RTE : voyage au cœur du réseau de demain

Pour adapter ses réseaux aux enjeux électriques de demain, RTE, le réseau de transport d’électricité, a présenté ses principales innovations.

La problématique est beaucoup moins simple qu’il n’y paraît : l’électricité, en effet, ne se stocke pas – sauf dans des batteries. A tout moment, donc, la production doit répondre à la demande, alors même que cette dernière fluctue en permanence. Qu’une lampe, qu’un serveur informatique, ou qu’une machine industrielle soit allumée ou éteinte, et, instantanément, l’équilibre entier du système électrique s’en trouve modifié. L’équation est d’autant plus délicate que la part du chauffage électrique est très importante en France, ce qui rend le système électrique hexagonal très sensible aux variations de températures.

« Avec 2,6 milliards d’euros d’achats annuel et 1,5 milliard d’euros d’investissement, nous sommes un grand donneur d’ordre et avons donc, à ce titre, la responsabilité de faire évoluer notre éco-système », a fait valoir François Brottes, président de RTE. © Jgp

Le rôle de RTE consiste justement à gérer en temps réel le dispatching de l’électricité produite vers les sites de consommation via ses 105 000 kilomètres de lignes. Le réseau de transport joue, en Ile de France, un rôle primordial : à elle seule, la région consomme, en période de pointe, l’équivalent de 8 tranches nucléaires. Mais elle ne produit que 5% de l’électricité qu’elle consomme. La capitale est donc totalement dépendante des réseaux de RTE. D’où la nécessité, pour le gestionnaire des lignes à haute et très haute tension, de repenser en permanence son réseau et d’innover.

Des capteurs sur les lignes

L’innovation, c’est, d’abord, le numérique, qui s’invite désormais aussi sur les câbles électriques.  Des capteurs permettent, par exemple, d’identifier d’éventuels dommages, de les localiser plus précisément, et donc de réduire les coupures. Mais aussi de surveiller en permanence la température des lignes : celle-ci détermine la possibilité- ou pas- de faire passer plus d’électricité, ce qui est indispensable pour mieux intégrer au réseau les énergies renouvelables, souvent plus intermittentes que les autres. Ces technologies sont d’ores et déjà testées dans un poste électrique de nouvelle génération à Blocaux, dans la Somme.

Mieux intégrer les énergies renouvelables passe aussi par la création de lignes électriques virtuelles : si, à certains moments, éoliennes ou fermes photovoltaïques produisent trop rapport à la capacité de transport d’une ligne, pourquoi ne pas stocker leur production dans une batterie pour la restituer plus tard, notamment lorsque les prix seront plus élevés ?

RTE expérimente également les drones, pour surveiller les ouvrages aériens, mais aussi en avoir des vues plus générales, ou encore effectuer des travaux, comme tirer des câbles. © Jgp

Impossible pour RTE : l’opérateur de réseau se doit d’être neutre par rapport aux opérateurs du marché et ne peut donc procéder de la sorte. Mais il peut, en revanche, stocker l’électricité excédentaire produite dans un lieu A et restituer dans un ou plusieurs autres lieux, B et C par exemple, le courant accumulé dans d’autres batteries de capacités similaires. Cela revient, en quelque sorte, à créer des lignes électriques virtuelles entre A, B et C en faisant fi des contraintes physiques de congestion qui auraient pu, sinon, exister.

Mais tous ces nouveaux flux d’informations, qui s’ajoutent aux quantités déjà très importantes de données gérées par RTE, rendent indispensable la mise sur pied d’un système d’intelligence artificielle, baptisé Apogée. Son rôle : récolter, analyser et digérer toutes les données pour les rendre opérationnelles. Les opérateurs des salles de dispatching pourraient, alors, ne plus travailler qu’avec un seul écran.

Des câbles supraconducteurs

RTE expérimente également les drones, pour surveiller les ouvrages aériens, mais aussi en avoir des vues plus générales, ou encore effectuer des travaux, comme tirer des câbles.  L’opérateur travaille également sur des câbles supraconducteurs développés par Nexans, et capables de transporter 15 à 20 fois plus d’électricité, sur des diamètres bien inférieurs, que les câbles de cuivre traditionnels. La révolution, cependant, n’est pas encore achevée car ces câbles doivent circuler dans des « tuyaux » où règne un froid de – 250 degrés. Il s’agit donc, désormais, de trouver le moyen d’assurer cette température sans utiliser des gaz rares (comme l’helium).

Toutes ces innovations devraient se généraliser d’ici 2020. « Mais nous n’attendons pas 2020 et les mettons en œuvre progressivement dans le réseau », a expliqué François Brottes, président de RTE qui a rappelé : « avec 2,6 milliards d’euros d’achats annuel et 1,5 milliard d’euros d’investissement, nous sommes un grand donneur d’ordre et avons donc, à ce titre, la responsabilité de faire évoluer notre écosystème ».

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