L. Munerot : « Sur la réforme de l’apprentissage, l’objectif est presque atteint »

Face au projet de loi sur la réforme de l’apprentissage présenté le 9 février, Laurent Munerot, président de la chambre de métiers et de l’artisanat d’Ile-de-France, se veut optimiste, gardant quelques réserves sur les modes de financement et sur la réaction des branches professionnelles face à leurs nouvelles responsabilités.

Après la publication du projet de loi sur l’apprentissage présenté le 9 février dernier, quel est votre sentiment sur cette réforme ?

J’ai quelques interrogations sur le devenir de cette réforme, mais je n’en reste pas moins optimiste. La réforme comporte de bons éléments, notamment la reconnaissance de l’apprentissage comme voie d’excellence. A l’heure actuelle, l’apprentissage est considéré par l’Education nationale comme une modalité de formation. Notre point de vue est qu’un apprenti trouvera plus vite un emploi s’il suit une formation en alternance, qui lui permet de se familiariser avec la vie en entreprise et l’école.

« Notre premier rôle est d’organiser l’apprentissage, de créer des établissements pour répondre à la demande des entreprises de notre secteur », affirme Laurent Munerot. © Olivier Desaleux

L’apprentissage a très bonne presse du fait de cette employabilité, mais seulement quand il s’agit des niveaux de l’enseignement supérieur. Ce que l’on constate beaucoup à l’échelle régionale où la plus grande part des formations en apprentissage se fait dans les niveaux bac + 5 ou par le biais des grandes écoles. A contrario, l’apprentissage a moins bonne presse dans les niveaux que l’on appelle V, de type CAP, qui connotent l’orientation du jeune vers une voie de substitution après un échec scolaire.

En octobre dernier, vous disiez craindre « une énième réforme » de l’apprentissage, quel est votre constat aujourd’hui ?

Mon constat aujourd’hui est un peu plus positif. L’objectif est presque atteint, même si je garde des inquiétudes sur la manière dont cela s’articulera. Par exemple, lorsqu’il est dit que les responsabilités reviendront aux branches, notamment sur la détermination des coûts de formation. Cela ne posera pas de problème pour les branches du Medef, mais ce sera plus complexe pour des branches de l’artisanat. Il faudra veiller à ce que soient posées les questions des fonds alloués, de la taille des entreprises, et de la redistribution de la taxe d’apprentissage.

Les branches ne sont pas assez armées pour affronter cette réforme ?

En effet, les petites branches ne le sont pas. Il faudra leur donner du temps et des moyens mais aussi un appui sur lequel elles puissent compter, celui des confédérations et de plus grandes branches. Nous avons beaucoup œuvré pour que la Région continue d’avoir cette tâche d’assurer la péréquation, afin de redistribuer aux établissements ou aux petites branches et de pondérer les éventuelles différences. Il ne serait pas normal de continuer de donner un bon financement à de grandes écoles, alors que des CFA, qui au demeurant forment d’excellents professionnels, n’en bénéficient pas de la même manière. Cela mérite d’être précisé dans le projet de loi.

Avez-vous d’autres inquiétudes, notamment sur la réforme des financements que les chambres de métiers et de l’artisanat redoutent ?

Il faudra en effet rester attentif au financement des CFA interprofessionnels et aux métiers à faibles effectifs. Nous souhaitions également que le critère d’âge soit supprimé à propos de la rémunération des apprentis. Le projet de loi élargit à 30 ans l’âge maximal pour un apprenti, ce que nous approuvons. Il faut par ailleurs considérer que recruter un apprenti entre 25 et 30 ans au Smic, c’est cher pour une entreprise. Car il est également prévu d’augmenter de 30 euros les salaires des apprentis, qui vont s’ajouter aux charges existantes, même si ce n’est que 30 euros par mois.

En revanche, je salue la création d’un système d’aides bien que même si je reste très attentif au dispositif mis en place pour l’obtention de cette aide, notamment pour les petites entreprises. Je crains qu’un système informatique ne crée un décalage entre le moment où la demande sera déposée et celui où l’aide sera attribuée à l’entreprise. Nous sommes encore dans des incertitudes. Il y a certes des avancées mais il faut maintenant qu’elles se concrétisent.

Dans ce grand chamboulement, quel rôle jouera le réseau des chambres de métiers et de l’artisanat (CMA) ?

Notre premier rôle est d’organiser l’apprentissage, de créer des établissements pour répondre à la demande des entreprises de notre secteur. Notre mission est également d’enregistrer les contrats d’apprentissage, nos agents vérifient que les règles sont bien respectées sur des questions de rémunération, de temps de travail, de contrat, avec un certain nombre de réglementations. Nous avons également une mission d’information des chefs d’entreprise. Si l’enregistrement de la taxe d’apprentissage n’est plus de notre ressort et se fait désormais entre l’apprenti, l’entreprise et le CFA, je ne vois pas quel sera notre rôle, puisque les CMA ne seront plus dans la boucle pour continuer à faire respecter les règles et apporter l’information nécessaire aux chefs d’entreprise pour protéger leur activité.

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