Le président du conseil départemental du Val-de-Marne a écrit le 22 avril 2020 au Premier ministre pour lui faire part de la situation financière des Ehpad et de l’urgence à débloquer des fonds rapidement. Christian Favier demande la création d’un fonds d’urgence « Spécial Covid-19 » et le déblocage d’avance de trésorerie.
Sur les 21 856 décès français du Covid-19, plus de 8 000 sont à déplorer au sein des Ehpad selon les chiffres officiels du 23 avril. Particulièrement touchés par l’épidémie, ces établissements de santé doivent « être financièrement soutenus », selon Christian Favier. Le président du conseil départemental du Val-de-Marne l’a fait savoir dans une lettre adressée au Premier ministre Edouard Philippe datée du 22 avril. « Le manque de moyens humains et financiers depuis de nombreuses années ne rend que plus complexe la gestion de cette crise. Il manque près de 80 000 postes dans le secteur des métiers du grand âge, dont 40 000 urgemment. Il y a à peine quatre mois les personnels, employeurs, familles et élu.e.s locaux se mobilisaient ensemble pour dénoncer la nocivité des logiques comptables dans ce domaine », a alerté Christian Favier.

Christian Favier. © Jgp
L’élu insiste dans son courrier en dénonçant que ces « logiques » sont responsables de la difficile situation financière des 72 établissements de son département. « Des questions immédiates se posent concernant la trésorerie des organismes publics, pour qui les salaires et charges sociales représentent 70 % des dépenses de fonctionnement. Les recettes sont partiellement bloquées du fait d’un ratio de 15 % de lits vacants », a-t-il expliqué en mentionnant la hausse des dépenses due aux protections supplémentaires à fournir aux résidents et aux personnels.
Création d’un fonds d’urgence
Le groupement des Ehpad publics du Val-de-Marne qui concentre 13 établissements n’est par exemple plus en « situation de régler ses charges sociales ». « Sa direction estime à 7 millions d’euros les besoins pour les deux prochains mois », dénonce le président du conseil départemental. Christian Favier demande donc à Edouard Philippe de débloquer « urgemment », des avances de trésorerie afin que les Ehpad assument les charges supplémentaires. « Je vous appelle également à créer un fonds d’urgence « spécial Covid-19 » pour ces établissements », fait valoir l’élu.
Des mesures attendues par le personnel des établissements publics et associatifs, mais aussi par les familles d’autant que le calendrier du projet de loi « Grand âge et autonomie », qui doit traiter de ces questions, est des plus incertain. Pour le moment, le Département n’a pas reçu de réponses de Matignon.
Brigitte Jeanvoine
« Quand les gens ne peuvent pas payer, ce sont les services départementaux qui règlent la facture ».
La vice-présidente du conseil départemental du Val-de-Marne en charge de la délégation Solidarités en faveur de l’autonomie des personnes âgées et des personnes handicapées, explique le financement des établissements accueillant des personnes âgées et les difficultés qu’ils rencontrent.

Brigitte Jeanvoine. © CD 94
Comment est financé un Ehpad ?
La majorité des financements d’un Ehpad provient des résidents. C’est ce qu’on appelle le tarif hébergement qui représente 50 % du coût. Dans les Ehpad publics du Val-de-Marne, les tarifs sont très bas, pour permettre à tous de venir, mais quand les gens ne peuvent pas payer, ce sont les services départementaux qui règlent la facture. L’allocation personnalisée d’autonomie (APA) est également payée par le Département. Or les gens veulent rester le plus longtemps possible à domicile et lorsqu’ils arrivent en Ehpad ils sont très dépendants. Les 30 % de frais restants, les soins, sont payés par l’ARS. Nous demandons donc à avoir un seul tarif et un seul responsable ce qui simplifierai les recettes des Ehpad.
Pourquoi les Ehpad connaissent-ils des difficultés financières actuellement ?
Quand vous avez 15 % en moins de lits occupés, il y a moins de recettes financières. Les Ehpad sont très ric-rac sur leur situation financière, actuellement on ne remplit pas les lits à 90 %, on est donc en difficulté. S’ajoutent à cela des dépenses supplémentaires de matériel avec les équipements de protection, ce qui est inhabituel pour les Ehpad, mais également des dépenses supplémentaires de personnel, qui est actuellement épuisé et non habitué à autant de décès. Il manque en moyenne 19 % de personnel dans les établissements du département, voire 50 % dans certaines structures. Le tout sans rentrée d’argent supplémentaire. Le Département ne peut pas faire face seul d’où cet appel pour la création d’un fonds d’urgence. Nous demandons également une aide de l’ARS afin de se partager les coûts.
Allez-vous accorder un droit de visite à la suite des annonces de l’exécutif ?
L’annonce est très récente et ça ne peut pas se faire n’importe comment, il faut toute une organisation en plus du reste à faire. Certains Ehpad sont des nids à Covid-19. Nous avons trouvé des résidents Covid+ sans symptôme. Les risques sont aussi importants pour les familles qui viennent en visite que pour les résidents bien portants. Il y a des précautions à prendre et ça ne va pas se faire du jour au lendemain. D’un autre côté, il faut être attentif au syndrome du glissement, avec ces résidents qui ne voient plus personne et se laissent mourir. Beaucoup de personnes vont décéder non pas du Covid mais des problèmes collatéraux, il faut donc agir et ne pas les laisser trop longtemps isolées. C’est également triste de ne pas pouvoir accompagner les résidents sur la fin, c’est très inhumain, nous l’avons fait au début pour les protéger mais il faut arrêter maintenant. Nous allons nous organiser pour les visites.
Préparez-vous le déconfinement ?
Bien sûr, ça se prépare et s’anticipe. Il va falloir faire revenir les agents, ce qui dépend aussi de la réouverture des écoles, alors que la moitié de nos équipes est en télétravail. Sans école, certains ne pourront pas reprendre le travail en présentiel. Sur la reprise des cours, nous n’avons pas beaucoup de précisions. A Créteil, on accueille les enfants des soignants, ça se passe bien car nous fonctionnons par petits groupes. En revanche, si nous devons accueillir tout le monde, on ne sait pas comment on va faire. C’est très compliqué. Nous attendons les consignes. Quant à la reprise des chantiers, ce n’est pas fait. Nous allons avoir beaucoup de retard sur les collèges et les chantiers importants. Là non plus, ça ne sera pas simple notamment de faire respecter les gestes-barrière sur un chantier.