A Trilport, le béton de chanvre s’invite dans des logements sociaux

Dans la petite ville de Seine-et-Marne, GPA aménage un écoquartier où prévaudront les matériaux bio et géosourcés. Premier à sortir de terre, un bâtiment de 45 logements en béton de chanvre.

Située à l’est de Meaux, la petite ville de Trilport, avec ses quelque 5 000 habitants, se prépare à changer de taille, et d’allure. D’ici quelques années, le nouvel écoquartier l’Ancre de Lune, dont l’aménagement a été confié à Grand Paris Aménagement (GPA), accueillera 450 nouveaux logements : la majorité s’installera en cœur de ville, quelques parcelles supplémentaires étant réservées à des maisons individuelles assorties de vastes jardins en bordure d’agglomération. Pour l’instant, cependant, seule une première phase, comptant trois immeubles d’habitations et une dizaine de maisons de centre ville, est en développement. « Vu la taille de la ville, l’aménagement doit se faire de façon raisonnée pour éviter un afflux trop brutal de population. D’où ce phasage très soigneux », explique Tiphaine Albert, responsable d’opérations à GPA.

Tiphaine Albert ©  Jean-Luc Luyssen – Jean-François Deroubaix

Mais le futur écoquartier présente une seconde particularité : la totalité des bâtiments devront être labellisés « bâtiments biosourcés ». A première vue, le lot B1, le premier à sortir de terre et qui devrait être livré début 2021, semble pourtant de facture très traditionnelle : sa structure est réalisée en poteaux-poutres béton. « Mais sa façade sera réalisée en béton de chanvre », explique Philippe Lamarque, du cabinet d’architecture Être et chêne, qui a dessiné cet ensemble de 45 logements sociaux construits par le foyer Rémois. Un matériau réalisé à partir de chènevotte – la partie boi- sée de la plante de chanvre – et de chaux, qui apporte le liant. Particularité : « ce matériau isole du froid bien évidemment, mais permet surtout un très bon déphasage de la chaleur d’été : il faut environ 10 heures pour ressentir l’augmentation de la température intérieure. En Australie, un bâtiment ainsi construit affichait 24 degrés intérieur quand, à l’extérieur, le thermomètre montait jusqu’à 40 degrés ! ». « Grâce à ce matériau, le bâtiment peut ambitionner d’atteindre le niveau 2, voire 3 du label « bâtiment biosourcé », assure Tiphaine Albert. Avantage supplémentaire : la chènevotte arrive en vrac d’une chanvrière située à proximité, l’association Planète Chanvre, implantée près de Coulommiers. « Nous bénéficions donc d’un écosystème extrêmement favorable », poursuit la chargée d’opérations.

La construction du bâtiment devrait s’achever début 2021.© Etre & Chêne

Ossature bois

Cette démarche s’appliquera à l’ensemble de l’écoquartier : à côté du lot B1 s’élèveront bientôt deux bâtiments également construits par le Foyer Rémois et Coop Access, l’une de ses filiales : ils seront tous deux en ossature bois. La dizaine de maisons de ville proposées à la vente devront, elles aussi, être construites en ossature bois et comporter une isolation végétale. Pour les phases suivantes, « l’objectif est de diversifier les modes de construction », explique Tiphaine Albert. Ainsi, les pavillons prévus dans la zone située au sud du centre ville pourront utiliser le bois, le chanvre, mais aussi pourquoi pas la paille, le lin, ou des matériaux géosourcés s’ils sont locaux, comme la terre ou la pierre. Avec l’ambition d’atteindre au moins, sur la phase 2, le niveau 2 du label.

« Le chanvre constitue une vraie filière agro-industrielle »

Philippe Lamarque, architecte et président de Construire en chanvre Ile-de-France

Philippe Lamarque © Etre & Chêne

Quels avantages présente le chanvre ?

P. L / Le chanvre présente plusieurs avantages : c’est un bon isolant contre le froid, mais il permet surtout un très bon dépha- sage de la chaleur ce qui permet d’éviter l’usage de la climatisation. C’est aussi un matériau hygroscopique : il absorbe une grande partie de l’humidité intérieure, ce qui modère le recours à des systèmes de ventilation complexes et difficiles d’entretien. Enfin, il résiste extrêmement bien au feu.

Ce matériau est-il facile d’accès ?

P. L / La France est le troisième producteur mondial de chanvre. Cette plante rentre dans le cycle de rotation des cultures et ne nécessite aucun intrant. Deux chanvrières existent en Ile-de- France : Planète Chanvre en Seine-et-Marne, Gâtichanvre dans le sud de l’Essonne : c’est donc une filière locale qui crée des emplois industriels.

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