Réuni en séance extraordinaire le 14 avril 2026, le Conseil de Paris a accordé une large part de sa première séance plénière à la question du logement. Emmanuel Grégoire, nouveau maire de la Capitale, a présenté les grandes lignes de sa politique, articulée autour de la production de 60 000 logements publics, d’une brigade de protection des locataires et d’une taxation renforcée de la vacance.
Emmanuel Grégoire, maire de Paris, a rappelé lors du conseil exceptionnel du 14 avril, première séance plénière depuis l’installation de la nouvelle municipalité, ses ambitions pour le logement des Parisiens. « Le logement est la première préoccupation des Parisiennes et des Parisiens, le premier poste de dépense, celui qu’on règle avant même de penser à acheter à manger », a-t-il déclaré en ouverture. « Ce ne sont pas les familles qui partent, elles sont chassées par la spéculation immobilière », a-t-il poursuivi, reprenant une antienne de sa campagne. 40 % des logements privés sont détenus par des personnes possédant au moins cinq biens immobiliers dans les zones tendues, ce qui alimente mécaniquement la vacance – près de 300 000 logements vides ou résidences secondaires selon les données citées, a-t-il également rappelé.
Face à cette situation, Emmanuel Grégoire a rappelé son objectif de produire 60 000 nouveaux logements publics sur la mandature, 30 000 sociaux et 30 000 abordables. Le deuxième levier est répressif. La Ville va créer une brigade de protection du logement, « pierre angulaire » d’un arsenal renforcé destiné à « stopper les fraudes » et à « remettre du droit et de la régulation » là où des abus sont constatés : loyers hors encadrement, bail civil détourné, locations touristiques illégales. Le troisième levier est fiscal, avec une application dès l’année prochaine, en fixant les taux les plus élevés que la loi prévoit de la taxe sur la vacance des locaux d’habitation (TVLH). Une taxe créée par la loi de finances pour 2026, fusion de plusieurs taxes préexistantes, dont l’objectif premier, a-t-il précisé, n’est pas de générer des recettes fiscales mais de provoquer la remise sur le marché des logements concernés. L’élu a également rappelé son bilan : 25 % de logements sociaux dans les résidences principales parisiennes, contre 13 % au début des années 2000.
Grégory Canal railleur
Grégory Canal (Paris Liberté, ex-Changer Paris) a livré une charge en règle contre ce qu’il a qualifié de « bréviaire » reconduit à l’identique depuis 25 ans. « Vous offrez à tous les Parisiens un horizon permanent d’être locataires à vie », a-t-il lancé. À la politique de logement social et de préemption, il a opposé « un Paris des propriétaires », avec une proposition concrète inspirée d’expériences américaines : une dotation initiale de 50 000 euros, remboursable à la revente au bout de sept ans environ, permettant à des classes moyennes et populaires de constituer un apport. « Avec 250 000 euros, vous faites un foyer locataire à vie. Avec notre dispositif, vous en faites cinq propriétaires », a-t-il lancé. L’élu a également critiqué la brigade de protection des locataires, la qualifiant de « milice administrative ». Le terme a suscité de vives réactions sur les bancs de la majorité, le maire regrettant qu’un tel qualificatif soit employé par un élu par ailleurs directeur du cabinet du Garde des Sceaux.
En rappel au règlement, dès l’ouverture de ce conseil exceptionnel, la conseillère LFI du 20e arrondissement Sophia Chikirou a relayé les demandes des parents d’élèves et de la FCPE, réunis le jour même en manifestation, réclamant un calendrier d’actions clair face au scandale des agressions sexuelles dans le périscolaire parisien.
Pour l’élue, réparer les dégâts et reconnaître les victimes ne suffit pas : il faut aussi la vérité, la transparence et des sanctions, à la fois contre les auteurs des actes, mais aussi contre les responsables administratifs et politiques d’une organisation « éclatée » du périscolaire, et d’une majorité municipale « partiale » alors qu’elle était aux responsabilités. Sophia Chikirou a réclamé des enquêtes indépendantes, une inspection de la Ville, une inspection ministérielle et une commission d’enquête parlementaire. Elle a conclu en rappelant directement à Emmanuel Grégoire qu’il avait été premier adjoint en charge des ressources humaines.


