Assises du Grand Paris – Les innovations olympiques prêtes à être déployées

A l’occasion de la 2e édition des Assises du Grand Paris, lancées le 27 février par un événement dédié à l’héritage des JOP 2024, les participants à la table-ronde sur les innovations déployées sur le Village des athlètes et celui des médias ont mis en avant les avancées notables réalisées dans plusieurs domaines en faveur de la fabrique décarbonée de la ville. Reste désormais à les déployer à grande échelle.

Cloisons amovibles, capteurs d’air, alimentation électrique des événements ou encore systèmes constructifs bas carbone font partie des innovations technologiques mises au point dans le cadre de la construction des Villages des athlètes et des médias. La Solideo, maître d’ouvrage des équipements olympiques, avait en effet pour ambition de faire de ces derniers des démonstrateurs de la ville bas carbone.

La 3e table ronde de la matinée des Assises du Grand Paris consacrée aux innovations issues des JOP 2024 a réuni des acteurs ayant testé de nouveaux procédés sur les Villages des athlètes et des médias. © Anh de France

Maïté Ketterer, directrice économie circulaire de Saint-Gobain en France, a évoqué les cloisons amovibles. © Anh de France

Pour cela, des appels d’offres ont été lancés afin de sélectionner des technologies de rupture pouvant être testées sur ces sites. Saint-Gobain a saisi l’occasion pour équiper les bâtiments de cloisons amovibles qui ont vocation à être démontées après la phase des Jeux et recyclées dans d’autres projets immobiliers. « L’idée, a expliqué Maïté Ketterer, directrice économie circulaire de Saint-Gobain en France, est de faciliter le réemploi de ces cloisons afin de les réutiliser plutôt que de les jeter lors de la transformation des appartements dédiés aux athlètes en logements ou bureaux ». Au total, 60 000 m2 de plaques pourront bénéficier de cette deuxième vie.

Grâce aux JOP, Enedis alimente le secteur événementiel

Chez Enedis, c’est l’alimentation électrique des sites qui a été revisitée. « Les installations sportives ne sont pas forcément alimentées en électricité et, le soir, elles fonctionnent à partir de groupes électrogènes très consommateurs en gasoil », a indiqué Nicolas Perrin, directeur régional Paris d’Enedis. La filiale d’EDF spécialisée dans la distribution d’électricité a ainsi proposé d’alimenter les sites sur toute la durée des événements et de raccorder l’ensemble des installations.

Nicolas Perrin, directeur régional Paris d’Enedis. ©Anh de France

Matthieu Gobbi, cofondateur d’Aerophile. ©Anh de France

« Nous avons également fourni un deuxième point d’alimentation et prévu en sécurité un groupe électrogène », a ajouté Nicolas Perrin, mettant en avant la possibilité, grâce aux JOP, d’alimenter le secteur événementiel. Enedis a aussi mis au point une réelle innovation en fixant par endroit des petites sources d’énergie adaptées aux besoins ponctuels des zones de célébration (fan zones) qui permettent de se raccorder au réseau de distribution. Enfin, des groupes électrogènes fonctionnant à partir d’une batterie au lithium assurent, si nécessaire, un approvisionnement électrique tout en limitant les émissions locales des gaz à effet de serre.

En matière de qualité de l’air, Aerophile, spécialiste des ballons captifs, a de son côté développé une solution inédite de purification de l’air extérieur à partir d’aérofiltres. « Contrairement à un purificateur d’air fonctionnant à partir de filtres, notre système utilise un champ électrique dont l’avantage est d’aimanter les particules fines, ce qui permet de traiter de gros volumes d’air sans consommer trop d’énergie, d’où son efficacité en extérieur », a fait valoir Matthieu Gobbi, cofondateur d’Aerophile dont sept grandes ombrières circulaires ont été installées sur le Village des athlètes.

Neuf mois pour élaborer de nouveaux systèmes constructifs

Quant au bureau d’étude Setec, il a travaillé avec sept équipes d’architectes et trois promoteurs pour établir en seulement neuf mois des systèmes constructifs qui répondaient à toutes les exigences de maîtrise des émissions de carbone et soient applicables à 19 bâtiments. « Ils ont porté sur le béton bas carbone dont l’utilisation était très nouvelle et le bois comme matériau de construction en structure qui devait être français, visible et adapté à la contrainte incendie », a détaillé Didier Sauvage, directeur construction bois de Setec.

Didier Sauvage, directeur construction bois de Setec. © Anh de France

Quelles que soient les innovations, elles ont tous désormais vocation à être déployées à grande échelle, c’est du moins ce qu’espèrent leurs concepteurs. « En phase héritage, nous accompagnerons les acteurs pour vérifier l’état des cloisons, puis ensuite tester la dépose sans abimer le bâtiment et enfin identifier de nouveaux chantiers, dont par exemple l’événementiel », projette Maïté Ketterer. Aerophile teste de son côté ses ombrières sur plusieurs sites pilote dans une cours d’école du 9arrondissement de Paris et dans le métro de Lyon, tandis qu’Enedis annonce une soixantaine de projets de bornes événementielles en cours.

« Amener l’ambition olympique sur toute la France »

Pratiquant de longue date l’innovation dans la fabrique de la ville, pour notamment s’adapter aux enjeux de la transition écologique, le territoire de Plaine Commune (Seine-Saint-Denis) compte répliquer les méthodes bas carbone testées sur les sites olympiques pour « en faire des normes », espère Adrien Delacroix, conseiller territorial délégué à l’habitat, au foncier, à l’urbanisme et à l’aménagement à Plaine Commune, vantant « la vision globale sur l’ensemble d’un quartier » pratiquée sur les Villages, contrairement à la réflexion à la parcelle habituellement mise en œuvre.

Adrien Delacroix, conseiller territorial délégué à l’habitat, au foncier, à l’urbanisme et à l’aménagement à Plaine Commune. © Anh de France

Les enjeux consistent désormais, selon l’élu séquano-dionysien, à avoir des filières structurées, tant en matière de ressources que de formation, des projets duplicables qui s’appliquent à l’ensemble du secteur et pas seulement des démonstrateurs, et à fixer des ambitions de construction bas carbone sur l’ensemble des opérations et à l’échelle nationale. « J’espère que les JOP amèneront cette ambition sur toute la France », a conclu Adrien Delacroix.

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