Elias-Antoine Chebak – L’homme qui fait parler les parcelles

Ancien collaborateur d’élus, passé par Nexity et Capelli, Elias-Antoine Chebak a fondé Pure, une start-up qui agrège données territoriales et intelligence artificielle pour aider collectivités et promoteurs à décider, concevoir et financer leurs projets urbains. Un outil sans équivalent sur le marché, incubé à Station F, qui mise sur la souveraineté numérique.

Il ne commence pas par raconter son parcours. Il ouvre une carte. Sur son écran, une commune d’Île-de-France apparaît. Un clic, et les parcelles se dessinent ; un autre, et les règles d’urbanisme s’affichent ; plus loin, les transactions immobilières, les diagnostics énergétiques, les équipements publics, les tendances électorales. « Tu ne vas pas chercher la donnée, tu vas chercher le lieu », résume Elias-Antoine Chebak. C’est toute la philosophie de Pure, sa start-up incubée à Station F : partir d’une adresse pour faire parler un territoire.

L’outil agrège des données publiques, privées et des données « créées » par croisement et calcul. Encore faut-il les nettoyer. Il évoque ces « moustaches », anomalies statistiques capables de fausser un marché local : un bien enregistré à huit millions d’euros et voilà un prix moyen communal qui s’envole artificiellement. « Avoir de la donnée ne suffit pas. Ce qui compte, c’est la manière dont on l’utilise », insiste-t-il.

Elias-Antoine Chebak. © Jgp

À l’écran, la démonstration se poursuit. Une parcelle à Montfermeil (Seine-Saint-Denis) : la zone du PLU, les prescriptions spécifiques, les contraintes techniques s’affichent immédiatement. Puis viennent les indicateurs socio-démographiques, le tissu d’entreprises, la dynamique du marché immobilier. En quelques secondes, la commune devient un tableau de bord.

Mais Pure ne veut pas seulement observer ; la plateforme entend projeter. Projections à 2030 sur les besoins en crèches, en classes, en Ehpad ou en logements ; comparaisons entre quartiers ; fonction de « ressemblance » entre communes pour identifier des trajectoires similaires. « Un maire peut se demander : pourquoi cette ville progresse plus vite que la mienne   Qu’est-ce qu’elle fait que je ne fais pas ? » L’outil met ces écarts en lumière.

À partir d’une adresse, la plateforme peut génèrer une hypothèse de programmation, calculer un premier bilan d’opération, estimer un prix de vente cohérent avec le marché local et exporter une fiche prête à circuler en comité, affirme le start-upper. Hauteur autorisée, nombre de logements, coût estimatif : tout s’actualise en temps réel. « On donne la réalité. Ensuite, c’est à l’élu ou à l’opérateur de décider », précise Elias-Antoine Chebak.

Ce souci d’efficacité ne doit rien au hasard. Né à Paris, grandi dans le Val-d’Oise, Elias-Antoine Chebak se passionne très tôt pour la chose publique. À 19 ans, il est élu conseiller municipal à Luzarches. Diplômé de Sciences Po Bordeaux, il débute au Parlement européen au sein du groupe PPE. Il découvre la mécanique des institutions et, surtout, une méthode : formuler court, aller à l’essentiel, livrer. « Les décideurs ont quinze secondes pour comprendre un problème et une solution », dit-il.

Une double culture, publique et immobilière

En 2014, il rejoint le cabinet de la maire du 17e arrondissement parisien, Brigitte Kuster (LR), puis la région Île-de-France, où il travaille sur les sujets de logement et d’aménagement. Les campagnes électorales, la gestion des arbitrages, la coordination des dossiers lui apprennent la rigueur. « À la politique de tribune, je préfère la politique de production, pour laquelle j’ai toujours œuvré », résume-t-il.

Le passage au privé complète le tableau. Chez Nexity, où il entre comme directeur Grand Paris, il découvre la coordination de filiales, la stratégie territoriale et la gestion d’un grand groupe. Chez Capelli, en tant que directeur général délégué, il pilote plusieurs centaines de collaborateurs et plusieurs centaines de millions d’euros de chiffre d’affaires.

De cette double culture – publique et immobilière – naît l’idée de Pure en 2024. La plateforme s’appuie sur un cloud souverain et des outils français, OVH, Mistral, l’entrepreneur revendiquant un ancrage national dans un univers numérique dominé par les géants américains. Les premiers utilisateurs sont des collectivités franciliennes, mais aussi des métropoles régionales. L’argument est simple : gagner du temps, sécuriser les arbitrages, objectiver les relations entre acteurs publics et privés. « Dans un monde de règles complexes et de finances contraintes, simplifier la complexité devient stratégique », dit-il.

À 39 ans, le fondateur revendique une équipe resserrée – data scientists, développeurs, profils hybrides – et une ambition mesurée : devenir un outil de référence pour la décision urbaine. Le matin, il boxe pour tenir des journées longues ; le soir, cet insatiable lecteur se plonge dans l’histoire et les relations internationales. Chez lui, la technologie n’est pas un gadget, mais l’outil d’une incurable soif d’apprendre et de comprendre. Vite.

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