L’Apur recense les dispositifs de santé publique dans le Grand Paris

Troisième volet d’une étude sur la santé dans la métropole du Grand Paris, l’Atelier parisien d’urbanisme a passé à la loupe 37 dispositifs de santé publique mis en place par les collectivités de la métropole. Un panorama non exhaustif, mais qui permet de saisir les différentes initiatives locales sur le sujet.

Après avoir dressé un état des lieux de l’offre de soins et du recours à ces derniers dans la métropole du Grand Paris (MGP), l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur) s’est penché sur les actions en santé publique grand-parisiennes. Ce troisième rapport est le fruit d’un travail qualitatif d’un an, présenté dans le cadre d’un colloque à Sciences Po mercredi 22 novembre. L’Apur a sollicité via un questionnaire les collectivités et les acteurs de la MGP afin qu’ils transmettent les actions qu’ils ont mises en place. Ainsi, 37 actions ont été recensées, ce qui est loin d’être exhaustif.

Le rapport les analyse dans le détail, en les catégorisant dans trois thématiques : « sensibilisation et promotion de la santé », « prévention et “aller vers“ » et « santé environnementale ». Les auteurs notent qu’il n’y a pas eu de remontées d’actions sur le mal-logement, la santé du travail et qu’en matière de santé environnementale, « il y a beaucoup de guides, mais peu d’actions opérationnelles ».

Clément Boisseuil, sociologue à l’Apur, et Emilie Moreau, directrice d’études à l’Apur lors de la présentation du troisième volet de leur rapport sur la santé publique dans le Grand Paris, le 22 novembre à Sciences Po Paris. © Jgp

Le principal enseignement de ce travail est que « les collectivités territoriales jouent un rôle clé dans les politiques de santé, même si c’est une compétence de l’Etat », avance Clément Boisseuil, co-auteur de l’étude et sociologue à l’Apur. « Avec des initiatives qui partent du niveau local, on peut s’intéresser au concret », abonde Nadège Vezinat, professeur de sociologie à l’Université Paris 8.

Diffusion informelle des informations en santé

Outre la présentation des résultats de son étude, l’Apur a tenu à ce que les porteurs de projets s’expriment sur la mise en place de leurs actions lors de ce colloque. Ainsi, Jean-Marie Blanchoz, responsable du pôle éducation et promotion de la santé au conseil départemental de Seine-Saint-Denis, a détaillé le fonctionnement de l’Académie populaire de la santé mise en place il y a trois ans. Elle repose sur « les principes de la médiation en santé et de la santé communautaire », explique les auteurs de l’étude de l’Apur.

Concrètement, ce programme vise à former 30 habitants chaque année sur différents thèmes qu’ils choisissent comme « la nutrition, la vie affective et les addictions ou la santé mentale », énumère Jean-Marie Blanchoz, et se voient délivrer « une équivalence sur une partie du diplôme universitaire promotion de la Santé » puisque l’Académie est en partenariat avec le Laboratoire éducations et pratiques de santé de l’Université Sorbonne Paris Nord. Le conseil départemental estime que la formation des ambassadeurs donne lieu ensuite à « une action de sensibilisation informelle » dans la population grâce à leur niveau de connaissance et de compréhension des informations en santé.

De g à dr : Emilie Moreau, directrice d’études à l’Apur, Nacer Leshaf, chef du pôle santé mentale à la direction de la santé publique de la ville de Paris, Etienne Nouguez, sociologue de la santé et chargé de recherche au CNRS et Jean-Marie Blanchoz, responsable du pôle éducation et promotion de la santé au conseil départemental de Seine-Saint-Denis. © Jgp

« Enjeu de passage à l’échelle »

A Paris, cinq actions sont exposées dans le rapport comme les maisons sport-santé pour permettre aux habitants de reprendre une pratique sportive encadrée. La Ville a également mis en place des équipes mobiles dans le cadre de son dispositif de logement accompagné pour l’inclusion (DLAI) qui permet aux personnes souffrant de troubles psychiques de se loger durablement. Cette action interagit avec un autre dispositif puisque les équipes de liaison intersectorielle d’accompagnement entre habitat et soins (Eliahs) s’occupe du même public. « Ces deux dispositifs contribuent à déstigmatiser les troubles psychiques par le travail qui est fait avec le voisinage et les gardiens d’immeubles », explique Nacer Leshaf, chef du pôle santé mentale à la direction de la santé publique de la ville de Paris.

« Par rapport à ma génération, il faut mesurer le gap qu’il y a eu en matière de santé publique », avance Luc Ginot, directeur de la santé publique à l’Agence régionale de santé d’Ile-de-France. © Jgp

L’éparpillement géographique de ces dispositifs fait dire à Etienne Nouguez, sociologue de la santé et chargé de recherche au CNRS, que « l’enjeu clé, c’est le passage à l’échelle. On a parfois l’impression que c’est une goutte d’eau dans un désert ». Un constat partagé par les porteurs de projet et par Luc Ginot, directeur de la santé publique à l’Agence régionale de santé d’Ile-de-France. Pour optimiser les actions en santé publique, il appelle à ce qu’il y ait « plus de référentiel commun et de données communes » entre les acteurs qui portent des initiatives locales. Malgré ces critiques, Luc Ginot rappelle qu’il y a eu des avancées importantes ces vingts dernières années. L’Apur continue d’ailleurs à enrichir son panorama et appelle les collectivités et les acteurs grand-parisiens à les signaler sur son site.

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