T. Roulet (EGF.BTP) : « Créer un écosystème vertueux face à un risque de pénurie de moyens »

A l’occasion de la soirée-débat « Qui va construire le Grand Paris ?», organisée par EGF.BTP le 6 novembre 2018, Thierry Roulet (délégué régional EGF.BTP), décrit des pistes de solutions face aux tensions sur les ressources que la multitude de projets concomitants crée dès aujourd’hui en Ile-de-France.

Pourquoi organiser un colloque sur le thème : « Qui va construire le Grand Paris ? »

Nous sommes frappés, depuis le début de l’année, par le nombre de projets qui fleurissent en Ile-de-France et en particulier dans le Grand Paris. C’est évidemment une bonne chose. Mais dans le même temps, nous sentons poindre une tension sur les ressources en matériel, sur le prix des matériaux et les moyens humains. Je pense au Grand Paris express ou aux Jeux olympiques de 2024, mais aussi à tous les projets portés par les collectivités, les « Réinventer Paris » I et II tout comme les « Inventons la métropole du Grand Paris » I et II.

Thierry Roulet, délégué régional Ile-de-France d’EGF.BTP. © Jean Chiscano

A cela s’ajoutent l’ambition propre des opérateurs, des grands promoteurs, ou des bailleurs sociaux, mais aussi les objectifs du gouvernement en matière de rénovation énergétique, que ce soit de logements ou de bâtiments tertiaires.

Vous souhaitez alerter sur cette tension sur les moyens ?

L’objectif de ce débat est double : nous souhaitons favoriser une prise de conscience collective de cet environnement général, et réfléchir de fait aux solutions qui pourraient permettre d’être au rendez-vous de ces ambitions pour le territoire francilien.

Vous constatez déjà une envolée de prix de construction ?

En France, et cela provient largement de l’Ile-de-France, l’activité des travaux publics a crû de 6 %. Les prix des aciers ont augmenté de 11 % en un an, ceux du cuivre et de l’aluminium de l’ordre de 6 % tandis que la hausse du coût de l’énergie s’élève à 14 % depuis le début de l’année. La quantité de matériaux produits a augmenté de 4 %, avec une hausse des prix de 10 % des matières premières. Certaines centrales à béton de la région parisienne tournent dès maintenant en « trois huit », cela signifie que l’on est déjà au bord de la saturation.

Avec une surenchère salariale ?

Parallèlement, en effet, les salaires ont augmenté de 6 à 8 % depuis un an, qu’il s’agisse de jeunes collaborateurs de chantiers, de jeunes chefs de travaux ou de l’indice des ouvriers. Je pourrais dresser le même constat en ce qui concerne la main d’œuvre intérimaire. Il existe une forte concurrence entre les entreprises qui provoque une surenchère sur les salaires, ce qui conduit les uns et les autres à faire des propositions qui se situent en dehors de la réalité économique.

C’est également vrai pour le matériel, que ce soient des grues, des cantonnements, où une forme de pénurie se fait sentir. Et nous ne sommes qu’aux prémices de ce phénomène. Cela demande forcément une anticipation, une organisation renforcée, pour pouvoir répondre aux attentes de nos clients, tenir les délais.

Quelles solutions préconisez-vous ?

Aujourd’hui, chacun est dans sa logique, indépendamment les uns des autres, sans une vision générale. Face à la hausse des prix, les donneurs d’ordre font durer les appels d’offres et cherchent la meilleure solution pour rentrer dans des budgets souvent hérités du passé. Je pense que nous devrions travailler collectivement, avec les maîtres d’ouvrage, pour accroître la prévisibilité sur nos commandes et donc pour renforcer notre capacité à mobiliser des équipes sur des opérations ciblées, plus en amont. Il faut probablement sortir du cadre traditionnel et revenir à des formes de partenariat plus valorisantes pour l’ensemble des parties, cela pour nous permettre d’apporter le meilleur service.

Cela suppose d’autres montages que ceux de la loi MOP ?

Nous pensons qu’il faut favoriser les montages optimisant la conception des projets grâce aux capacités d’ingénierie des entreprises générales. C’est ce que permettent la conception-réalisation ou le marché global de performance. Mais on peut aussi parler des opérateurs privés, qui vont se retrouver dans le même cas, et qui devraient, à notre sens, opter davantage pour des contrats de gré à gré, sur objectifs. On va certainement voir, face aux nombreux projets à réaliser de front, les appels d’offres infructueux se multiplier.

« Nous sentons poindre une tension sur les ressources en matériel, sur le prix des matériaux et les moyens humains », indique Thierry Roulet. © Jgp

Je ne suis pas certain de notre capacité – la nôtre, celle des corps d’état techniques mais aussi celle des corps d’état architecturaux – à répondre à toutes les sollicitations. Toute la chaine va être impactée. Face à cela, nous n’avons pas forcément de solutions toutes faites. Quand une entreprise a X dossiers, elle fait des choix et elle préfère travailler pour un donneur d’ordre qui a envie de lui faire confiance et œuvrer dans un esprit partenarial.

Il faut, pour chaque opération, créer un écosystème vertueux. Nous devons conduire ensemble une réflexion de place, pour savoir comment les acteurs franciliens vont réussir à être aux rendez-vous : celui de l’acte de construire mais aussi celui d’un Grand Paris respectueux de l’environnement et où il fait bon vivre.

Qui va construire le Grand Paris ?

6 novembre 2018 – 17h30

Soirée-débat organisée par la délégation EGF.BTP Ile-de-France

Le Grand Paris en 2030, par Alexandre Missoffe, directeur général de Paris-Ile de France Capitale Economique

Table ronde 1 :  Quelles ambitions pour quels projets du Grand Paris ? Avec :

  • Benoist Apparu, In’li
  • Bernard Cathelain, Société du Grand Paris
  • Nicolas Ferrand, Solideo
  • Christine Leconte, Conseil régional de l’ordre des architectes
  • Jean-Luc Porcedo, Nexity Villes et Projets

Table ronde 2 : Quelles solutions pour répondre à ces défis ? Avec :

  • Christophe Bacqué, Emerige résidentiel
  • Jérôme Durand, Sogelym-Dixence
  • Pierre Paulot, Immobilière 3F
  • Philippe Remignon, Vilogia
  • Max Roche, EGF.BTP
  • Patrick Tondat, Région Ile-de-France

Les débats seront animés par Jacques Paquier, rédacteur en chef et fondateur du Journal du Grand Paris.

Auditorium FFB, 9 rue La Pérouse 75016 Paris – www.egfbtp.com – contact@egfbtp.com

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