R. Castro : « Il faut élire la Métropole au suffrage universel et fusionner l’Ile-de-France et la Normandie »

« Sans réforme institutionnelle ambitieuse, il ne se passera jamais rien », estime Roland Castro à propos de la construction métropolitaine en Ile-de-France. Pour l’inventeur de Banlieue 89, pilier de l’Atelier international du Grand Paris (AIGP) et auteur du récent rapport du « Grand Paris à Paris en Grand », l’échéance des élections régionales à venir doit être l’occasion de relancer ce débat.

Pourquoi intervenez-vous aujourd’hui sur la construction institutionnelle métropolitaine ?

J’ai envie de balancer ma conviction sur la question du gouvernement du Grand Paris : je pense que tant que l’on n’élit pas la Métropole au suffrage universel direct [et non pas par fléchage sur les listes communales comme aujourd’hui, ndlr], il ne se passera rien. On aura une métropole du Grand Paris qui n’est quand même qu’un machin qui produit les entrailles, mais qui ne peut être le grand fabricant d’urbanité du Grand Paris. Nous n’avons pas, aujourd’hui, une institution qui prend la Seine dans son long, l’A86 dans sa continuité, qui envisage les questions dans leur généralité, comme je l’indiquais dans mon rapport. Le système permettant des organisations à géométrie totalement variable, que je proposais en 2019, a l’avantage de la souplesse mais n’est bon que pour conduire des projets.

Roland Castro. © Jgp

Que proposez-vous ?

C’est l’histoire d’un pied trop grand dans une chaussure trop petite. Le pied c’est la Métropole, considérée comme la zone agglomérée dense, s’étendant tout de même sur 120 kilomètres et représentant un très long morceau de Seine, qui constitue le lieu qui réclame le plus de soins si l’on veut en faire un territoire agréable et climatiquement responsable. La chaussure c’est la Région, trop petite. Dès lors, je pense qu’il faut lancer une campagne pour créer la région Paris-Normandie. Comme une telle réforme suppose la disparition d’une des deux régions, il ne faut peut-être pas trop demander leur avis aux exécutifs directement concernés. Mais cela permettrait de construire à la fois le port et la Métropole, de former ainsi une vraie Région, avec de l’urbain et du rural. En Ile-de-France, nous avons un grand urbain et un petit rural.

Pourquoi souhaitez-vous un suffrage universel pour la Métropole ?

Tant qu’il n’y aura pas un vrai suffrage universel, il n’y aura pas de Grand Paris jusqu’au Havre. Les grands projets qui sont nécessaires, et dont on parle depuis des années, ne verront jamais le jour sans une telle réforme. Il faut créer ces lieux formidables, exceptionnels, qui donneront enfin au Grand Paris des alternatives à la seule attraction du centre historique. En procédant, lors de la rédaction de mon rapport, au mariage des communes par grappes de maires concernés par un même projet, décrivant un « qui fait quoi ? » entre l’Etat, les citoyens et les communes, j’avais trouvé une bonne méthode pour le projet. Mais je n’ai pas parlé de structures.

J’ai dit récemment à Anne Hidalgo et Patrick Ollier qu’il faut en finir avec la métropole des maires. Il faut absolument ce suffrage universel. Sinon, on n’y arrivera pas. Il y a tellement de choses qui ont été faites dans ce territoire à la disposition des élus. Cela me rend dingue de constater le nombre de niveaux de bureaucratie qui se sont accumulés, parce que l’on ne voulait froisser personne. C’est effrayant. Avec des bouts d’opérations d’intérêt national (OIN) absurdes, s’arrêtant aux frontières départementales, infranchissables… C’est invraisemblable. Je ne sais pas s’il faut supprimer ou non les Départements, élus au suffrage universel et qui possèdent une longue histoire. Mais dans le dessin de la Métropole, jusqu’à l’A104, englobant les villes nouvelles, il faut le suffrage universel.

Roland Castro, lors de la présentation du livre tiré de son rapport « du Grand Paris à Paris en Grand », entouré d’Anne Hidalgo et de Patrick Ollier, sur la scène de la Gaité lyrique, le 16 octobre 2019. © Jgp

Avec Thierry Lajoie, le 20 janvier 2020, lors des vœux de la métropole du Grand Paris au Pavillon de l’Arsenal. © Jgp

Ne craignez-vous pas que l’attachement des élus, constamment répété, à cette métropole des maires aboutisse à ce que l’on fasse litière de votre proposition ?

Avant de réunir un consensus, il faut commencer par formuler des propositions. On voit bien, tout de même, que la bonne volonté ne suffit pas. Je l’ai dit également au président de la République. Il faut, alors que l’on entre dans une phase électorale, lancer le débat sur ces questions. J’ai beaucoup écrit, beaucoup montré ce qu’il faudrait faire. Il y a tout de même, dans le Grand Paris, l’énorme question de toutes les zones dites de non-droit, qui demeurent dans un état invraisemblable. S’il n’existe pas une autorité puissante pour s’occuper de ça, on n’y arrivera pas non plus. Il faut démembrer certains quartiers. J’ai fourni quelques preuves, par exemple lors des émeutes de 2005, que lorsque les quartiers sont bien construits, on ne les démolit pas. J’ai fait reculer le vote Front national avec Banlieue 89.

J’ai eu l’impression d’avoir écrit, en 2019, un rapport post-Covid. Lorsque je décris une métropole-oasis et ses 3 000 villages, c’est exactement ce qui s’est passé durant le premier confinement. Les gens ont découvert la proximité, l’importance du village en bas de chez eux. Comme tous les reclus, je m’énerve, car j’ai eu l’impression d’avoir ouvert de nombreuses pistes, extrêmement liées aux questions climatiques. J’ai tout de même construit une tour de jardins suspendus.

J’ai une vision et une pensée, qui me poussent à dire qu’il faut changer de braquet, se décider à bâtir une région réellement puissante, qui intègre le port de Paris, dans la lignée du projet d’Antoine Grumbach. Et il faut que les hommes politiques ne soient pas hostiles à ce qu’il existe des projets imaginés par des architectes. Nous sommes tout de même des citoyens. Nous avons beaucoup réfléchi à ces questions. Nous ne sommes pas que des techniciens urbains.

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