Le 1er adjoint montreuillois décrit son itinéraire, de Vanves à Montreuil en passant par Kigali. Et pose une distance amusée vis-à-vis d’un parcours accidenté, mais linéaire, d’animateur municipal.
Avec un art consommé du conte, une bienveillance tranquille, l’air d’être parfois presque étonné de l’intérêt qu’il suscite chez son interlocuteur, Gaylord Le Chéquer décrit un parcours atypique. D’où vient son intriguant prénom ? De Mon ami Gaylord, un livre pour enfants racontant les aventures d’un petit garçon espiègle, qui ont inspiré ses parents. Sa mère est enseignante en maternelle, son père prof de gym. Il ne s’étend pas sur leur séparation, pas plus que sur sa vie de famille. Tout juste apprendra-t-on qu’il profite, en ces jours de février, d’un peu de répit pour aller au cinéma. Il cite L’histoire de Souleymane, un film « entre fiction et documentaire, extraordinaire », résume-t-il. Son sujet, c’est son engagement public, qui l’a aspiré il y a plusieurs décennies déjà, quasiment au début de sa vie professionnelle. Par une succession de hasards.

Gaylord Le Chéquer. © Jgp
Après deux ans de fac d’anglais à la Sorbonne nouvelle, puis un DUT de carrières sociales à Tours, il a intégré l’ONG Enfants réfugiés du monde. D’abord comme objecteur de conscience, puis comme « emploi-jeune ». « Le monde de l’armée n’est pas mon sujet », explique-t-il. Pas plus que celui des fast-foods. « J’ai travaillé un jour chez Mac Donald, pour m’apercevoir que ce n’était pas fait pour moi », se souvient-il également.
Au Rwanda deux ans après le génocide
Son job humanitaire le conduit au Rwanda. En 1996, deux ans après le génocide. C’est la période des « retournés », du retour au pays de ceux qui ont fui les massacres. C’est là que se fera la connexion avec Montreuil (Seine-Saint-Denis). A Kigali, ce natif de Châtillon, qui a grandi à Malakoff puis à Vanves (Hauts-de-Seine), rencontre une enseignante montreuilloise, qui lui propose de mettre en place un jumelage entre Montreuil et le Rwanda. Il quitte le sud pour l’est de Paris. Puis intègre l’Office montreuillois des relations internationales (Omri). Il y développe un autre jumelage, avec le Mali cette fois.
C’est à l’Omri qu’intervient une autre rencontre décisive. Celle avec Jean-Pierre Brard, le maire charismatique de la ville, qui l’a remarqué et lui propose de restructurer le service des relations internationales de la commune. A 23 ans, celui qui a passé sa jeunesse à encadrer des colonies de vacances et qui se destinait à une carrière d’animateur social, devient chargé de mission relations internationales de Montreuil. Avant que le communiste Jean-Pierre Brard, figure du Parlement, le recrute à son cabinet.
La relation quasi-filiale qui le lie longtemps au premier magistrat de la ville se dégradera subitement, après les municipales de 2008. L’ancien maire ne se remet pas de sa défaite face à l’écologiste Dominique Voynet. « Du jour au lendemain, on ne me donne plus aucune info », se souvient-il. Il rebondit aussitôt, monte Rassemblement gauche citoyenne et redouble d’engagement politique. Il se souvient avec émotion de cette grande époque de combat, marquée par des conseils municipaux tumultueux, retransmis par la télé locale, avec une salle du conseil remplie de Montreuillois qui se pressent pour assister aux joutes municipales.
Avant que Gaylord Le Chéquer tombe en disgrâce, Jean-Pierre Brard l’a envoyé à Dieppe (Seine-Maritime), pour étudier comment les communistes, Nicolas Langlois et Sébastien Jumel, ont repris la cité à la droite. Il se lie d’amitié avec ces deux élus auxquels il continue à aller régulièrement rendre visite. Les falaises de la côte d’Albâtre correspondent à son tempérament. Tout comme les paysages marins des alentours du phare de Penmarc’h, dans le Finistère, où il aime se rendre l’hiver. Pour se laisser absorber par le spectacle tumultueux de l’océan déchaîné et se couper du monde. « Là où les portables ne passent pas ».
Celui qui, après une parenthèse dans le monde de la communication, a rejoint l’équipe de Patrice Bessac (PC) dès 2014, d’abord comme adjoint à l’urbanisme, puis comme 1er adjoint en 2020, est intarissable sur l’histoire politique des dernières décennies. Lui-même non-encarté, il évoque ses combats actuels, pour défendre un aménagement différent, respectant l’identité de chaque quartier de la ville. Il cite les 40 % de logements sociaux, les batailles pour le prolongement des lignes de métro, le combat de l’agglo pour la culture. Un engagement total, qui lui laisse quand même le temps de se préparer à faire, « à 51 balais » son premier trail, soit 31 km de course à pied. « On a oublié de parler des SEM », remarque-t-il à la fin de l’entretien. Un nouveau champ de bataille, pour ces outils dont il loue l’efficacité et la transparence, et qu’il entend bien, en tant que président de leur fédération francilienne, défendre contre vents et marées.