Alors que tout semble lui réussir, Gabrielle Siry-Houari, élue du 18e arrondissement, figure montante du PS parisien, ancienne basketteuse de haut-niveau, économiste, essayiste polyglotte et féministe éclairée, mais aussi compositrice et chanteuse, détonne dans un monde volontiers nombriliste.
Elle préfère parler des autres. Des étudiants du 18e arrondissement – où elle est maire adjointe – « dont la souffrance psychique et la précarité ont très sensiblement augmenté depuis le Covid ». Des inégalités persistantes entre les hommes et les femmes, un des combats principaux de cette autrice de La République des hommes (Bouquins 2021). Ou des populations victimes des plans de redressement dictés par les doctrines d’un libéralisme effréné dont elle dénonce les effets contre-productifs. Cette attention aux autres explique sans doute pourquoi tout paraît simple dans sa carrière fulgurante : la trentenaire, membre du bureau national du PS, aujourd’hui animatrice de la campagne de Rémi Féraud pour la mairie de Paris, est devenue secrétaire nationale du PS à l’économie à 25 ans et la plus jeune porte-parole du parti, après sa nomination à ce poste par Olivier Faure, à 28 ans.
Celle qui soutient désormais Nicolas Mayer-Rossignol fut également membre du cabinet d’Axelle Lemaire, secrétaire d’Etat au Numérique et à l’Innovation, de 2016 à 2017. Elle y est chargée d’encourager la finance solidaire, une de ses spécialités à la Banque de France, dont cette économiste obtient le concours à la sortie de Sciences Po et dont elle dépend toujours, alors qu’elle œuvre au sein de l’Union européenne en tant que haute fonctionnaire, dans le cadre d’un détachement.

Gabrielle Siry-Houari. © Jgp
Elle vient d’y publier un rapport sur les risques pour la stabilité financière du changement climatique. « 75 % des pertes potentielles liées au réchauffement, aux événements climatiques extrêmes notamment, ne sont pas assurées, souligne-t-elle. Ce sont les Etats qui devront mettre au pot. » Elle planche aussi sur les moyens d’aboutir à ce que le secteur financier réduise ses investissements dans les énergies fossiles.
Ce qui ne l’empêche pas de prendre une part active à la campagne de Rémi Féraud. Elle s’occupe, notamment, de ses relations presse, s’attachant à faire valoir ses arguments dans la bataille intestine qui oppose le protégé d’Anne Hidalgo à l’ancien premier adjoint de la maire, Emmanuel Grégoire et à la directrice du Pavillon de l’´Arsenal Marion Waller.
Des élites trop homogènes
Mais à la guéguerre politicienne, elle préfère louer les mérites et l’engagement de l’ancien maire du 10e, dont elle partage le combat féministe. Elle loue sa proximité avec les habitants, sa volonté réelle d’améliorer leur vie concrète. Elle partage son combat pour l’abolition de la prostitution, auquel elle ajoute celui contre la gestation pour autrui, « ce grand marché mondial de la location d’utérus », qu’elle estime être une « insupportable marchandisation des corps ». « Il ne s’agit naturellement pas de stigmatiser les personnes qui y ont recours, mais de combattre un système », précise-t-elle. Idem pour la prostitution : « Impossible de se battre contre les réseaux qui prolifèrent si l’on considère que la prostitution ne doit pas être abolie. »
Son ouvrage dépeint, en France, une élite politique et économique encore largement dominée par les hommes, et socialement très homogène. Elle qui a grandi dans un quartier populaire de Rennes, fille de parents fonctionnaires, mère à Pôle emploi, père à la direction départementale de l’équipement, revendique ses origines bretonnes, qui lui donne un regard différent sur Paris. « On est dans une période où il est important de savoir ce qu’est réellement la France », estime celle qui a appris la politique aux côtés de son père, militant syndical CFDT, avec lequel elle part le soir, encore adolescente, pour coller des affiches.
Polyglotte après des études passées par Brème, en Allemagne, et les Etats-Unis, elle évoque les origines à la fois algérienne et espagnole de ses grands-parents maternels. Elle souligne l’importance de la contribution sur la réconciliation mémorielle avec l’Algérie qu’elle porte dans le cadre du congrès socialiste qui s’ouvre. Avant de revenir sur le 18e arrondissement, pour louer le volontarisme de son maire Eric Lejoindre (PS), vanter les politiques de territoires zéro chômeur et de solidarité mises en place, ou la poésie des quartiers qu’elle aime, celui des Grandes carrières, dans l’ouest de l’arrondissement, là où elle a le plus vécu, entre la Place de Clichy et la rue Damrémont.
Un 18e dont cette musicienne discrète, qui compose et interprète ses chansons au piano, amatrice de BD et de poésie – elle cite Riad Sattouf, Guy Delisle, ou Marceline Desbordes-Valmore -, salue par ailleurs la transformation de la Porte de la Chapelle, convaincue que l’urbanisme constitue, autant que le social, une partie de la solution.