J.-C. Lagarde : « La Métropole doit contribuer à l’attractivité internationale et au rééquilibrage territorial »

Pour Jean-Christophe Lagarde, la Métropole doit se concentrer sur le renforcement de l’attractivité internationale du Grand Paris et contribuer au rééquilibrage des richesses. Le président de l’UDI et député de Seine-Saint-Denis se déclare favorable à une fiscalité économique répartie majoritairement en fonction du nombre d’habitants, pour réduire les disparités budgétaires, souvent colossales entre des communes de même taille.

Quel regard portez-vous sur la proposition de loi rédigée par deux parlementaires LREM visant à la transformation des établissements publics territoriaux (EPT) en établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) ?

J’estime que les établissements publics territoriaux (EPT) doivent devenir des établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) de droit commun, parce que c’est l’échelon de proximité dans cette espèce de bric-à-brac mis en place par François Hollande, sur lequel Emmanuel Macron n’a jamais su trancher. La situation actuelle est hallucinante, car les villes de la métropole du Grand Paris sont les seules à subir cinq niveaux de collectivités.

Jean-Christophe Lagarde, président de l’UDI. © DR

Est-ce trop ?

Cela représente une dépense d’énergie en pure perte, par la multiplication des réunions et une dispersion des financements. Ces structures coûtent de l’argent, ne serait-ce que par les administrations qu’elles génèrent, avec une absence de garantie de cohérence dans les choix qui sont effectués. Tout cela est ubuesque. Ces EPT, bon an mal an, fonctionnent, certes avec des modalités différentes, mais c’est le cas de toutes intercommunalités. Leur transformation en EPCI leur permettra tout d’abord de bénéficier d’une fiscalité propre. Le système de financement des EPT d’une part et de la Métropole d’autre part constitue aujourd’hui un labyrinthe que personne n’est capable de comprendre. L’argent circule entre les différents niveaux, pour revenir à son point de départ, sans que tout cela n’ait grand sens. Avec le paradoxe qui veut que, là où sans EPT ni Métropole nos budgets étaient équilibrés, nous allons nous retrouver dans une situation où ils vont être déséquilibrés.

Estimez-vous que les inégalités progressent au lieu de régresser ?

Il existe, dans la Métropole, une inégalité invraisemblable entre Paris et sa banlieue. Or, s’il y a un sens à la construction métropolitaine, c’est justement de résorber ces inégalités. Savez-vous que lorsque Paris, qui demeure à la fois une commune et un département, réalise une opération d’aménagement, elle peut la financer par emprunt et récupérer la TVA, tandis que les 130 autres communes de la Métropole, qui doivent investir pour la rénovation urbaine, la construction de logements, pour franchir un certain nombre de coupures urbaines par des infrastructures de transport, doivent payer tout cela en fonctionnement, c’est-à-dire sans droit d’emprunter et en réglant la TVA ? Tout cela parce que nous ne sommes pas des EPCI, mais des EPT, qui sont aujourd’hui une sous-intercommunalité.

Quelle appréciation portez-vous sur Paris Terres d’Envol ?

Il est plus facile de se parler à huit communes, nombre de villes regroupées par exemple au sein de Paris Terres d’envol, qu’à 131 comme c’est le cas au sein de la MGP. Cela pousse à la discussion entre maires qui ne se parlaient pas nécessairement auparavant. Dans notre EPT, sur les huit communes regroupées, deux fois trois d’entre elles travaillaient déjà ensemble, avec des degrés d’intégration différents. L’intercommunalité constituée par Le Bourget, Dugny et Drancy était très intégrée, tandis que celle formée par Tremblay, Sevran et Villepinte l’était moins et que Le Blanc-Mesnil et Aulnay avaient le statut de communes isolées.

Paris Terres d’Envol fonctionne bien, mais demeure handicapée par des compétences obligatoires qu’il n’était pas nécessaire de mutualiser. On peut concevoir que l’assainissement soit mis en commun, car les eaux usées ne se cantonnent pas aux frontières communales. A l’inverse, créer artificiellement une compétence commune sur le ramassage des ordures ménagères n’a pas de valeur ajoutée. C’est un service qui doit garder la proximité avec l’usager qu’assure l’échelon communal. Pour le reste, Paris Terres d’Envol produit des projets, je citerais celui d’un Colisée à Tremblay-en-France, l’aménagement du site de PSA à Aulnay-sous-bois ou l’accompagnement de l’arrivée des gares du Grand Paris express.

Etes-vous partisan de la suppression d’un niveau d’administration locale ?

Compte-tenu du nombre trop élevé de strates en Ile-de-France, un des niveaux doit disparaître en effet. La thèse de Valérie Pécresse, avec une Région qui devient Métropole. me paraît compliquée, car il existe dans la Métropole une idée de densité. Il est difficile de concevoir que le fin fond de la Seine-et-Marne ou des Yvelines appartient à la Métropole. A partir du moment où les EPT existent, les fonctions exercées par le Département, essentiellement l’entretien des grands axes départementaux et nationaux, les collèges et le suivi social, pourraient très bien leur être confiées. Dans l’exercice de leurs compétences sociales, le grand âge, l’aide sociale à l’enfance ou la distribution du revenu de solidarité active (RSA), les Départements fixent les grandes lignes politiques, puis confient aux communes le soin de les gérer. Les Départements subdéléguant leurs compétences aux communes, il pourrait être plus simple que cela s’effectue à un niveau plus proche.

Quel regard portez-vous sur la métropole du Grand Paris ?

Le président Ollier effectue du très bon travail. La MGP a une capacité à cofinancer des projets et Patrick Ollier le fait très bien. Mais les compétences qui sont confiées à la Métropole n’ont pas été clarifiées, alors que l’on s’apprête à lui affecter la totalité des ressources de la fiscalité économique. La Métropole doit se focaliser sur la visibilité du Grand Paris vis-à-vis de l’extérieur, plus que sur sa capacité à réaliser des projets dans son périmètre. Qu’est-ce qui fonde la visibilité extérieure du Grand Paris, en dehors de son nom ? Ce sont les 5, 10 ou 15 grands projets d’aménagement qui marqueront la Métropole demain, et que le président de la République doit définir.

Je me suis battu, par exemple, en amont de la création de la MGP, pour que son périmètre intègre ses trois aéroports internationaux. Qu’est-ce qu’une métropole qui n’a pas de compétences sur ses portes d’entrée ? Cela n’a pas de sens. L’idée de Nicolas Sarkozy était très juste. Dans 15 ou 20 ans, le monde comptera 15 ou 20 métropoles de rang mondial. Soit le Grand Paris en fait partie et la France reste un pays de premier rang, soit l’on n’y figure pas et la France sera un pays de second rang. L’enjeu n’est pas mince, c’est la raison pour laquelle on ne comprend pas pourquoi Emmanuel Macron ne l’a pas traité.

Quel regard portez-vous sur l’organisation des transports ? 

Cette question très sensible doit rester régionale, dès lors que l’on maintient un niveau régional. J’estime d’ailleurs que le périphérique, tout comme les quais de Seine, devraient être de compétence régionale. Les Parisiens sont sans doute ceux qui utilisent le moins le boulevard périphérique. Pourtant, ce sont eux qui prennent les décisions à son sujet. L’organisation des compétences en Ile-de-France est un bordel sans nom ! Encore une fois, la Métropole doit se préoccuper de quelques projets phares, les grands pôles de recherche, les nouveaux lieux d’attraction culturelle, sportive, plus globalement le renforcement de notre attractivité à l’heure du Brexit. La Défense n’est pas un sujet qui doit ne concerner que les Hauts-de-Seine, mais la Métropole tout entière. De même, on pourrait très bien considérer que la gestion du Grand Paris express soit exercée par la Métropole. Rappelons que l’idée métropolitaine nait du métro.

Le boulevard périphérique. © Jgp

Estimez-vous que le statut de pôle métropolitain serait mieux adapté à la Métropole ?

A l’évidence non. Je pense que la Métropole devrait avoir des compétences limitées aux grands projets qui en font l’attractivité internationale. Et elle pourrait avoir une deuxième utilité : le lissage progressif de l’inégalité de richesse entre nos communes. Le paradoxe aujourd’hui provient du fait que des zones cumulent une population et des communes pauvres. Cependant que se concentrent les gens les plus aisés dans les communes qui ont le plus de moyens. La Métropole pourrait être un instrument pour résoudre ce paradoxe.

Aujourd’hui, à Drancy, la ville dont j’ai été maire et où je suis toujours élu, 82 % de la population doit aller travailler ailleurs. Autrement dit, les habitants de Drancy créent des richesses à Paris, La Défense ou Roissy. Mais quand ils rentrent chez eux le soir, la valeur qu’ils ont contribué à créer, et l’impôt versé en conséquence par les entreprises, ne leur profitent pas. Ni à faire garder leurs enfants, accueillir leurs parents ou équiper leurs villes en installations sportives ou culturelles. C’est proprement scandaleux. Cela aboutit au fait qu’une ville comme Drancy dispose d’un budget de 110 millions d’euros par an pour 71 000 habitants, alors qu’une ville comme Issy-les-Moulineaux, de taille comparable, possède un budget de 750 millions d’euros. Même chose à Courbevoie.

Que proposez-vous face à ces réalités ?

Plutôt que l’usine à gaz actuelle, on devrait métropoliser l’impôt économique, puis le redistribuer aux communes, pour partie en fonction de critères les incitant à accueillir des entreprises sur leurs territoires et le reste per capita. Il n’est pas normal que le travail de tous ceux qui viennent travailler à Paris sans y habiter profite avant tout à celui qui possède un appartement avec vue sur la tour Eiffel, qui paie moins d’impôts locaux que celui qui vit à Drancy, tout en bénéficiant de services publics plus élevés. Des Parisiens découvrent en quittant Paris qu’ils ont quitté une ville où ils payaient peu d’impôts et bénéficiaient de nombreux services, pour des communes où c’est symétriquement l’inverse. En contrepartie, je suis pour la disparition complète de tous les dispositifs de péréquation.

Vous êtes plus à gauche qu’Anne Hidalgo…

C’est normal, car Anne Hidalgo est riche. Elle a donc cette façon d’être à gauche qu’ont les riches, qui consiste à souhaiter conserver leur argent tout en acceptant de donner quelques centimes aux pauvres. L’équité voudrait que celui qui crée de la richesse quelque part en conserve au moins une partie pour lui.

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