« Pour le moment, Bercy gagne à tous les coups. Et les fiançailles (avec les élus locaux) sont rompues ! », estime Philippe Laurent, maire de Sceaux, secrétaire général de l’Association des maires de France, dans une tribune.
Entre l’Etat et les collectivités locales, ce fut un « long été de fiançailles »… qui ne se termine pas très bien. Les élus connaissaient finalement la couleur depuis la campagne présidentielle. La plupart des candidats – au premier rang desquels le candidat élu – avaient certes utilisé des mots sympathiques pour les élus locaux. Mais aucun n’avait su, pu ou voulu esquisser une pensée un peu originale sur le nouvel équilibre nécessaire entre un pouvoir central de plus en plus absent du « terrain », et des pouvoirs locaux ayant progressivement acquis une légitimité de compétences d’abord, et étant sur le point de gagner une légitimité politique réelle.

« Visiblement, il n’y a pas au sein du gouvernement l’équilibre indispensable entre la volonté politique et la « logique » comptable », estime Philippe Laurent. © Jgp
En revanche, le prisme budgétaire était, lui, bien présent, et parfois de façon très précise ! On voulait bien reconnaître la relative utilité des collectivités dans quelques domaines, mais on voulait surtout faire main basse sur les marges de manœuvre que permettait encore – malgré les coups de boutoir des années passées – la situation financière des collectivités locales.
Des annonces précises et chirurgicales
L’été a montré l’exacte application de cette stratégie. Une « conférence nationale des territoires » qui ne dit pas grand chose, et débouche concrètement sur encore moins si l’on veut bien considérer les objectifs et le contenu des politiques publiques dans tous les domaines. Mais, en parallèle, des annonces précises et chirurgicales concernant les moyens, notamment financiers. Confirmation du début de la disparition de la taxe d’habitation – sans précisions suffisantes sur les compensations -, demande d’économies à hauteur de 13 milliards d’euros (contre 10 annoncés pendant la campagne…) – là encore sans précisions particulières sur les modalités -, suppression brutale de 300 millions de crédits destinés à accompagner des projets d’investissement finalisés, y compris dans les quartiers en politique de la ville, arrêt de la reconduction des contrats aidés pourtant très utiles aux communes dans le domaine périscolaire : toutes ces mesures dessinent un paysage bouleversé, qui ne prend pas en compte les réalités de terrain, et surtout ne permet absolument pas d’envisager une nouvelle période de relations entre l’Etat et les collectivités locales, fondée sur la confiance et le respect mutuel, conditions d’un vrai partenariat.
Visiblement, il n’y a pas, au sein du gouvernement, l’équilibre indispensable entre la volonté politique et la « logique » comptable. Pour le moment, Bercy gagne à tous les coups. Et les fiançailles sont rompues !