Lily Munson : « Redonner de la liberté aux acteurs locaux pour construire une ville plus durable »

Lily Munson, secrétaire générale de Villes vivantes, revient sur le modèle d’autopromotion accompagnée et défend une approche radicale pour simplifier et dynamiser la construction de logements.

Quelle est la mission de votre organisation ?

Villes vivantes est une société qui œuvre à redéfinir la manière dont nous produisons des logements abordables. Notre approche se distingue en mettant l’accent sur l’autopromotion accompagnée, c’est-à-dire la production de logements à maîtrise d’ouvrage habitante. Nous permettons à des particuliers de redéfinir l’usage de leur bien en l’adaptant à leurs besoins actuels. Par exemple, plutôt que de déménager, une personne peut choisir de réaménager son jardin ou d’ajouter un logement au-dessus de son garage. Ce modèle permet de créer du logement abordable dans le tissu bâti existant, sans recourir à des grands projets d’aménagement plus complexes et donc plus coûteux. Nous accompagnons une « densification douce », par des opérations de type Bimby (Build in my backyard), une approche fine et respectueuse des territoires.

Quel type de service offrez-vous aux particuliers qui souhaitent transformer leur logement ?

Nous opérons un véritable service à 360° pour les porteurs de projets que nous accompagnons. Nous commençons par comprendre leurs besoins en même temps que nous modélisons la parcelle et le bâti existant en 3D, en testant la faisabilité de leur idée tant du point de vue des usages que d’un point de vue technique, économique et réglementaire. Nous créons ensuite une aide à la décision pour chacune des options réalisables, étudions les aides possibles comme celles de l’Anah et, surtout, nous leur donnons toutes les informations pour qu’ils puissent prendre une décision éclairée. Notre but est de rendre ces démarches accessibles, de montrer ce qui est possible et de simplifier les processus pour que les particuliers se sentent soutenus.

Lily Munson. © Jgp

Quel modèle économique adoptez-vous ?

En zones tendues, comme en Ile-de-France ou à Bordeaux, la valeur du foncier permet de financer l’ingénierie d’accompagnement grâce à la création de nouveaux mètres carrés. Par exemple, en vendant une partie de leur jardin, nos clients peuvent financer les travaux nécessaires à leur transformation. En revanche, dans des zones moins tendues, le financement se fait dans le cadre de partenariats avec des collectivités locales. Ces dernières investissent dans l’accompagnement du projet et nous intervenons gratuitement pour les particuliers.

La densification pavillonnaire semble être un enjeu central aujourd’hui, mais elle suscite des réticences. Qu’en pensez-vous ?

Il y a une grande controverse autour de la densification pavillonnaire. Nous menons actuellement une action en justice contre le PLU de Bordeaux Métropole, qui interdit la création d’accès permettant de desservir l’arrière des terrains dans une très large partie du territoire, rendant ainsi impossible la création de logements supplémentaires en densification douce. Ce type de règlement empêche la construction dans des zones déjà bien desservies, créant une forme de verrouillage. Dans des villes comme Rosny-sous-Bois, malgré des investissements massifs dans les infrastructures, la construction reste limitée. C’est contre-productif dans un contexte de croissance démographique et d’intensification urbaine, mais également du point de vue des habitants en place qui se voient ainsi privés d’un grand nombre d’options pour adapter leur bien à leurs besoins.

Vous plaidez donc pour un changement législatif ?

Oui, absolument, il faut redonner de l’intérêt à construire du logement et aider les maires. Le modèle japonais, par exemple, est intéressant, car il propose un code de l’urbanisme national prescriptif, un cadre clair qui fixe les grands objectifs et laisse beaucoup de liberté aux particuliers et aux porteurs de projets selon les besoins locaux. Ce modèle a permis une urbanisation fluide tout en respectant des critères stricts. En France, nous avons trop de règles locales qui s’empilent et rendent les projets difficiles à concrétiser.

Vous proposez de décentraliser les décisions d’urbanisme ?

Oui, en quelque sorte. Mais pas dans le sens où chaque commune aurait toute liberté. Ce que je défends, c’est une simplification. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un cadre national qui soit flexible, mais qui ne laisse pas les maires coincés entre la nécessité de construire et la pression de la partie la plus conservatrice de leur électorat. L’objectif est de redonner du pouvoir aux communes tout en les responsabilisant davantage, et de supprimer les incohérences dans les PLU : on ne peut pas en même temps lutter contre l’étalement urbain et l’artificialisation de nouvelles terres, et interdire la densification de l’existant, sous peine de bloquer l’évolution des territoires et d’aggraver encore la crise du logement.

Les enjeux environnementaux sont au cœur de ces discussions. Comment concilier densification et préservation de la biodiversité ?

C’est un défi majeur. Bien sûr, la création d’espaces de pleine terre est essentielle pour lutter contre les îlots de chaleur et favoriser la biodiversité. Mais il est également possible de densifier de manière respectueuse, en intégrant des espaces verts et en reconfigurant les bâtiments existants. La densification douce ne signifie pas bétonner partout, mais optimiser l’espace disponible tout en améliorant la qualité de vie des habitants. Nous avons des exemples où les projets ont non seulement permis de créer des logements, mais aussi d’améliorer les jardins et espaces extérieurs.

Pensez-vous que le modèle de l’autopromotion accompagnée pourrait se généraliser ?

Oui, c’est un modèle d’avenir. Dans les zones tendues, il peut répondre à une vraie demande de logements, tout en maintenant une vraie qualité de vie. Nous constatons un intérêt croissant des particuliers pour ces solutions, qui permettent de rester dans leur quartier tout en améliorant leur logement et leur quartier. Ce n’est pas une solution miracle, mais elle peut être une réponse complémentaire, plus abordable, aux modèles traditionnels de la construction.

Dans l’idéal, comment voyez-vous l’évolution de l’urbanisme en France dans les prochaines années ?

Je pense qu’il est temps de repenser l’urbanisme de manière plus flexible et adaptée aux besoins réels des habitants. Il faut que les citoyens, mais aussi les collectivités, puissent s’emparer plus facilement de l’urbanisme. Pour cela, il est nécessaire de repenser le rôle des élus et de favoriser une gouvernance plus souple, plus en phase avec les réalités locales.

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