Renouvelé pour cinq ans à la tête de Paris La Défense, l’établissement public gestionnaire et aménageur du premier quartier d’affaires européen, Pierre-Yves Guice revient sur les défis à venir : le financement des investissements publics, la décarbonation, la transformation du parc immobilier, la redéfinition du rôle stratégique de La Défense dans l’économie francilienne. Une séquence qu’il considère comme « un moment charnière » pour l’avenir du territoire.
Arrivé en 2020 « en plein confinement » à la tête de Paris La Défense, alors que la mort des quartiers d’affaires était annoncée, Pierre-Yves Guice regarde avec satisfaction ces cinq dernières années qui s’achèvent sur « un regain d’attractivité inattendu ». « Non seulement nous avons démenti ces discours, mais La Défense est repartie sur des bases renforcées », souligne le directeur général de l’établissement public qui a resigné son contrat pour cinq ans, sans toutefois nier les difficultés qu’il reste à surmonter. Si « 2024 a été une année record en nombre de prises à bail grâce notamment aux investisseurs internationaux revenus plus vite que prévu », le financement des infrastructures demeure un sujet critique.
Il reste en effet 300 à 400 millions d’euros d’investissements à réaliser sur la prochaine décennie, sans la garantie de recettes suffisantes. « Le modèle économique de Paris La Défense a été fondé sur la vente de droits à construire, mais celui-ci ne tient plus puisque l’essentiel des nouveaux projets s’effectue sur le déjà là », rappelle Pierre-Yves Guice. D’où l’importance du rapport Bédier, attendu pour la fin 2025, qui devrait redéfinir le cadre d’intervention de l’État. « Il faut redonner du contenu au statut d’opération d’intérêt national », préconise-t-il. La Défense ne peut pas vivre sur ses seules ressources locales. »
Trouver des relais économiques et commerciaux
Il convient donc de trouver des relais économiques et commerciaux, « ce qui pose la question, ajoute Pierre-Yves Guice, de l’intervention de l’établissement dans les opérations de transformations immobilières ou la réinjection d’autres formes de ressources publiques à travers la fiscalité locale ou des contributions à imaginer ». Mais le dirigeant rappelle que la force historique de la Défense est son ouverture : « C’est un quartier d’affaires, oui, mais c’est surtout une matrice économique où les entreprises de secteurs totalement différents peuvent se croiser ». Tout l’enjeu consiste pour lui à conserver cette matrice. « Le quartier ne va pas si mal. Peut-être faut-il simplement rendre plus fluide l’économie de marché et améliorer la qualité de vie », fait valoir Pierre-Yves Guice, rappelant également les engagements de l’établissement dans la décarbonation et la végétalisation du quartier avec notamment la création d’un parc de cinq hectares. « Nous sommes pile en phase avec l’objectif de réduction de moitié des émissions de CO2 d’ici 2030 (passer de 1 million de tonnes ECO₂ à 500 000 tonnes) », se réjouit-il. Un résultat obtenu par la mobilisation collective de tous les usagers de La Défense (15 % d’économies de consommation énergétique par an) et qui sera entre autres confirmé par l’appel à projets Empreintes, avec la réalisation d’opérations ultra-bas carbone dont la tour Demi-Lune, première tour visant un niveau environnemental RE2020 seuil 2025.

Pierre-Yves Guice © Augustin Detienne/Paris La Défense
L’après tours Hermitage
Reste encore à adapter un quart du parc immobilier obsolète, soit 1 million de m2 qui n’ont pas été rénovés depuis l’an 2000, les trois autres quarts étant aux normes du décret tertiaire et des standards de marché.
Pierre-Yves Guice ne cache pas quelques déceptions au cours des cinq dernières années, dont le projet des tours Hermitage qui aurait dû donner une seconde vie à des délaissés du quartier des Saisons. Faute d’avoir réussi à le faire aboutir, il a fallu repartir d’une feuille blanche et relancer une nouvelle consultation pour recruter un urbaniste coordonnateur afin de concevoir un projet urbain à l’échelle du quartier et dont le lauréat devrait être annoncé début 2026. Aussi, le directeur de Paris La Défense l’assure avec conviction : la période des diagnostics est terminée. Les cinq prochaines années seront celles de la mise en œuvre et de la transformation réelle du quartier. Ses trois chantiers prioritaires sont de sécuriser le financement des investissements publics qu’il reste à réaliser, d’accélérer la rénovation et la transformation des immeubles obsolètes et de poursuivre la modernisation écologique du quartier. Il verrait bien également la réalisation « d’un grand équipement culturel ou scientifique qui pourrait donner un marqueur fort au territoire ».