Jacques Deval – Les pieds sur terre

A l’initiative de marches « Paysage » alors qu’il était chargé de mission à la Driea, cet « architecte de paysage » continue « à se promener » pour comprendre les mutations du territoire, celui du Grand Paris depuis près d’une vingtaine d’années et, dernièrement, celui de la Vallée de la Seine.

Dans un mail que Jacques Deval nous adresse au lendemain de notre rencontre, pour une « ultime contribution », il s’excuse par avance s’il est « trop foisonnant ». Foisonnant, l’échange avec cet homme à l’élégance un peu surannée, chevelure et barbe de mousquetaire, sourire en coin et œil pétillant, l’a été. Passionnant également, tant la carrière de cet ingénieur et architecte au sein de la fonction publique de l’État a, pendant près de cinq décennies, été riche. Jusqu’à la dernière en date, celle de la construction du Grand Paris. En 2008, Jacques Deval devient chargé de mission paysage à la Direction régionale et interdépartementale de l’équipement et de l’aménagement (Driea, désormais Drieat) et est notamment chargé de rendre des avis sur les dix projets soumis dans le cadre de la consultation lancée par Nicolas Sarkozy pour imaginer la future métropole parisienne. « Je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas de méthode pour aborder ces grandes échelles, se remémore-t-il, attablé dans un café de Malakoff (Hauts-de-Seine), où il vit depuis une vingtaine d’années. Il imagine alors un Atelier « Paysage » avec l’ambition de « concevoir et construire une nouvelle culture de territoire ».

Jacques Deval. © Jgp

« Arpenter le territoire pour mieux le comprendre »

« J’avais demandé dès le départ que cet atelier s’appuie sur des marches », poursuit-il. « Mais Jacques, les fonctionnaires, ça ne se promène pas ! », s’entend-il d’abord répondre par un chef de service. Il trouve finalement d’autres soutiens au sein de la Driea – Hélène Peskine, future secrétaire permanente du Plan urbanisme construction architecture et actuelle directrice générale adjointe du Cerema – qui perçoit tout l’intérêt de la démarche que Jacques Deval résume de sa voix légèrement voilée : « Quand on a marché sur un territoire, on ne le dessine pas de la même façon ». Il va par ailleurs s’associer à Yves Clerget, le fondateur de l’association Les promenades urbaines, qui a, pour le compte de la Cité des sciences puis du Centre Pompidou, « développé plus de 1 500 marches de 1985 à 2011, année de sa mort ». Et déployer avec lui cette approche de médiation un peu particulière, à savoir « arpenter le territoire pour mieux le comprendre et conduire les acteurs du projet vers une approche sensible de l’espace, tout en constituant un média et un lieu d’échanges “hors champ”, décalé par rapport au rôle institutionnel, technique ou citoyen de ces acteurs », peut-on ainsi lire encore dans la publication tirée de cet atelier (Guide atelier « Paysage » en Île-de-France – 2009-2011).

Cette « approche sensible » mais de pied ferme, ce papa d’une grande fille continue à la mettre en œuvre depuis qu’il a pris sa retraite de la fonction publique, en 2016. Lui qui se présente désormais comme « architecte de paysage », continue à organiser des marches « Paysage »pour différents profils de commanditaires (institutions, associations, collectivités…). À son actif, entre autres, des « marches-alertes » avec la paysagiste et historienne Elisabetta Cereghini pour le compte la Drac (Direction régionale des affaires culturelles). Pourquoi « alertes » ? Parce que s’il s’agissait de sites menacés, que ce soit sur le plan urbain ou environnemental, à l’image de la cité-jardins de la Butte rouge à Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine) ou la plaine de Montesson (Yvelines).

Si le terrain de pérégrinations de Jacques Deval a longtemps été principalement celui du Grand Paris – avec des incursions à Séville où il a un pied-à-terre –, il mène actuellement un projet pour la Métropole Rouen Normandie. Avec le géologue Robert Lafite, professeur à l’université de Rouen, il a initié le symposium Paysage, arts & sciences du bassin de la Seine qui « explore le trait d’union géologique naturel entre la Normandie et l’Ile-de-France ». Dans ce cadre, plusieurs marches ont déjà été organisées dont une, en 2024, sur la faille de Rouen nord-ouest. La prochaine est prévue samedi 4 octobre, dans le cadre du festival Zigzag porté par la Maison de l’architecture de Normandie, avec cette promesse : « Paysage entre ciel et terre, sous le soleil exactement, la géologie comme socle, nous vous invitons à vivre une approche sensible et précise des chemins de l’eau pour imaginer le futur de la Métropole Rouen Normandie à l’horizon 2080. »

Informations sur la marche « Paysage » du 4 octobre en lien ici

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