aux rires de la salle : « Vous voulez de la propreté mais vous ne voulez pas d’agents ? Pendant les JO, il y avait 160 agents supplémentaires, c’était propre. Il en faut 300 en permanence. » Elle propose aussi des régies de quartier au niveau des conseils locaux.

Fiscalité : promesses de stabilité et rare baisse

Faut-il augmenter les impôts et la dépense publique, ou réduire à la fois l’un et l’autre ? 

Pierre-Yves Bournazel promet que, sous son égide, il n’y aura pas d’augmentation d’impôts, avec au contraire une baisse de la fiscalité financée par 4 milliards d’économies (débureaucratisation, passage aux 35 h, fin de la préemption, suppression de privilèges dont bénéficieraient les élus) et 3 milliards de recettes (dont la vente de 20 000 logements que la Ville possède hors Paris). Il a exprimé par ailleurs son opposition à l’harmonisation à la hausse de la cotisation foncière des entreprises que pourrait provoquer son transfert à la Métropole et une harmonisation à cette échelle, les taux parisiens étant parmi les plus faibles de l’agglomération. « Il y a 22 directions et 42 directeurs à Paris aujourd’hui. Dans quelles collectivités, quelles entreprises, on voit ça ? On a multiplié les strates, les sous-directions et aujourd’hui, on a une dépense publique de fonctionnement qui augmente quand les dépenses d’investissement baissent », a-t-il déploré.

Sarah Knafo a une « mesure phare » en l’espèce : « c’est que la mairie dépense moins pour pouvoir taxer moins, pour que les entreprises et les ménages puissent gagner plus et investir plus ». Elle promet la division par deux de la taxe foncière pour tous (entreprises et ménages), la division par deux de la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM) et de balayage, ainsi qu’une restitution du « trop-perçu » issu de la hausse de 2023. Seule hausse qu’elle envisage, celle de la taxe sur commerces vacants spéculatifs. « J’en ai assez que vous soyez des vaches à lait », a-t-elle lancé en direction des chefs d’entreprise.

Rachida Dati s’engage également à ne pas augmenter les impôts, à stopper toute nouvelle préemption (250-300 millions d’économies par an), à réaliser des économies sur le fonctionnement, et à procéder à la vente de fonciers. Elle évoque également le recours aux contrats de partenariat public-privé (PPP) pour les grands aménagements. « On n’a pas vocation à acheter de l’immobilier, des terrains, des commerces. On n’est pas en économie administrée », estime-t-elle.

Sophia Chikirou ne s’inscrit pas dans une « baisse généralisée » des dépenses publiques à laquelle elle préfère, par exemple, la distinction, en matière d’aides économiques, entre les entreprises selon la nature de leur capital : elle entend ainsi favoriser les entreprises dont le capital est détenu par leurs dirigeants et non des fonds d’investissement. « Ça fait 30 ans qu’on baisse les impôts avec 111 milliards d’aides en 2023. Prouvez-moi que ça a servi l’emploi et le dynamisme économique », a-t-elle lancé.

Emmanuel Grégoire s’est engagé lui aussi à ne pas augmenter les impôts et taxes, notamment les droits de mutation à titre onéreux (DMTO). « Nous sommes dans une situation absurde où un maire n’a aucun intéressement fiscal à l’activité économique. Il faut réformer les finances locales », estime-t-il.

Thierry Mariani est également défavorable à toute augmentation d’impôts, sauf celle de la taxe sur commerces vacants. Il promeut un plan de désendettement « très strict » de 5 milliards sur la mandature.

Dette : de la fierté à l’alarme

Paris est-il en situation critique au regard de sa dette ? Faut-il la réduire ? La stabiliser ? 

Emmanuel Grégoire défend le bilan de Paris en matière de gestion de la dette : « La Ville n’a jamais adopté un budget en déficit, c’est interdit », a-t-il indiqué, faisant référence à la règle d’or imposée aux collectivités territoriales, mais pas à l’État, selon laquelle le secteur public local ne peut emprunter pour financer son fonctionnement. « La dette de Paris est passée de 1 à 9,3 milliards, mais les actifs de 20 à 47 milliards d’euros, souligne-t-il. Quand vous empruntez à des taux inférieurs au rendement des actifs, vous vous enrichissez. » L’ancien premier adjoint d’Anne Hidalgo promet néanmoins de rééquilibrer le financement des investissements (75-80 % par autofinancement et cessions d’actifs non stratégiques comme le Parc des Princes, contre un tiers par autofinancement, un tiers par cession d’actifs et un tiers par l’emprunt aujourd’hui). Il vise une épargne brute de 1,1-1,2 milliard en fin de mandature et une capacité de désendettement (**) de 1 ans. « La dette de la ville a diminué quand j’étais adjoint aux finances », a-t-il indiqué.

Sarah Knafo sonne l’alarme : « 10 milliards de dette, un service de la dette de 500 millions d’euros par an, mais quelle contrepartie ? Place de la République à refaire, place de la Bastille à refaire… Un musée des horreurs budgétaires. » Elle annonce 10 milliards d’économies nettes sur dix ans : 3 milliards via la division par deux des effectifs (en tenant compte du turn-over naturel de 3 500 départs/an et des embauches en police et petite enfance), 5 milliards en stoppant la politique foncière (préemption, écoquartiers), 1 milliard sur les subventions aux associations « politisées ou qui favorisent l’illégalité », plus un désendettement via des ventes de fonciers de la Ville.

Pierre-Yves Bournazel propose 7 milliards d’euros de marge récupérés sur six ans (4 milliards d’économies + 3 milliards de recettes) pour désendetter, baisser la fiscalité et investir dans la sécurité, la propreté, la mobilité. Il promet « le projet le plus financé, chiffré à l’euro près ».

Emmanuel Grégoire. © Jgp

Pierre-Yves Bournazel. © Jgp

Thierry Mariani. © Jgp

Rachida Dati critique sévèrement la gestion sortante (budgets « insincères » avec vote puis gel, augmentation de 60 % de la taxe foncière sans amélioration des services) et veut stopper l’explosion du fonctionnement au profit de l’investissement via une série d’économies (fin des préemptions, des subventions à certaines associations, non-remplacement partiel des départs, application des 35 h, lutte contre l’absentéisme) et recours au PPP.

Sophia Chikirou ne chiffre pas d’économies, préférant parler d’investissements nécessaires pour l’adaptation climatique notamment.

Certains enjeux économiques majeurs ont été marginalisés lors de ces débats. La dimension métropolitaine n’a été développée que par Emmanuel Grégoire, qui mise sur « l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation pour faire de la région Île-de-France la première région universitaire du monde » face à la « bataille mondiale de l’économie de la connaissance ». Les autres sont restés sur le périmètre parisien.

 

(*) Pour favoriser la construction de logements, le PLU-b prévoit que tous les projets de construction, de changement de destination, mais également de restructuration d’immeuble d’une surface de plancher supérieure à 5 000 m² doivent compter au moins 10 % de logements dans leur programmation. Par ailleurs, un pastillage désigne 800 emplacements réservés : ce mécanisme, qui n’est pas nouveau, permet à la Ville de grever des immeubles d’une servitude pour la création d’un certain pourcentage de logements, en particulier sociaux. A l’occasion du dépôt d’une demande d’autorisation d’urbanisme, le pétitionnaire devra se conformer à l’objet de la pastille.

(**) La capacité de désendettement, ou ratio Klopfer, est la durée nécessaire pour rembourser le stock de dette si l’on y consacre la totalité de son épargne brute.

 

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