Logement : Emmanuel Macron pilonné à la fête de l’Humanité

À Espace collectivités, le « Mipim communiste », qui réunit chaque année les professionnels de l’immobilier et des travaux publics en marge de la Fête de l’Humanité, la politique du logement menée par les gouvernements successifs d’Emmanuel Macron a été atomisée, vendredi 12 septembre.

Sur la base aérienne 217, au Plessis-Pâté (Essonne), qui accueille désormais la Fête de l’Humanité, même Bruno Arcadipane, président d’Action logement au titre du Medef, avait sorti la kalachnikov pour prendre part à un débat en forme de réquisitoire contre les politiques du logement menées en France depuis 2017. Des politiques libérales auxquelles les participants attribuent la responsabilité de la crise persistante. « Le logement, si on ne le régule pas, cela ne fonctionne pas », a martelé la présidente de l’Union sociale pour l’habitat (USH), Emmanuelle Cosse, résumant la teneur des débats.

Emmanuelle Cosse, présidente de l’USH. © Jgp

Stéphane Peu et Bruno Arcadipane. © Jgp

Stéphane Raffalli. © Jgp

Autour de l’ancienne ministre du Logement, Stéphane Raffalli, maire (PS) de Ris-Orangis (Essonne), vice-président de Grand Paris Sud en charge du logement et de l’aménagement, Stéphane Peu, député (PCF) de Seine-Saint-Denis, et Bruno Arcadipane ont fustigé la baisse du soutien de l’État au logement social et demandé, une nouvelle fois, la suppression de la réduction du loyer de solidarité (RLS). Une ponction dans les comptes des bailleurs sociaux, mise en place en 2018 afin de neutraliser pour les locataires la baisse du montant de l’aide personnalisée au logement (APL) décidée par un gouvernement qui entendait alors mettre à contribution les « dodus dormants », bailleurs sociaux supposés se reposer sur leurs lauriers, les poches pleines.

« Essayez de vivre avec un Smic »

« La RLS représente un coût d’1,5 milliard par an », a regretté Stéphane Peu. « J’ai souvent parlé de ces questions avec des personnalités pro-business de l’entourage du président de la République, a-t-il évoqué, notamment avec Julien Denormandie. Il m’expliquait à quel point il trouvait anormal que les 5 millions de logements d’un secteur d’activité doté d’une si forte valeur ajoutée puissent échapper à la capitalisation ». Le conseiller municipal de Saint-Denis milite, en l’espèce, outre la suppression de la RLS, pour la généralisation d’une TVA réduite à 5,5 % appliquée au logement, un allongement de la maturité des prêts accordés par la Banque des territoires au secteur et une révision de l’ensemble des systèmes d’aides. Il a dénoncé une paupérisation de la population active, alors que la part des Français rémunérés au Smic est passée de 11 % en 2017 à 18 % aujourd’hui. « Essayez de vivre avec un Smic », a-t-il lancé, dénonçant un exécutif à la vue courte, obnubilé « par le prochain PLF ».

La présidente de l’USH, dont le 85ᵉ congrès annuel se tient du 23 au 25 septembre prochain à la Porte de Versailles, s’est inquiétée, dans ce contexte, du vieillissement de la population du parc social, entraînant à la fois sa paupérisation et des surcoûts pour les bailleurs, tenus d’adapter les logements. Elle a rappelé que 3 millions de foyers étaient aujourd’hui en attente d’un logement social, déplorant l’explosion d’Airbnb et affirmant « l’obligation morale de continuer à produire du logement social en France ». Et cela alors que l’évolution des modes de vie multiplie les besoins de logement, dont une part croissante est occupée par des personnes seules. L’ancienne ministre a également évoqué le coût généré par la rénovation énergétique d’un parc français de 5 millions de logements, par sa végétalisation, ou encore par sa transformation pour favoriser la marchabilité.

Le logement « grande cause nationale »

Les différents intervenants ont estimé que la réduction drastique du soutien de l’État au logement en général avait contribué à accroître le déficit public au lieu de le réduire. Ils ont assuré que la construction de logements rapportait à l’État, en taxes et retombées directes ou indirectes diverses, le double de ce qu’elle lui coûte. « Et le patronat a besoin d’avoir des salariés bien logés près de leur entreprise », a ajouté Bruno Arcadipane. Le fondateur du groupe Consortium des peintures et revêtements (CPR) a estimé à son tour que le logement devait être déclaré « grande cause nationale ».

Car les critiques ne se sont pas limitées au logement social. Stéphane Raffalli a déploré que l’État ne verse plus de subventions pour équilibrer les zones d’aménagement concerté (ZAC). Exemple à l’appui : « Dans le bilan des 12 ZAC de Grand Paris Sud, qui s’élève à quelque 300 millions d’euros, les collectivités territoriales versent 50 millions d’euros, tandis que Grand Paris aménagement (GPA), aménageur d’État, perçoit 30 millions d’euros d’honoraires et doit sans cesse rendre des comptes à Bercy, qui veille à ce que l’établissement public d’aménagement réduise son endettement au maximum », a-t-il déclaré. Le maire de Ris-Orangis a dépeint ces couples de la classe moyenne qui ne parviennent plus à se loger correctement en grande couronne. Les intervenants sont également tombés d’accord pour affirmer que la crise et les tensions sur le logement ne se cantonnaient plus aux seules zones dites « tendues ».

Priorité aux primo-accédants

À l’heure où le destin du statut du bailleur privé est rendu incertain par la chute du gouvernement, les dispositifs de défiscalisation, « permettant à des personnes déjà propriétaires de devenir multipropriétaires », ont été décriés. « 50 % du parc de logements locatifs appartient à 5 % des Français », a fait valoir Stéphane Peu, appelant, à l’unisson avec les autres personnalités présentes, à une concentration des aides publiques sur le soutien aux primo-accédants. Ce qui passe, par exemple, comme l’a estimé Emmanuelle Cosse, par un élargissement des bénéficiaires et une augmentation des montants des prêts à taux zéro (PTZ).

Au final, l’ancienne ministre du Logement s’est néanmoins félicitée de constater une évolution positive de l’état d’esprit envers la construction de logements d’une majorité de maires, désormais conscients de la gravité de la crise et de la réalité des besoins.

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