Envolée du prix des matières premières : la tension monte chez les acteurs de la construction

Si les constats des uns et des autres divergent sur l’importance de la hausse des prix des matières premières, personne ne la nie. Des chantiers s’allongent dans le temps, faute de matériaux. Les négociations sur les contrats à venir se tendent, compte tenu d’une très forte volatilité des prix. Le bois semble particulièrement concerné par la crise inédite en cours. 

Il est difficile de démêler ce qui provient de la crise pandémique, des concurrences commerciales internationales, ou d’une inadéquation plus structurelle entre l’offre et la demande de certains produits. Mais force est de constater que la hausse inédite du prix de certaines matières premières impacte depuis plusieurs semaines avec violence le secteur de la construction. Et l’Ile-de-France ne fait pas exception.

Bâtiment-pont Panorama “Airtime” à Paris Rive gauche, conçu en acier par l’agence Marc Mimram Architecture & Associés pour Icade tertiaire et situé au- dessus des voies d’Austerlitz.© DR

Michel Julien-Vauzelle, président de la Fédération française de la distribution des métaux (FFDM). © Jgp

« Les prix de l’acier ont augmenté de 60 à 100 % depuis le début de l’année, indique Michel Julien-Vauzelle, président de la Fédération française de la distribution des métaux (FFDM). L’arrêt de nombreux hauts-fourneaux, au plus fort de la pandémie, puis leur redémarrage progressif explique cette envolée des prix. « La Chine, qui a repris une activité industrielle avant les autres cherche de l’acier partout, poursuit le président de ConstruirAcier, y compris auprès des pays tiers, fournisseurs habituels de l’Europe, tels que la Russie ou l’Ukraine. Et on ne redémarre pas un haut-fourneau en un quart d’heure », ajoute Michel Julien-Vauzelle. La construction doit affronter par ailleurs une demande forte émanant de l’industrie automobile. « Les tensions ne portent pas que sur l’acier », ajoute le DG de la FFDM, évoquant des difficultés d’approvisionnement concernant le plastique, l’aluminium ou le verre. « Des chantiers sont annulés », constate-t-il, évoquant une « situation très difficile à vivre pour les distributeurs ». « Nous n’avons jamais connu une telle épreuve depuis plus d’un demi-siècle et en ignorons le terme », conclut-il.

Des prix de panneaux treillis-soudé doublés

Ces difficultés se retrouvent sur le terrain. Marc Franco, architecte-associé, directeur de l’agence Coldefy Paris, cite un chantier de 90 logements à Chantilly, sans date de livraison de la pierre de Saint-Maximin attendue depuis plusieurs mois. Il évoque également la Fondation de Chine, dont la rénovation, au sein de la Cité universitaire du 14e arrondissement de Paris, est suspendue à la livraison du bois nécessaire à la réalisation de la façade variantée. « Nous ne savons ni quand, ni à quelle valeur nous pourrons recevoir ce bois », indique l’architecte. Pour ce même chantier, le prix des panneaux de treillis soudé est passé de 600 à 1100 euros en quelques mois. Autre exemple avec des retards dans la livraison de façades en aluminium dus à une pénurie de poudres pour les blanchir.

« Les retards prolongent la durée des chantiers et augmentent d’autant les coûts, alors même que les règles de prévention sanitaire liées au Covid génèrent toujours des surcoûts », poursuit Marc Franco.

« Nous constatons des hausses de prix sur certaines matières premières », confirme Philippe Jung. Elles se répercutent sur nos différents projets en cours, poursuit le directeur général de Demathieu Bard immobilier, membre du directoire de Demathieu Bard, ajoutant estimer que cette envolée des prix est ponctuelle. « Cette situation nous semble temporaire concernant l’acier en particulier », ajoute l’opérateur, qui n’exclut pas que certains fournisseurs réalisent des stockages à visées spéculatives.

Philippe Jung, directeur général de Demathieu Bard immobilier, membre du directoire de Demathieu Bard © Laurence de Terline

Résidence Idésia, construite par Woodeum à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). © Jgp

« La situation du bois est plus préoccupante », estime par ailleurs le promoteur, les hausses de prix constatées provenant d’une part de la conjoncture mais aussi de la sous-capacité de production de la filière par rapport à une demande en très forte augmentation. « On est peut-être allé un peu trop vite en voulant généraliser le recours à ce matériau », estime Philippe Jung.

Ces augmentations conduisent à des renégociations ou à des tentatives de renégociation sur les tarifs fixés entre maîtres d’ouvrage et constructeurs et aboutissent à des discussions plus tendues quant aux contrats à venir, devant intégrer des coûts de matières premières caractérisés par une inédite volatilité. Mais Philippe Jung relativise la crise en cours, qui n’entraîne pas, pour l’heure, de retards importants sur les chantiers. « On est sans doute un peu en train de crier au loup avant sa venue », résume-t-il.

Une hausse importante des réclamations

Vincent Pourtau, économiste de la construction (VPEAS) constate l’inflation « très importante » du nombre de réclamations de constructeurs confrontés à la hausse du prix des matières premières. Il décrit à son tour la grande difficulté posée aux co-contractants par l’extrême volatilité des prix. Il cite la réfection du musée de la Marine, chère au président de la République, pour laquelle des isolants en laine de roche ont dû être utilisés à la place de la laine de chanvre prévue, moins coûteuse mais actuellement indisponible. « Quelques entreprises jouent un mauvais jeu mais nous constatons une vraie pénurie de certains matériaux », indique Vincent Pourtau. Et de donner l’exemple d’une entreprise générale, qui vient d’annoncer un surcoût de 23 millions d’euros, avant même le démarrage du chantier d’une maison d’arrêt, dans le sud-ouest, estimé à 80 millions. L’économiste se montre relativement pessimiste quant à la durée de cette crise, qu’il entrevoit se prolonger jusqu’aux Jeux olympiques de 2024. Il constate à son tour l’excès de la demande pour le bois, signe d’un engouement que la filière ne pouvait encaisser, quelle que soit par ailleurs la conjoncture mondiale.

« Je ne comprends pas l’attitude de certains producteurs français de bois, qui ont augmenté récemment de 200 à 300 % leurs prix. C’est suicidaire pour la filière », lance de son côté Philippe Plaza. Le directeur général de Eiffage Immobilier cite le lot E du Village des athlètes, à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), pour lequel le prix du bois fourni a récemment doublé. « Nous devions réaliser le prochain lot de La Vallée, à Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine), en bois, mais nous nous interrogeons aujourd’hui », indique-t-il. Philippe Plaza conteste l’existence d’une pénurie de bois, confirmant toutefois d’importants retards de livraison. « Nous intégrons la volatilité des prix dans certains de nos contrats, en la capant néanmoins », précise-t-il, dans un secteur de la construction où les carnets de commandes débordent, dopés par la reprise, le décalage de projets un temps stoppés ou ralentis par le Covid, et l’injection des mannes des différents plans de relance.

Le gouvernement appelé en renfort

Face aux difficultés d’approvisionnement et à la hausse des prix des matériaux, les acteurs de la construction et des travaux publics ont fait appel au gouvernement qui a promis de premières actions. 

Philippe Servalli, premier vice-président en charge des affaires économiques de la FFB Grand Paris Ile-de-France. © DR

A l’issue d’une rencontre avec Bruno Le Maire, Emmanuelle Wargon et Alain Griset le 15 juillet, la Fédération française du bâtiment rapportait l’imminence de la publication d’une circulaire interministérielle afin de « renforcer l’impact concret des préconisations déjà faites par le ministre de l’Économie sur les marchés publics, en termes de gel des pénalités de retard comme en termes de prise en compte des surcoûts ». Le gouvernement étudierait également la « prise en charge intégrale du coût de la mise en activité partielle » des salariés du BTP lorsque celle-ci résulte d’une pénurie de matériaux.

« Pour faire face à ce choc inédit, le gouvernement s’est engagé à ce que les acheteurs publics accordent des reports de délais, n’appliquent plus de pénalités de retard en cas de déficit de matériaux et octroient, sous certaines conditions, une indemnisation au titulaire du marché », indiquait mi-juillet la FFB Grand Paris.

Des annonces qui pourraient un peu soulager les professionnels qui ne cessent ces derniers mois de tirer la sonnette d’alarme. Philippe Servalli, premier vice-président en charge des affaires économiques de la FFB Grand Paris Ile-de-France, évoquait ainsi le 7 juillet les « ruptures d’approvisionnement » et la « flambée » des prix de tous les matériaux (+ 5 % tous les trois mois) qui est « difficile à répercuter sur les prix de sortie, ce qui va affecter nos marges ».

« Le risque d’arrêt des chantiers est certain »

« Nous allons cumuler un problème de surcoût des fournitures et une pénurie, ce qui aura un impact sur le coût des chantiers pour les entreprises, observe le directeur général d’un groupe de construction. Il va falloir que tout le monde se mobilise pour prendre en charge ces coûts, avec un risque d’impact sur les délais. » « Le risque d’arrêt des chantiers est certain », alertait même Philippe Servalli.

Tout le monde ne fait toutefois pas le même constat. « A ce jour, dans la phase de génie civil, la Société du Grand Paris n’a pas été confrontée à une augmentation des prix de marché hormis l’application des clauses contractuelles de révision de prix », rapporte le maître d’ouvrage du Grand Paris express.

 

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