Depuis le 2 février dernier, Kristell Niasme, 43 ans, est maire LR de Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne). La ville la plus pauvre et sans doute la plus polluée du département. Tout sauf rebutée par l’ampleur de la tâche, l’édile proclame son attachement à ce territoire peu envié.
Un matin de printemps, 09h. A l’accueil de la mairie de Villeneuve-Saint-Georges, les demandes d’administrés, pour certains très agacés, pleuvent. Comment joindre le service petite enfance ? Quand ce rendez-vous tant attendu pour un problème de logement insalubre sera-t-il enfin accordé ? Les minutes s’égrènent. Trente de retard déjà. « Madame le maire » nous aurait-elle oubliée ?
Un pas martelé avertit de l’arrivée imminente d’une femme pressée. C’est elle. Sur son passage, elle nous effleure l’épaule : elle a le contact facile. On ne la laisse pas disparaître, on explique que la journaliste venue pour rédiger son portrait, c’est nous. On lui emboite le pas avant qu’elle ne s’enfuie vers une autre tâche. Tout en signant quelques documents issus d’un paraphe tendu par son directeur de cabinet, elle commence à se raconter. Née à Paris, elle a grandi dans la ville voisine de Villeneuve-Saint-Georges, Valenton. De ses 4 à ses 18 ans. « Puis on a émigré… On a traversé la rue, pour venir ici. » Et ne plus en repartir. « C’est sur ce territoire que j’ai gagné en indépendance, accompli mes premières activités, du sport… Et pour moi, cette ville, moins que la nationale 6, les survols aériens constants ou la gare, c’est surtout le plateau, les belles meulières. Elle est pleine d’histoire et de vie ! » Et puis il y a sa famille, sa mère, son petit-neveu, évoqués à plusieurs reprises. C’est pour eux qu’elle veut améliorer le cadre de vie. Et aussi par conviction : « Le fait de vivre dans un territoire populaire ne doit pas priver nos concitoyens de leurs droits, ou leur interdire d’avoir les mêmes chances que les autres ! », affirme l’élue, qui a remporté la mairie lors de récentes élections partielles aussi rocambolesques que disputées, face, notamment, au jeune et imprévisible Insoumis Louis Boyard.

Kristell Niasme, maire de Villeneuve-Saint-Georges. © Jgp
« 30 ans pour redresser la ville »
A ses yeux, sa chère Villeneuve-Saint-Georges n’a pas reçu « assez d’amour » des édiles précédents, selon elle venus surtout chercher les voix de la ville la plus peuplée de la circonscription pour devenir député. Elle se défend de vouloir faire de son siège de maire un tremplin, avant même qu’on lui pose la question : non merci, elle n’ambitionne pas de devenir parlementaire.
Sa volonté à elle, c’est de s’inscrire dans la durée : « Il faudra trente ans pour redresser la ville, du volontarisme, de la détermination, de la constance dans l’effort. » Tout un programme ! Qu’elle entend mener avec « bon sens » et « sans dogmatisme ».
Le fonctionnement d’une municipalité, les rouages du militantisme, elle les découvre en travaillant dans la commune voisine de Villeneuve-le-Roi, aux côtés du maire Didier Gonzales, dont elle sera la collaboratrice pendant une dizaine d’années. On devine qu’elle y voit un modèle.
A qui s’étonnerait qu’elle soit de droite avec des préoccupations sociales, elle rétorque, aimable, mais ferme : « Qui a dit qu’à droite, on aimait moins la population qu’à gauche ? Un bon élu aime son territoire. Mais aimer les gens, ce n’est pas les maintenir dans leurs difficultés, être dans l’assistanat, mais les accompagner vers l’indépendance financière ou le logement. »
Le mal-logement, avec la santé (en particulier des difficultés de concentration ou des troubles du neurodéveloppement chez les enfants scolarisés) ou encore la circulation trop dangereuse puisque camions et piétons se côtoient dans le cœur de ville, compte parmi les plus gros enjeux du territoire. Un terrain qu’elle ne quitte pas : permanences physique et téléphonique à destination des citoyens, liens avec les acteurs (associations, commerçants…) du territoire, présence aux événements culturels et sportifs. « Les habitants me connaissent, ils savent que j’ai toujours été là. »
Quand s’arrêtera-t-elle ? « Quand j’aurai rendu une copie satisfaisante. » Comment répondre à cette infinité de sollicitations ? « En restant sincère, et en ne promettant pas ce qui ne sera pas réalisable. » Mais comment se contenter de réponses partielles ? « En acceptant qu’on n’est pas surhumain. »
On suppose que ça n’a pas été simple, pour elle. Pas plus que de manquer de temps pour ses proches, voire de ne pas encore avoir d’enfant : « Etre une femme et engagée en politique, c’est compliqué. On donne beaucoup au quotidien, on ne voit pas le temps passer. » Pour être honnête, face à elle, nous non plus. D’autant qu’au fil de l’entretien, elle baisse un peu la garde. Semble se poser. Comme pour incarner l’idée qu’elle veut rester à l’écoute de ceux qui croisent son chemin.