Jacques Godron : « Les entreprises du Grand Paris ont un mal fou à comprendre ce qui va se faire, par qui et pour quels montants »

Aider les entreprises à identifier les projets stratégiques du Grand Paris, par des visites de sites et des rencontres avec des acteurs clés. Telle est la vocation du Club des entreprises du Grand Paris.

A quoi sert le Club des entreprises du Grand Paris ?

Nous avons créé ce club il y a près de 3 ans aujourd’hui, à un moment où le projet du Grand Paris était en train de prendre consistance. Ce Club répond à une difficulté majeure pour les entreprises : ces dernières ne parviennent pas facilement, sur un territoire aussi vaste que celui de la zone dense de la région parisienne, à identifier là où il va se passer des choses importantes en termes d’aménagement, d’infrastructures, d’équipements publics, de développement. Et ceci pour une raison très simple : le périmètre est large, le territoire est immense, il existe une multitude de donneurs d’ordre publics, à tous les étages du millefeuille, et un flou permanent plane sur les financements publics de tous ces projets… Donc les entreprises qui « fabriquent la ville », même celles qui sont parfaitement affutées en termes de veille et d’identification de projets, ont un mal fou à identifier clairement ce qui va réellement se faire, par qui, quand, et comment. Le Club des Entreprises du Grand Paris apporte donc des réponses à ces questions. Ce que l’on essaie de faire, c’est de décrypter les stratégies du territoire du Grand Paris. Qu’elles soient portées par une commune, un EPCI, un département, un aménageur, la Région ou l’Etat. On essaie donc d’identifier des territoires où il va se passer des choses, quelles sont les stratégies déployées, les programmations d’équipement d’aménagement, de réseaux, les grands chantiers en préparation, les grands projets d’aménagement qui vont sortir …des cartons. Voilà pourquoi ce club intéresse un grand nombre d’entreprises. Elles viennent de tous les secteurs : architecture, urbanisme, aménagement, ingénierie, services, en passant par l’énergie, le financement et l’exploitation de services urbains. En somme, la palette des métiers des opérateurs urbains. Le Club est assez sélectif : il rassemble aujourd’hui une petite trentaine d’Entreprises, plutôt des grandes, voire très grandes.

Quelles sont les activités du Club des Entreprises du Grand Paris ?

Nos outils principaux sont des visites de site, ou de territoire (huit à dix par an). Les prochaines seront Est-ensemble, puis la communauté d’agglomération du plateau de Saclay (CAPS), la ville de Massy, le territoire du conseil général des Yvelines, etc. Avec à chaque fois, des interlocuteurs variés : DGS, DGA de collectivités, opérateurs de Sem, aménageurs, bailleurs sociaux, ou élus, vice-président ou adjoint à l’aménagement, l’urbanisme ou l’habitat, au logement ou aux infrastructures.

Nous convions également, tous les mois, les membres du club et leurs invités au Déjeuner du Grand Paris. Nous y recevons des personnalités qui viennent nous donner leur point de vue sur l’actualité du Grand Paris, que ce soit la gouvernance, les questions de financement, les aspects institutionnels… Avec une connotation plus politique quand on reçoit Valérie Pécresse ou Claude Bartolone, ou plus technique lorsque l’on accueille Philippe Yvin de la SGP. Notre spectre d’intérêt est très large, car les entreprises ont besoin de comprendre à la fois ce qu’il y a dans la tête des élus et des techniciens.

Vous ne vous intéressez qu’au Grand Paris ?

Non. A côté du club du Grand Paris, nous avons créé récemment “Entreprises et métropoles”, qui est un programme d’activités plus large que le strict cadre du Grand Paris. Son but ? Aller voir sur place comment vont se fabriquer les Métropoles de la loi Maptam. Une petite quinzaine de métropoles sont actuellement en gestation, avec des degrés divers d’avancement, celle de Lyon est très avancée, celle de Nice existe déjà, celles de Marseille et de Paris présentent des contours encore flous. Mais le mouvement est lancé. On a commencé en juin dernier notre « Tour de France des Métropoles » par Nice, là encore pour identifier les projets stratégiques, comprendre la manière dont la métropole va s’organiser et voir qui en seront les décideurs. C’est de la veille de projet et de l’intelligence territoriale, au sens de l’intelligence économique : comprendre assez vite ce qui va se passer, par qui, quand, combien, pour quoi faire.

Quels sont vos projets ?

Nous sommes en train de créer un troisième programme, l’Académie du Grand Bassin Parisien, avec le parrainage de Marylise Lebranchu. Il s’agit de proposer aux acteurs publics locaux, cette fois-ci, de se réunir quatre fois par an, pour échanger sur les enjeux stratégiques de ce grand Territoire central et … capital.  Sont concernés les secrétaires généraux de préfecture, présidents ou directeurs d’universités, dirigeants consulaires, DGA aménagement des grandes agglos, patrons d’hôpital, de SEM, etc… Ici le périmètre est beaucoup plus large que l’Ile-de-France, s’étendant à l’Aisne, la Seine-Maritime, l’Eure, l’Aube…

Pourquoi le Grand Bassin Parisien ?

Car le Grand Paris constitue un pôle, qui attire mais aussi …qui fait peur ! Tous les territoires périphériques de la zone dense du Grand Paris sont très intéressés parce ce qui va se faire au centre, et en même temps ils sont inquiets. Vais-je me faire absorber, et comment ? Vais-je être vassalisé, exploité ? Ou au contraire vais-je pourvoir être « tiré » par cette locomotive ?

En plus, tous les territoires de cette vaste région, autour de la région Ile-de-France, sont concurrents : Troyes est concurrent de Chartes, d’Amiens, ou d’Orléans, parce qu’ils sont isochrones avec Paris. Concurrents, donc, mais alliés, puisqu’ils ont des politiques annulaires à mener ensemble. Ce sujet est rémanent depuis toujours, mais aujourd’hui, avec la redistribution des cartes de la réforme territoriale, de la fusion des régions, de la question du département, de l’irruption des métropoles, de l’accroissement de la taille des EPCI, les acteurs publics locaux ont plus que jamais besoin de se retrouver et de se confronter pour voir ce qu’ils ont en commun, clarifier ce sur quoi ils sont concurrents, et identifier ce sur quoi ils doivent travailler ensemble. Car un territoire qui travaille seul est un territoire mort.

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