Dans « Ma vie rouge », Pierre Mansat raconte la construction métropolitaine de l’intérieur

Dans un livre écrit à quatre mains, alternant polar et récit autobiographique, Pierre Mansat, ancien adjoint de Bertrand Delanoë en charge des relations avec les collectivités territoriales, et Christian Lefèvre, politiste et professeur à l’école d’urbanisme de Paris, nous plongent dans les coulisses de la vie politique (grand)-parisienne sur fond de construction métropolitaine.

Ils portent les mêmes initiales. Sont tous les deux chargés d’une mission auprès du maire de Paris en lien avec ce que l’on n’appelle pas encore le Grand Paris. Et vont chacun devoir faire preuve d’opiniâtreté et surmonter de multiples obstacles pour mener à bien la tâche qui leur a été confiée. Toute ressemblance du personnage imaginaire Paul Métro avec Pierre Mansat n’est pas complètement fortuite.

L’ouvrage mêle réel et fiction sur fond de construction métropolitaine. © DR

C’est une structure narrative hybride pour le moins originale, pour ne pas dire déroutante, que l’ancien adjoint de Bertrand Delanoë et son complice d’écriture Christian Lefèvre, politiste, professeur des universités à l’école d’urbanisme de Paris et passionné de roman noir ont choisi pour raconter « l’invention métropolitaine du projet du Grand Paris » : l’ouvrage alterne ainsi d’un chapitre à l’autre, le récit de fiction en mode polar à l’Hôtel de ville de Paris et la chronique, à la première personne, par Pierre Mansat, de ce qui constitue l’un des principaux chantiers – sacerdoces ? – de sa vie politique : bâtir les fondations du Grand Paris.

Un certain Granparis « poignardé dans le dos »

Le livre s’ouvre avec Paul Métro, chargé par le maire nouvellement élu, Maximilien Cordelier, d’une « mission délicate » dans laquelle il est à la fois question de faire le ménage et de tirer aux clair les affaires qui ont entaché la mandature précédente mais aussi de préparer le terrain en vue « de prendre le contrôle de la métropole parisienne ». A peine installé, Paul Métro reçoit une lettre anonyme – la première d’une longue série – lui signifiant que sa « mission sera difficile et [qu’il se heurtera] à de nombreux intérêts dont certains sont puissants », tandis que lors de ses premières recherches dans les archives municipales, il tombe sur un dossier concernant le « meurtre inexpliqué d’un certain Granparis ». Le rapport de police précise que le cadavre de ce dernier a été retrouvé le « 12 avril 1964, devant le 15, rue de Rivoli » (soit à quelques encablures de l’Hôtel de ville…) et que l’homme a été « poignardé dans le dos ». Si on a connu métaphore plus subtile, le ton est donné : le Grand Paris n’a pas que des amis.

Pierre Mansat, alors adjoint aux relations avec les collectivités territoriales, avec Bertrand Delanoë, alors maire de Paris. © Jgp

Chapitre suivant, nous voici aux côtés de Pierre Mansat, en mars 2001, au lendemain des élections municipales qui ont vu la gauche remporter la mairie de Paris et Bertrand Delanoë s’installer dans le fauteuil occupé depuis 1995 par Jean Tibéri et encore avant lui par un certain Jacques Chirac. Coup de fil de « Bertrand » qui propose à Pierre Mansat d’être son adjoint chargé des relations avec les collectivités territoriales.

Dans sa lettre de mission, trois objectifs sont assignés à celui qui, deux ans plus tôt, en 1999, a créé le réseau « Paris métropole ouverte » : « créer les conditions d’un dialogue politique égalitaire [entre Paris et ses voisins] sur tous les sujets », « réaliser des projets concrets visant à améliorer la vie des habitants qu’ils soient “parisiens ou banlieusards” » et, enfin, « lorsque les conditions politiques seront réunies », « ouvrir le débat sur la gouvernance de la métropole ».

Si, après un début prometteur, la partie roman policier tourne un peu à vide, le récit, à la première personne, dans un style vif et direct, de Pierre Mansat, plonge le lecteur dans les coulisses de l’épopée de la construction métropolitaine. Il en revit toutes les étapes au fil des pages : la première réunion, le 5 décembre 2001, des élus de la petite couronne (maires, conseillers départementaux et régionaux), les relations souvent tendues avec la Région et plus particulièrement avec son président d’alors, Jean-Paul Huchon, la multiplication des rencontres sur le terrain avec les maires, les premiers jalons de la conférence métropolitaine – le « bébé » de Mansat -, la création de Paris Métropole, la naissance de la métropole du Grand Paris…

Pierre Mansat. © JGP

Le 6 décembre 2018, Pierre Mansat fait ses adieux, entouré de Bertrand Delanoë et d’Emmanuel Grégoire. © Jgp

En parallèle, Pierre Mansat revient sur son histoire familiale et son parcours personnel et la façon dont, très tôt, se sont forgés ses engagements militants, au premier rang desquels celui, fondateur et structurant, au sein du Parti communiste. Une famille politique avec qui les rapports furent à la fois passionnés et conflictuels et qu’il finira par quitter, dans la douleur, en 2010. L’ancien président de l’Atelier international du Grand Paris n’hésite pas non plus à partager autant ses moments de doute et de – profonds – découragements, que ses enthousiasmes et ses fiertés, comme celle qui l’a étreint le 6 décembre 2018, jour où il a fait « [ses] adieux à [ses] 45 ans d’acteur de la chose publique » à l’Hôtel de ville de Paris, en présence de centaines de proches, amis, anciens compagnons de route, mais aussi d’élus et d’acteurs multiples du Grand Paris. Une partie de ceux qui ont contribué, de près ou de loin, à sa « vie rouge », expression tirée d’une phrase de l’écrivain surréaliste Pierre Unik et que Pierre Mansat confie avoir fait sienne dès l’adolescence : « Moi qui aurais voulu une vie rouge, forte comme le vin ou le sang ».

 

« Ma vie rouge – Meurtre au Grand Paris », Pierre Mansat, Christian Lefèvre, PUG (Presses universitaires de Grenoble), collection “Engagement”, avril 2021, 19 €.

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