Primaire socialiste (1/3) – Marion Waller : « J’apporte un vent de fraîcheur dans cette primaire »

Elle a créé la surprise en s’invitant dans la primaire du PS qui désignera, le 30 juin, le candidat socialiste à la mairie de Paris. Marion Waller, directrice générale du Pavillon de l’Arsenal – le centre d’architecture de la Capitale –, a été conseillère d’Anne Hidalgo, dont elle revendique la filiation. La jeune urbaniste-philosophe explique, dans nos colonnes, ses motivations, ses atouts et son projet pour Paris.

Pourquoi cette candidature ?

J’ai décidé de me présenter parce qu’il me semblait nécessaire de proposer une troisième voie dans cette primaire. En discutant avec les militants socialistes, j’ai ressenti une attente pour une approche différente. Je suis une jeune femme de 32 ans, j’appartiens à la « génération climat », j’ai un rapport à l’avenir et à la planète qui n’est pas le même. J’apporte un vent de fraîcheur.

Marion Waller, directrice générale du Pavillon de l’Arsenal et candidate à la candidature à la mairie de Paris. © Jgp

Sur le plan des idées, qu’apportez-vous que vos deux concurrents, Rémi Féraud et Emmanuel Grégoire, n’offrent pas ?

La question du Grand Paris est au cœur de mon engagement. Pour moi, ce n’est pas un simple thème de campagne, mais un préalable incontournable. Une ville ne se résume pas à ses habitants intra-muros, mais aussi à ceux qui y travaillent et y étudient. Nous devons repenser Paris dans sa globalité, au-delà des frontières administratives, en incluant celles et ceux qui y habitent et travaillent, notamment les travailleurs essentiels, qui résident souvent en Seine-Saint-Denis. Si Paris n’est pas moteur, rien n’avancera. Si le projet du Grand Paris n’est pas porté avec force par le ou la futur(e) maire de la Capitale, alors le prochain mandat sera un échec. On a rendez-vous avec l’histoire !

Dans votre lettre aux adhérents, vous parlez d’une « métropole à deux vitesses »…

Les transformations récentes à Paris sont formidables. Mais nous devons veiller à ce qu’elles ne creusent pas les inégalités entre Paris et les 130 autres communes de la Métropole.

Vous proposez un « partage des ressources » entre Paris et les autres villes. Qu’entendez-vous par là ?

Mon projet s’intitule « Partager Paris ». Plutôt que de démarrer par des discussions institutionnelles, nous devons d’abord définir un projet commun : services publics, logement, éducation, santé, équipements, infrastructures… Que voulons-nous ensemble ? Ensuite, nous pourrons aborder la question du financement. Paris doit donner l’exemple et repenser les mécanismes de péréquation, de solidarité métropolitaine. Il faut remettre à plat la répartition des contributions entre les différents départements, optimiser l’utilisation des ressources existantes, et obtenir davantage de moyens pour la métropole du Grand Paris [MGP].

Quelle leçon tirez-vous de votre initiative « Les Grand.es Parisien.nes » lancée début 2025 ?

J’ai déjà rencontré plusieurs maires et présidents de collectivités. Je ressens, chez de nombreux élus de villes voisines, un véritable enthousiasme et la volonté de coopérer.

Quelles solutions proposez-vous pour résoudre la crise du logement ?

Nous devons transformer massivement les bureaux vides en logements, par exemple à La Défense. Il est aussi primordial de produire des logements sociaux et de rééquilibrer leur répartition entre les communes, notamment dans l’ouest du Grand Paris. Paris actionne ces deux leviers et doit poursuivre ses efforts, mais il nous faut voir plus large si on veut réellement résoudre cette crise insupportable. Il faut mener ces batailles au niveau du bassin de vie : la métropole.

Quelle est votre position sur la mobilité ?

Là encore, une vision métropolitaine s’impose. Des pistes cyclables doivent être développées partout. Nous devons penser ensemble les axes structurants et la transformation des autoroutes urbaines. Par ailleurs, Paris et la Métropole doivent avoir plus de poids dans la gouvernance d’Ile-de-France Mobilités. A Paris, on doit encore réguler et harmoniser les relations entre les piétons et les vélos.

Vous proposez un « programme commun » sur le Grand Paris en 2026…

J’aimerais que tous les candidats socialistes aux municipales s’engagent à défendre, en plus de leur projet municipal, un programme métropolitain commun, c’est-à-dire une série de mesures partagées – sur le logement, les services publics, la lutte contre la pollution… – qu’ils s’engagent à porter au niveau métropolitain. Cela donnerait plus de poids au Grand Paris et permettrait aux citoyens d’élire des conseillers métropolitains en connaissance de cause. D’ailleurs, je constate avec plaisir que Rémi Féraud et Emmanuel Grégoire ont repris ma proposition à leur compte.

Marion Waller. © Jgp

Quelle est, dans votre projet, la part de continuité et de rupture par rapport au bilan de la maire sortante ?

Le bilan d’Anne Hidalgo est extraordinaire, salué dans le monde entier. Sans elle, jamais nous n’aurions eu les voies sur berges piétonnes, autant de pistes cyclables ou de logements sociaux. Mais quand on est candidat, on doit forcément incarner quelque chose à soi. La gauche est au pouvoir à Paris depuis 25 ans. Pour gagner en 2026, un regard neuf et un nouvel élan seront nécessaires. Je veux poursuivre la végétalisation et la piétonnisation, tout en prévenant les effets pervers de cette nouvelle attractivité : la hausse des prix de l’immobilier. Je prépare un grand plan anti-gentrification pour protéger les classes moyennes.

Il semble qu’Anne Hidalgo n’ait pas du tout apprécié votre candidature…

Je ne parlerai pas en son nom. Anne Hidalgo compte beaucoup pour moi, elle a été visionnaire, courageuse, exemplaire. Je l’ai informée personnellement de ma décision, comme j’ai prévenu le premier adjoint [Patrick Bloche], la première fédérale [Lamia El Aaraje] et mes deux concurrents. Leur première réaction a été la surprise, car je suis jeune, mais ma candidature est respectée. Je rejoins un processus démocratique ouvert : cela nous grandit collectivement.

La maire, qui reproche à Emmanuel Grégoire d’avoir critiqué sa méthode, affirme qu’elle ne le soutiendra pas en cas de victoire. Et vous ?

Je ne vois pas pourquoi elle ne me soutiendrait pas : je suis d’une loyauté totale. La position d’Emmanuel Grégoire – il faut faire pareil, mais pas pareil – me semble intenable. Je trouve même que c’est un peu facile de critiquer la méthode d’Anne Hidalgo. Elle a mis en œuvre le programme pour lequel elle a été élue et a mené bataille sans relâche face à la droite pour cela : c’est ce que l’on attend des responsables politiques. Quand une femme fait preuve de courage et de force, on dit qu’elle est autoritaire ; c’est limite.

Vous appelez à une primaire « respectueuse » et « équitable ». Vous craignez que ce ne soit pas le cas ?

Il est bon de le rappeler. Les primaires peuvent être des moments de tension. J’ai confiance en Lamia El Aaraje, la première fédérale, pour garantir un processus équitable. La primaire n’est pas un exercice de division mais un acte de confiance dans les militants et dans notre capacité collective à nous retrouver. Mon seul objectif, c’est de faire gagner la gauche en 2026.

Vous êtes relativement peu connue, voire inconnue, des Parisiens…

Mon niveau de notoriété est similaire à celui de mes concurrents. Sur Instagram, je suis même plus suivie qu’eux. Au-delà de la notoriété supposée, ce qui compte maintenant est la qualité du projet et la rencontre avec tous les militants.

Rémi Féraud est soutenu par Anne Hidalgo. Emmanuel Grégoire, par Bertrand Delanoë. Et vous ?

Je travaille à une candidature différente, rassemblant des militants de toutes les mouvances et générations. Beaucoup de jeunes militants, mais aussi d’autres profils, me rejoignent en ce moment. Je reçois beaucoup de marques d’intérêt et de sympathie. Je me suis préparée, je constitue sereinement mon équipe.

Marion Waller. ©Jgp

Vous brandissez votre jeunesse en étendard. Ne craignez-vous pas qu’on vous reproche un manque d’expérience et de légitimité ?

Cela fait dix ans que je travaille pour cette ville. J’ai participé aux deux dernières campagnes municipales, en contribuant directement à l’élaboration du programme. Je dirige également une institution, le Pavillon de l’Arsenal, qui réfléchit à l’avenir et à l’actualité de Paris. Sur le fond des dossiers parisiens, je me sens parfaitement légitime. Certes, je n’ai jamais été élue, mais le rôle du PS est aussi de faire émerger de nouvelles figures.

Être une femme, c’est un atout dans cette campagne ?

Regardez la primaire écologiste : David Belliard l’a emporté face à trois femmes. En Ile-de-France, seules 22 % des mairies sont dirigées par des femmes. Je suis désormais la seule femme candidate à gauche à Paris. C’est loin d’être simple, mais c’est aussi une force : je me sens la responsabilité de montrer à d’autres femmes que c’est possible.

Avez-vous déjà été victime du masculinisme que vous dénoncez ?

Il y a toujours des préjugés sur la légitimité et les compétences des femmes. Lorsque j’ai annoncé ma candidature, certains se sont immédiatement demandé qui m’avait « lancée » ; comme si une jeune femme ne pouvait pas prendre seule cette décision.

Vous dites que « partager Paris, c’est inventer des nouveaux droits ». Lesquels ?

Je défends un service public de la naissance à la mort, pour les familles, les femmes, les défunts. Paris doit aussi peser sur des sujets nationaux, comme l’accès à la PMA, la congélation des ovocytes ou l’avortement. Notre ville a toujours joué un rôle d’avant-garde. Aujourd’hui plus que jamais, elle doit rester un phare.

Vous voulez « inventer une nouvelle alliance » à gauche. A quoi pensez-vous ?

Le PS doit rester le pivot de cette alliance. Il faut ainsi reconduire la coalition actuelle, en la réinventant autour d’un projet commun avec nos partenaires écologistes et communistes, mais aussi Place publique. Il faut également pouvoir parler aux électeurs de LFI dont beaucoup sont choqués par les positions de leurs dirigeants.

Quel regard portez-vous sur la droite parisienne ?

La droite de Rachida Dati est réactionnaire, antisociale et anti-écologique. Elle s’est opposée à la piétonisation des voies sur berge ou au logement social. Face à cette menace, je pense être la bonne personne pour prouver que la gauche sait se renouveler.

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