Jean-Louis Missika/Thierry Lajoie : Serendipité, coalescence et platooning

Lors d’un échange organisé mercredi 25 mai 2016 par l’institut Palladio au Pavilllon de l’Arsenal, l’élu parisien et l’aménageur ont décrit leur vision d’un monde de l’aménagement en plein bouleversement. Entre prospectives et annonces immédiates.

« La procédure a son importance », a rappelé Jean-Louis Missika, lors d’un débat – un dialogue – avec Thierry Lajoie, qui s’est tenu le 25 mai au Pavillon de l’Arsenal, organisé par l’institut Palladio et intitulé « Grand Paris : les modes de faire la ville réinventés ».

Thierry Lajoie (GPA), Jean-Louis Missika (Paris) et Gilbert Emont (Institut Palladio) le 25 mai 2016 au Pavillon de l’Arsenal. © jgp

L’adjoint d’Anne Hidalgo en charge des grands projets et du Grand Paris a raconté sa sidération en participant, alors qu’il était en charge de la recherche pour la mairie, à l’appel d’offres du marché de rénovation et d’extension de l’Ecole supérieure de physique et de chimie industrielle de la ville de Paris (ESPCI) : « Alors que le marché représentait plusieurs dizaines de millions d’euros, nous n’avons jamais pu avoir la moindre discussion avec les architectes. Nous étions face à des enveloppes, face à des numéros », a déploré Jean-Louis Missika. « Je sais comme vous que cette procédure atroce poursuit de nobles objectifs, au premier rang desquels l’égalité de traitement entre les candidats. Mais en réalité, il s’agit d’un système pernicieux, totalement figé alors que la science avance à toute vitesse », a-t-il poursuivi.

Ainsi, à l’encontre de ceux qui estiment que le nouveau mode de cession du foncier public initié par « Réinventer Paris » revient à laisser la main aux groupements privés, Jean-Louis Missika place la qualité du dialogue et des échanges entre la collectivité et les opérateurs au premier rang de ses vertus.

Platooning à Saclay

L’élu parisien a donné des exemples d’évolutions rapides, peu compatibles avec un code des marchés publics qui sent bon le XIX° siècle. Ainsi, il a prédit que le projet de ligne 18 du Grand Paris express, qui doit relier Orly à Versailles en passant par le plateau de Saclay risque de se transformer en convois de voitures autonomes, si les progrès de cette révolution, dont la généralisation pourrait intervenir d’ici une dizaine d’années, se confirment…

Au pavillon de l’Arsenal, devant la fine fleur de l’aménagement et de l’urbanisme francilien, Jean-Louis Missika a annoncé une ville sans véhicules privées. Des cités sans parking ni places de stationnement, métamorphosées, à l’heure du platooning : des voitures autonomes, électriques, formant des pelotons, façon convoi ferroviaire lorsque plusieurs vont dans la même direction, puis se désolidarisant au gré des destinations finales de leurs occupants…

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Salle comble pour ce débat sur l’aménagement à l’heure du Grand Paris. © jgp

Au passage, des perspectives plus prochaines ont été annoncées : Jean-Louis Missika a confirmé qu’un macro-lot (100 000 m2 de foncier) va être attribué par le biais d’un concours organisé sur le même mode que les « Réinventer », rive gauche à Paris, au sein du quartier Bruneseau, incluant l’avenue d’Ivry.

L’élu a décrit les bouleversements provoqués dans l’urbanisme et la construction par l’évolution des rapports entre espaces privés, publics et collectifs, et rappelé les impératifs de la transition énergétique. Il a salué la qualité du travail de France Domaine, souvent critiqué, dans sa capacité à accepter que les emprises cédées dans le cadre de « Réinventer Paris » ne voient pas leur prix déterminé seulement par leur localisation et leur surface mais par leur usage futur.

Transformer les portes de Paris en places du Grand Paris

« Les charges foncières ne sont pas les mêmes suivant que l’on projette de construire un hôtel de luxe ou une auberge de jeunesse », a fait valoir l’élu. D’où le suivi du projet dans les années qui suivent sa concrétisation, et les clauses prévoyant des pénalités en cas de non respect de ses engagements par le lauréat, qu’il s’agisse de dévoiement de la vocation ou de la non-tenue des performances annoncées.

De même, Jean-Louis Missika a indiqué que Paris avait préféré, porte Maillot, le projet « 1 000 arbres » enjambant le périphérique alors même que d’autres groupements proposaient à la ville, au même emplacement, des projets valorisés 30 millions d’euros de plus. Il a annoncé que Paris proposerait prochainement, dans le cadre d' »Inventons la métropole », plusieurs projets de couverture habitée du périphérique.

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« La couverture du périphérique coûte une blinde », a indiqué Jean-Louis Missika.

Une innovation qui n’est pas stupide, puisqu’elle crée du foncier from scratch, et permet de financer la couverture du périphérique, impensable sinon, « puisqu’elle coûte une blinde », selon les mots du maire adjoint. La transformation des portes de Paris en places du Grand Paris a également été évoquée. Un travail avec Montreuil et Bagnolet est, par exemple, en cours porte de Montreuil, où la réorganisation des trames viaires permettrait de gagner des dizaines de milliers de mètres carrés constructibles.

« Le leadership aux porteurs de projet »

Thierry Lajoie a dit son rêve de voir un jour un concours qui n’en soit pas, ou encore avec des opérateurs qui proposent eux-mêmes la procédure jugée la plus adaptée. Il a appelé de ses vœux un urbanisme concerté, remontant du terrain et non imposé d’en haut, bottom up et non top down, selon l’expression consacrée. Le président de Grand Paris aménagement a dit sa foi en un urbanisme laissant sa part au hasard et aux rencontres, à la sérendipité d’une part, qui veut que l’on obtienne, en cheminant, un résultat supérieur et différent de ce que l’on avait en tête au départ, et à la coalescence (*), d’autre part, conjugaison harmonieuses des talents : « Ce qui n’est pas fait pour se rencontrer et qui, malgré soi, se rencontre, à l’image des conurbations ».

Plus prosaïquement, Thierry Lajoie a affirmé ses convictions sur la nécessité, à l’heure du Grand Paris, de projets qui traversent les frontières géographiques et administratives, citant en exemple la nécessité de coordonner la ZAC de Paris Charenton avec son pendant Val-de-marnais.

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« Il faut donner leur vraie chance aux porteurs de projet, et peut-être le leadership », a notamment déclaré Thierry Lajoie. © jgp

« Le Grand Paris est plus un projet qu’un territoire, ce qui est sans doute une manière de sortir de bien des ornières, et de rassembler les institutions concernées », a également indiqué Thierry Lajoie, se félicitant du foisonnement actuel des projets. « Réinventer Paris, est une manière de faire formidable tout simplement parce qu’elle n’est pas très française, sans schéma directeur notamment », a ajouté l’aménageur. « Nous avons besoins de grandes échelles pour créer de l’innovation, a également indiqué Thierry Lajoie, pour créer autre chose que le programme urbain immobilier classique ».

« Nous serons vraiment à l’heure du Grand Paris quand nous serons capables d’identifier quelques sites de 70 ou 80 ha dont nous accepterons qu’ils ne soient pas le fruit d’un programme dicté d’en haut. Il faut donner leur vraie chance aux porteurs de projet, et peut-être le leadership », a encore déclaré Thierry Lajoie. Le « vieux zaqueurs est un petit peu dépassé aujourd’hui, il va falloir qu’il mute », a-t-il fait valoir.

Veni, vidi, vici

« Jusqu’à présent, l’aménagement, c’était trop souvent Veni, vidi, vici, a poursuivi le président de GPA. C’est-à-dire je viens, je fais, mais surtout, je cherche à partir vite, ce qui est totalement l’inverse de la préoccupation qui doit être celle de ceux qui construisent la ville de demain. La valeur est davantage dans le service et la durée que dans l’intervention ponctuelle et foncière à un instant T. » Des dispositifs de workshops mis en place progressivement font que l’aménageur est en train de changer de mode opératoire, de place et de rôle, « devenant non plus un assembleur de compétences mais un assembleur de porteurs de projets », a indiqué Thierry Lajoie.

 

* En phonétique, la coalescence est un type de modification par lequel deux sons en contact se combinent en un son unique. Elle implique à la fois des processus d’amuïssement et d’assimilation. On parle également de contraction.

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