E. Guyot : « L’enjeu pour la métropole est d’attirer les talents et les investissements »

Le directeur général de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris Ile-de-France décrit comment l’institution, dont il dirige les services, s’est mise en mouvement pour adapter son offre à la perspective du Grand Paris.

Comment la Chambre de commerce de Paris Ile-de-France se positionne par rapport au Grand Paris ?

Rappelons tout d’abord que le président de la chambre de commerce et d’industrie de Paris Ile-de-France Pierre-Antoine Gailly, est président du comité des partenaires de Paris métropole. Dans le cadre de ce comité, deux études ont  été diligentées (Transition énergétique, logistique urbaine). La chambre de commerce de Paris Ile-de-France est également membre du comité stratégique de la Société du grand Paris. En outre, la métropole se créant, le Gouvernement a  instauré une mission de préfiguration,  dotée d’un conseil de partenaires de 60 membres, essentiellement institutionnels et associatifs, dont la chambre  fait également partie. Ce conseil ne compte qu’une seule entreprise privée,  le laboratoire Pfizer. En conséquence, les entreprises de la région ont demandé à la Chambre de réunir une enceinte de travail pour contribuer davantage aux débats sur l’organisation de la future métropole, notamment sur la répartition de ses compétences en matière de développement économique. C’est ce que nous avons  fait, en 2014, en créant le Cercle des entreprises, qui comprend des entreprises de tailles différentes, de grands groupes, des ETI ou des PME. Ce cercle prépare en amont les travaux de la mission de préfiguration, produit des contributions dans quatre domaines : développement économique, aménagement, logement, transition énergétique. Notre objectif est de faire prendre conscience, de la façon la plus concrète qui soit, à l’ensemble des élus, que les missions de développement économique de la métropole doivent correspondre aux attentes des entreprises, du marché de l’emploi, de la formation. Il s’agit donc à la fois d’un travail très méthodique et en même temps d’une recherche de valeur ajoutée.

Quel regard portez-vous sur la gestation de la métropole ?

Pierre-Antoine Gailly s’est exprimé récemment sur le refus des entreprises d’une métropole « molle ». L’enjeu pour une métropole dans la compétition mondiale, c’est d’attirer les talents et les investissements, pour développer l’activité économique et l’emploi. Nous considérons, tant sur le plan du territoire pertinent, des compétences de la future métropole, de leur articulation avec celles de la région, de sa gouvernance et de son organisation, qu’à ce stade, la gestation en cours n’est pas à la hauteur de ce que la France doit pouvoir attendre de sa seule métropole de rang mondial. Nous savons tous à quel point les classements internationaux sont fragiles. Il est essentiel que la future métropole envoie des signes positifs aux acteurs économiques et aux investisseurs nationaux et internationaux.

La chambre s’adapte déjà au Grand Paris ?

Etienne Guyot, DG de la CCI Paris Ile-de-France

Etienne Guyot, DG de la CCI Paris Ile-de-France

Quand je suis arrivé à la CCI, j’ai me suis posé la question suivante : que fait la chambre de commerce pour préparer les 600.000 entreprises d’Ile-de-France aux quelque 50 milliards de commandes publiques, au minimum, que va générer le Grand Paris d’ici à 2030 ? Les 32 milliards de transports, plus le logement, plus l’aménagement, plus le programme d’investissement d’avenir… Nous devons, pour répondre à ces défis inédits, nous mettre en capacité de fournir un certain nombre de prestations aux entreprises qui voudront recruter et qui devront recruter dans ce cadre. Tout un travail a déjà été engagé, avec l’État, la Direccte, la Fédération régionale du bâtiment, pour identifier, année après année, métier par métier, filière par filière, les besoins à venir en termes de recrutement.  Ce travail se poursuit aujourd’hui dans d’autres secteurs. Il faut que nous soyons capables de répondre à leurs attentes, notamment dans le cadre de l’offre de services de la Chambre aux entreprises. Au-delà, il faut que nous soyons capables, dans nos 24 écoles, de former les futurs salariés ou les futurs managers dont auront besoin les entreprises pour répondre aux attentes du Grand Paris. Ainsi, par exemple, le président de la chambre a-t-il inauguré début décembre l’Itedec, qui prépare aux différents métiers de la transition énergétique. L’adaptation de notre offre de formation à ces nouveaux besoins est un des enjeux majeurs du chantier de transformation de la chambre, pour mettre en musique tous ces chantiers, j’ai créé une mission Grand Paris. Loïc Chouin, qui était jusqu’alors  directeur général de la chambre de commerce de Val de Marne en a pris la direction.

Vous comptez aider les entreprises à répondre à ces appels d’offres ?

Absolument. Il s’agit pour nous d’un autre point essentiel. Nous devons développer  avons dans le catalogue de nos prestations et de services aux entreprises des modules de conseils visant à les aider à répondre au mieux aux appels d’offres publics. L’idée, c’est de donner le plus possible la chance aux entreprises, notamment aux PME, de répondre aux appels d’offres des marchés du grand Paris. Nous allons également continuer d’œuvrer, en sensibilisant les maîtres d’ouvrage et les fédérations professionnelles,  pour un juste allotissement des marchés du Grand Paris. Il s’agit de permettre à un maximum d’ETI, et de PME qui s’allieront pour cela, d’en bénéficier.

Au-delà du Grand Paris, quelles sont les spécificités de la Chambre de commerce de Paris Ile-de-France ?

Première spécificité, la CCIR  compte plus de 600 000 entreprises derrière elle, qui s’acquittent de la taxe pour frais de chambre et qui ont la possibilité de recourir à ses services. C’est sans équivalent dans le reste du pays, sans équivalent en Europe… Nous comptons 80 sites et 50 établissements regroupant quelque 5 200 personnes. Ces quelques chiffres révèlent l’ampleur de la Chambre. Outre sa taille, une de ses spécificités réside dans l’importance de sa mission d’enseignement et de formation, également sans équivalent. La chambre regroupe 24 écoles, c’est-à-dire 32 000 étudiants, dont 17 000 apprentis. Cela représente des cursus qui forment à une très large palette de métiers. Cela va des grandes écoles de management, telles qu’HEC, au CFA, qui forme aux métiers de la gastronomie, du bâtiment, de la transition énergétique ou des systèmes informatiques… L’enseignement et la formation représentent plus de 60 % du budget de la chambre et la moitié de son effectif. Cela est encore  sans équivalent.  L’appui aux entreprises constitue également une de nos missions fondamentales. Notre catalogue propose une centaine de prestations, gratuites ou payantes, individuelles ou collectives, délivrées seul ou en partenariat. Nous travaillons dans le cadre de notre projet de transformation pour sans cesse et toujours répondre davantage aux attentes des entreprises qui, par nature, évoluent. Enfin, nous offrons un appui aux entreprises à l’international. Nous avons des partenariats dans quelque 80 pays dont 30 pays prioritaires, dont certains sont ultra prioritaires, je pense notamment aux Bric (Brésil, Russie, Inde et Chine). Nous disposons donc de bureaux à Moscou, à Shanghai, à Pékin ou Bombay et nous avons ouvert l’an dernier un bureau à Sao-Paulo pour répondre à la demande des entreprises franciliennes. Via nos écoles nous avons également des accords de partenariat avec une série de grandes écoles et d’universités étrangères et certaines  écoles comme l’ESA de Beyrouth ou le French South African Institute of Technology sont des directement partenaires de la Chambre. Tous les ans, nos établissements réalisent des d’échanges d’étudiants puisque la logique des doubles cursus, des doubles diplômes, se répand de plus en plus.

Vos écoles vont changer de statut ?

La création du statut d’Ecole enseignement consulaire supérieur (EESC),  à l’initiative de Pierre-Antoine Gailly, dans la loi de simplification dite « Mandon » donne la possibilité de doter les établissements de la  chambre de commerce de la personnalité juridique. Cela signifie que la Chambre en garde le contrôle, c’est-à-dire 51 % du capital, que la prise de participation d’un tiers ne peut être supérieure 33 %. Mais cela signifie également que les  écoles verront leur autonomie accrue. Elles pourront, à l’avenir, contractualiser plus directement avec d’autres établissements. L’objectif, c’est aussi de leur permettre d’obtenir des financements supplémentaires au-delà de la subvention qu’apporte la chambre, par exemple par le biais de fondations. Nous allons expérimenter ce régime des EESC avec HEC. J’ai nommé pour cela, en décembre, Philippe Raymond, directeur de projet auprès de moi. Il  travaille, en lien naturellement avec l’ensemble des services de la chambre et avec l’école, à la mise en place de la  nouvelle gouvernance. Il s’agit de mettre en musique cette nouvelle partition qui concerne à la fois le patrimoine, les systèmes informatiques, les statuts des personnels, etc.

Vous produisez également de nombreuses études ?

La chambre de Paris a toujours eu une tradition d’études économiques très poussée, pas seulement régionale, mais au niveau national et international. Nous disposons d’une importante direction, qui rassemble des experts, des chercheurs dans le domaine économique, dans le domaine financier, juridique, social, celui de l’urbanisme. Les travaux de cette direction couvrent un large spectre socio-économique. Elle examine et décrypte l’ensemble des textes de lois concernant le développement économique, les projets de décrets, de directives européennes voire les projets de traités, avec l’appui de commissions auxquelles participent les chefs d’entreprises, élus de la chambre. La chambre émet un certain nombre d’avis, transmis à ces différents partenaires, gouvernement, collectivités, autorités communautaires. Nous disposons d’un bureau à Bruxelles, dédié aux actions de lobbying auprès des différents organes communautaires. Cette mission d’étude dépasse très largement le périmètre francilien, à l’image d’une récente étude sur la délocalisation des centres de décisions, largement reprise. Nous avons un programme de travail annuel très chargé qui s’adapte à l’actualité.

Et les congrès et salons ?

La chambre a investi depuis plus d’un siècle dans le secteur clé des congrès et salons, elle a développé des outils remarquables, sans financement public, comme  le palais des congrès de la porte Maillot ou le parc des expositions de Villepinte. Avec Unibail-Rodamco, la chambre est à 50/50, dans le cadre d’une activité filialisée, propriétaire d’espaces et gestionnaires d’espaces de congrès et salons (CNIT, Le Bourget, le Carrousel du Louvre, le palais d’Issy-les-Moulineaux ou l’espace Champerret…). Elle est également, toujours avec Unibail, le 4e organisateur de salons au monde tels que la Foire de Paris, le Salon de l’agriculture, mais aussi des salons très spécialisés (le SIAL pour l’alimentation, le SILMO pour l’optique, par exemple). Dans ce cadre, nous investissons 500 millions d’euros sur la modernisation de la porte de Versailles, avec la création d’un centre de congrès  plus grand celui de la porte Maillot. Cette activité « congrès et salons » génère, en Ile-de-France, 5,5 milliards d’euros de retombées économiques par an, 85 000 emplois et attire12 millions de visiteurs par an.

La chambre évolue ?

La chambre a entrepris, avant mon arrivée, ce que l’on appelle une revue stratégique d’activité. Nous avons réexaminé l’ensemble de nos missions. Et les élus de la chambre ont validé l’ensemble de ces missions fin juin 2014. Nous avons décidé, à l’issue de ce travail, de conserver nos quatre missions fondamentales précédemment décrites. J’ai lancé néanmoins un projet de transformation, afin de mieux exercer ces missions, en s’adaptant en permanence à notre environnement. Cela signifie tout d’abord s’adapter en priorité à la demande des entreprises. Les entreprises constituent un tissu économique très vivant. Une entreprise se créée, se développe, se transforme, disparaît hélas parfois. Nous travaillons d’arrache-pied sur le développement d’une offre de services dans le domaine du numérique. Nous adapter, cela signifie aussi s’adapter à l’évolution institutionnelle, je pense notamment  au renforcement des compétences de la région en termes de développement économique.  La région a récupéré la totalité de la compétence apprentissage depuis la loi du 5 mars 2014. Le conseil régional est plus que jamais identifié comme un acteur majeur du développement économique avec la région. Et il ne vous pas échappé que nous avons conclu un pacte de développement économique avec le conseil régional, qui porte sur toute une série d’aspects (appui aux entreprises, apprentissage…).

Cette transformation est liée aux restrictions budgétaires qui vont sont imposées ?

Le contexte budgétaire et financier, caractérisé par une baisse substantielle de nos ressources décidée par la loi de finances, nous oblige également à nous réorganiser en profondeur. C’est-à-dire de faire mieux avec moins. Moins également du fait des mesures de départ volontaires que nous avons été contraints d’adopter et qui conduisent plusieurs centaines de collaborateurs à quitter la Chambre. Mieux, parce qu’il nous faut continuer d’investir, de rendre service, de nous adapter à la demande du tissu économique ; moins parce que l’Etat a décidé d’effectuer une très substantielle ponction sur les réserves de la chambre qui obère sa capacité d’investissement. Le plan de transformation sera annoncé dans quelques jours.

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