La rénovation énergétique à l’heure des start-up

À l’occasion des Assises du Grand Paris, le 19 juin dernier au cinéma l’Arlequin, trois jeunes pousses – Argile, Homyos et Vasco – ont présenté leurs innovations pour lever les blocages de la rénovation énergétique. Entre intelligence artificielle, approche intégrée des chantiers et ingénierie financière inédite, elles incarnent une nouvelle génération d’acteurs de la transition.

Si la rénovation énergétique est une évidence partagée, son passage à l’échelle se heurte à une série d’obstacles bien connus : complexité des choix techniques, délais administratifs, coût du reste-à-charge pour financer les travaux. Lors d’une table ronde organisée le 19 juin au cinéma l’Arlequin, dans le cadre des Assises du Grand Paris, trois start-up franciliennes sont venues exposer leur manière de les dépasser.

Fondateur d’Argile, Pierre-Louis Guhur a raconté comment il est passé de l’expérimentation concrète – la rénovation d’une maison achetée avec des camarades de Normale Sup à Villejuif – à la création d’un outil numérique d’aide aux professionnels. « On a découvert à quel point les parcours étaient décourageants, avec des interlocuteurs qui se contredisent et des délais d’instruction interminables », explique-t-il.

Pierre-Louis Guhur, docteur en IA, fondateur d’Argile, le copilote de la rénovation énergétique. © Aurélien Dubois

Docteur en intelligence artificielle, il s’est alors fixé pour objectif de concevoir un « copilote » de la rénovation énergétique. La solution d’Argile propose aux entreprises de travaux un accompagnement sur l’ensemble du tunnel commercial : qualification des prospects, analyse des diagnostics de performance énergétique (DPE), préparation des chantiers, suivi et restitution en 3D. « Une de nos convictions, c’est que sans bonne préparation, un projet capote », résume-t-il.

L’innovation d’Argile repose sur deux piliers, a-t-il été souligné lors de cet événement organisé avec la métropole du Grand Paris et de nombreux partenaires. D’abord, l’exploitation de données enrichies, par exemple en croisant une simple adresse avec des bases de maintenance de chaudières ou des données des collectivités. Ensuite, la traçabilité complète des chantiers grâce à un « devis augmenté », intégrant photos, rapports techniques et étapes administratives. « L’idée est de réduire les délais en donnant une vision globale à tous les acteurs – auditeurs, installateurs, Anah. » Argile revendique un modèle BtoBtoC, en fournissant son logiciel aux contractants généraux et aux espaces de conseil type France rénov ou Alec.

« Il faut rigueur, pédagogie et humanité », insiste Pierre-Louis Guhur. « Ce n’est pas une IA qui va sauver le secteur : il faut rassurer et mettre autour de la table tous les acteurs. »

Homyos : traiter les passoires au cas par cas

« Notre métier, c’est d’amener un logement de la classe G à la classe B », a lancé Hugues Sartre, cofondateur d’Homyos. La jeune entreprise se définit comme « ensemblier de la rénovation énergétique », prenant en charge prescription, réalisation et financement.

Le cœur de cible : les passoires thermiques, en particulier les appartements sortis du marché locatif. « Rien qu’hier, j’ai visité deux logements retirés de la location faute de DPE satisfaisant », raconte-t-il. Pour lui, la rénovation doit partir de l’expérience concrète des habitants. « La vraie passoire, c’est l’appartement où l’humidité condense sur les murs froids et provoque des champignons », a-t-il estimé.

Hugues Sartre, cofondateur d’Homyos. © Aurélien Dubois

L’approche d’Homyos consiste à bâtir des prescriptions sur mesure, adaptées aux pathologies du bâti et aux contraintes de confort. Exemple : « Sous une toiture en zinc, isoler avec de la laine de verre est absurde. Il faut un isolant biosourcé, plus lourd, qui stocke la chaleur et améliore le confort d’été. » Homyos privilégie ainsi des solutions techniques qu’il appliquerait « chez sa propre mère », selon l’adage interne.

La société réalise une partie des travaux en interne, le reste avec des partenaires, et assure un suivi grâce à des équipements connectés permettant de régler à distance chaudières et pompes à chaleur. Elle mobilise pour ses clients MaPrimeRénov’ et les certificats d’économie d’énergie (CEE). « Sauter quatre classes énergétiques permet d’obtenir jusqu’à 100 euros/m² de subvention, ce qui rend les opérations accessibles », précise Hugues Sartre.

Vasco : une ingénierie financière pour débloquer les chantiers

Reste l’obstacle central du financement. « Une majorité de propriétaires occupants de passoires n’ont pas les capacités d’emprunter, même avec des aides généreuses », constate Hervé Degreve, cofondateur de Vasco. « Le résultat, c’est un gâchis énorme : des projets techniquement prêts qui ne se font pas faute de moyens. »

La start-up propose une réponse radicalement nouvelle : financer tout ou partie des travaux en échange d’une part temporaire de la propriété. « Nous monétisons une fraction du patrimoine immobilier de ménages souvent pauvres en épargne mais riches en immobilier », explique-t-il. Vasco devient co-indivisaire du logement, sans en perturber l’usage, et laisse la possibilité au propriétaire de racheter la part ou de solder l’opération à la revente.

Hervé Degreve, cofondateur de Vasco. © Aurélien Dubois

En deux ans, une vingtaine d’opérations ont été conclues, principalement en maisons individuelles, mais aussi en copropriété. « En Île-de-France, beaucoup de propriétaires âgés n’ont pas les moyens de financer leur quote-part lors de gros travaux votés. Nous intervenons pour leur éviter de devoir vendre leur appartement et de quitter leur logement », souligne Hervé Degreve. Vasco se positionne comme la « voiture-balai des banques », offrant une solution quand le crédit classique n’est pas possible.

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