Les artisans du bâtiment en voie de disparition à Paris

Embouteillages et difficultés de stationnement empoisonnent le quotidien des plombiers, électriciens et autres menuisiers qui limitent leurs interventions à Paris. Révélée par une enquête du laboratoire Ville mobilité transport de l’Ecole des ponts ParisTech, la dégradation de la mobilité des artisans fait poindre le risque d’une disparition de la profession.

 

Contraintes récurrentes rencontrées par les artisans lors de leurs déplacements professionnels (source : enquête sur la mobilité des artisans en Ile-de-France – Ecole des ponts ParisTech, laboratoire Ville mobilité transport).

Si la circulation et les embouteillages se présentent comme les principales difficultés auxquelles doivent faire face les artisans franciliens en y consacrant en moyenne deux heures par jour, le stationnement à Paris rajoute une sérieuse complication à leur travail. Difficulté à stationner même en zone résidentielle, amendes, fourrière sont leurs lots quotidiens. Dans certains arrondissements, ils peuvent être verbalisés deux fois dans la même journée. « Ils se sentent persécutés », observe Virginie Boutueil, chercheuse au laboratoire Ville mobilité transport de l’Ecole des ponts ParisTech et coauteur, avec Thomas Quillerier et Célia Tanguy, d’une enquête sur la mobilité des artisans du bâtiment en Ile-de-France (*).

Politiques publiques inadaptées

« Par méconnaissance de ce secteur d’activité, les politiques publiques du stationnement s’avèrent totalement inadaptées aux besoins des professionnels », poursuit Virginie Boutueil. Les espaces de livraison ne leur sont pas accessibles car le véhicule ne peut rester sur place sans personne à son bord, or la plupart des artisans du bâtiment interviennent seuls sur un chantier. Les dérogations de stationnement accordées par la ville se limitent à un macaron par entreprise par tranche de dix salariés, sauf que l’effectif moyen des 77 entreprises sondées dépasse tout juste trois personnes. « Les petites entreprises du bâtiment comptent en moyenne deux véhicules pour quatre intervenants », détaille Virginie Boutueil.

Distribution des 77 entreprises sondées par taille de la flotte de véhicule.

Refus d’intervenir dans les 1er, 2e, 3e et 4e arrondissements

Les conséquences de ces difficultés croissantes commencent à se faire sentir. Les artisans choisissent le chantier en fonction de son accessibilité et un sur dix n’intervient plus dans les 1er, 2e, 3e et 4e arrondissements de Paris. La plupart ne se déplacent plus que s’ils ont l’assurance d’avoir une place de parking. Certains se font livrer leurs produits sur place par leurs fournisseurs de manière à réduire leur déplacement. Mais les dirigeants répercutent les surcoûts ainsi que les contraventions sur les factures et pratiquent des taux horaires différents selon les quartiers. D’autres optent pour la journée continue en se privant de déjeuner de manière à quitter la Capitale dès 15 h.

« Violence des formulations »

« Tant que les artisans trouvent des alternatives, la ville de Paris ne réagit pas, constate la directrice adjointe de l’Institut de la mobilité durable Renault-ParisTech, mais ces solutions ont atteint leurs limites. » Si les chercheurs redoutent que des rénovations dans certains quartiers ne se fassent pas, ils constatent surtout une dégradation des situations vécues par les artisans, notamment depuis la fermeture des voies sur berges et la réduction du stationnement sur voirie. « L’enquête a confirmé nos hypothèses, mais nous avons été surpris par la violence des formulations », alerte Virginie Boutueil.

Enquête à une plus grande échelle

Les plombiers, couvreurs, électriciens et autres menuisiers seraient même menacés d’extinction à Paris, car non seulement les entreprises actuelles n’ont aucun projet de développement mais les jeunes refusent d’y intervenir. Dès lors, « le marché est partiellement occupé par des sociétés étrangères méconnaissant la réglementation et laissant, par exemple, les déchets sur le trottoir », prévient la chercheuse, convaincue de la nécessité de lancer une enquête à une plus grande échelle pour quantifier réellement l’ensemble de ces difficultés et leurs conséquences. Dans un premier temps, le laboratoire Ville mobilité transport va transmettre un rapport sur cette première étude à la Capeb, la ville de Paris, la région Ile-de-France et l’Ademe.

 

* 77 entreprises du bâtiment situées en Ile-de-France, soit 81 artisans, ont été sondées au cours du premier semestre de 2017.

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