B. Demenois (Rénovactif) : « Privilégier une approche globale de la rénovation thermique »

Alors que la rénovation thermique des bâtiments et son financement devraient occuper une place majeure au sein du plan de relance de l’Etat, prochainement dévoilé, Bertrand Demenois, membre de la commission environnement de la Fédération française du bâtiment (FFB), président de l’association Rénovactif, souligne la nécessité d’une approche globale en la matière.

– Quelle est la vocation de Rénovactif ?

Bertrand Demenois, président de Rénovactif.© DR

Rénovactif, créée il y a deux ans, a pour objectif d’amener des entrepreneurs à maîtriser l’approche globale que requièrent les problématiques de rénovation thermique. Pour ce faire, nous avons mis en place une formation, à destination des chefs d’entreprise, afin qu’ils soient capables, lors d’un premier contact avec une maîtrise d’ouvrage privée non-sachante, de l’embarquer vers une rénovation plus intelligente, si possible globale. Dans cet esprit, nous les formons à la réalisation d’audits énergétiques, ainsi qu’à l’environnement juridique. Nous les formons aussi aux différents aspects techniques de la rénovation, afin que ces dirigeants d’entreprises sachent en parler, et donner envie à des clients potentiels d’aborder différemment ces questions. Nous partons du constat que c’est l’entreprise qui a le premier contact avec le maître d’ouvrage. C’est donc elle qui peut être moteur pour inciter son client à choisir une démarche globale.

– Quel est l’objectif du partenariat récemment signé entre Rénovactif, la FFB Grand Paris et Alec-MVE (*) ?

FFB Grand Paris, tout comme Alec-MVE, travaille à mettre en relation des entreprises et des maîtres d’ouvrage privés, dans le cadre d’une démarche globale de rénovation thermique. Nous visons donc en l’occurrence le même objectif. C’est aussi, de la part de l’Alec, une reconnaissance des « rénovacteurs » que nous formons. C’est aussi, pour ces rénovacteurs, la possibilité d’identifier des cibles potentielles susceptibles d’être intéressées par une démarche globale.

– Quels sont aujourd’hui les principaux freins à la rénovation thermique des bâtiments, et les voies pour les lever ?

Il conviendrait sans doute d’être plus cohérent dans les messages politiques que l’on porte, notamment en garantissant plus de constance aux dispositifs de soutien financier mis en place par les gouvernements successifs. Pour la rénovation thermique, on sait que les premières actions à mener doivent être celles concernant le bâti et son isolation. Les aides en la matière sont donc essentielles. Or les pouvoirs publics ont davantage, ces derniers temps, axé leurs aides sur les modes de chauffage, les systèmes énergétiques, qui ne sont en réalité que la conséquence du bâti. Autrement dit, si le bâti est mal isolé, je peux installer la meilleure pompe à chaleur, sans réduire pour autant ma consommation.

Il faut donc cibler les aides sur les rénovations performantes, et donc globales. Il ne faudrait pas, non plus, supprimer l’ensemble des aides dont peuvent aujourd’hui bénéficier les revenus aisés. Il existe à ce sujet un problème au sein de la dernière loi de finances. S’il est essentiel que les foyers dont les revenus sont modestes puissent percevoir des aides importantes, il ne faudrait pas, en privant les 9° et 10° déciles de ces aides, que l’on se prive de plus de 50 % du marché potentiel. Nous n’atteindrons pas l’objectif des 500 000 logements rénovés en scindant les dispositifs.

– Quels sont selon vous les autres leviers ?

Ce que l’on appelle les coups de pouce, les CEE (certificats d’économie d’énergie), doivent également porter sur l’isolation des murs et les démarches globales. C’est essentiel. Ces certificats alimentent les financements dont bénéficient ensuite les foyers pour mener à bien leurs programmes de rénovation thermique. Là aussi, il faut que ces aides soient maîtrisées et cohérentes.

– Ne faut-il pas, là aussi, simplifier les dispositifs de soutien financier ?

L’ingénierie financière demeure en effet très complexe, en particulier pour les copropriétés. En plus, les aides telles qu’elles existent ne sont pas forcément cohérentes entre elles. Cela ne favorise pas la mise en route de grosses opérations.

– Qu’attendez-vous du plan de relance prochainement annoncé ?

Une cohérence politique sur le long terme prenant en compte les véritables enjeux environnementaux pour lesquels un soutien franc et massif des travaux de rénovation énergétique des bâtiments se doit d’être enfin mis en place à destination de tous les propriétaires de logements énergivores. On sait que ce marché va être extrêmement porteur dans les mois et les années à venir. Les entreprises s’y préparent. Nous sommes très confiants.

* Alec-MVE : Agence locale de l’énergie et du climat / Maîtrisez votre énergie

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