Architecte de formation et fervent défenseur du logement pour tous, Claude Knapik a été élu en juillet 2025 président de l’Aorif, l’association des organismes de logement social d’Île-de-France. Pour ce fils d’immigrés polonais, né en Seine-Saint-Denis, la mixité est essentielle au bon fonctionnement de la cité.
Claude Knapik aime relever les défis. Et il vient de s’en donner un de taille en acceptant la présidence de l’Aorif, l’association des organismes de logement social d’Île-de-France qui fédère plus d’une centaine de membres représentant 1,4 million de logements. « J’ai de l’énergie. J’aime la déployer pour des bonnes causes et il me semble que défendre le modèle du logement social français en est une », prévient le vice-président de Batigère habitat, un bailleur social lorrain au sein duquel il a fait toute sa carrière.
Pour lui, défendre ce modèle d’habitat, c’est garantir à chacun un toit et une place dans la société. « Le logement social, c’est loger des infirmières, des employés, des familles modestes. C’est le logement des Français, tout simplement », assure-t-il. Cet attrait est-il lié à ses origines séquano-dyonisiennes ? « Sûrement », admet ce quinquagénaire né en Seine-Saint-Denis de parents d’origine polonaise. Son père, ingénieur du bâtiment, a dû recommencer sa vie professionnelle à zéro en arrivant en France à la fin des années 1960. « Une leçon de courage et d’humilité », pour Claude Knapik.

Claude Knapik. © DR
Grandissant dans un département souvent stigmatisé, il y a trouvé la preuve que la mixité peut être une richesse. « La Seine-Saint-Denis, c’est mon ancrage. On y apprend la solidarité et la coexistence. On y vit bien, malgré les clichés », confie cet ancien architecte.
Élève appliqué, il s’oriente vers des études scientifiques avant d’intégrer l’École spéciale d’architecture de Paris. Passionné d’art et de construction, il y trouve un équilibre entre technique et créativité. « L’architecture fait appel à une rigueur technique élevée tout en laissant une place très importante à la création », explique-t-il. Diplômé au tournant des années 1990, il effectue son service militaire, puis complète sa formation par des études de gestion.
Ses débuts dans l’agence de Philippe Roux et Dominique Alba le plongent dans le monde de l’architecture exigeante et ambitieuse. « Nous portions des projets résidentiels, privés ou sociaux, mais aussi d’équipements culturels extrêmement riches », détaille Claude Knapik, qui éprouve toutefois au bout de quatre ans une certaine frustration : « J’adorais concevoir, mais je ressentais un manque. Une fois le bâtiment livré, je perdais le contact avec sa vie réelle, son usage. »
Cette réflexion le conduit à se diriger vers la maîtrise d’ouvrage et avec « évidence » chez un bailleur social. « Mon diplôme de fin d’études portait sur les restructurations de cités HLM, c’était déjà un signal fort que le secteur m’intéressait », pointe-t-il. Il rejoint en 2004 Batigère (plus de 100 000 logements, dont la moitié en Île-de-France), dont il gravira progressivement les échelons, mais qu’il s’apprête à quitter début janvier pour prendre la direction de 1001 vies habitat.
Moderniser le logement social sans le fragiliser
Dans ses fonctions, il plaide sans relâche pour une politique du logement plus stable et plus ambitieuse. « On parle pouvoir d’achat tous les soirs aux journaux télévisés, mais jamais du logement, alors que c’est le premier poste de dépense des ménages », déplore le président de l’Aorif. L’association a pour mission de défendre les bailleurs, d’échanger les bonnes pratiques et de peser sur les politiques publiques. « Notre rôle est de parler d’une seule voix aux décideurs locaux et nationaux pour rappeler que les bailleurs sociaux sont des acteurs économiques de premier plan : quatre milliards d’euros investis chaque année en Île-de-France, ce n’est pas anecdotique », insiste-t-il.
Sous sa présidence, l’Aorif mettra l’accent sur trois priorités : la pédagogie autour du logement social, la transition écologique du parc immobilier, et la relance de la production, notamment en saisissant les opportunités foncières à proximité des gares du Grand Paris express, « pour y développer une offre diversifiée et adaptée à chaque territoire, du logement étudiant au logement familial, en passant par les résidences seniors » espère-t-il, rappelant que « beaucoup de nos voisins européens nous envient ce modèle ».
Dans un contexte de crise du logement, Claude Knapik refuse la résignation. Les difficultés de financement, la raréfaction du foncier et la complexité réglementaire ne doivent pas, selon lui, faire oublier que le logement social est un des piliers de notre société. « Il est financé par l’épargne des Français, il repose sur des valeurs solides. On peut le moderniser, pas le fragiliser », martèle ce grand amateur de lecture, de théâtre, d’expositions, de danse tout en restant passionné par l’architecture. « Même si je ne conçois plus, j’ai gardé l’œil de l’architecte. »