Gaîté lyrique : deux ténors et une mezzo-soprano pour une ode à la métropole

Autour de Roland Castro, qui présentait le livre tiré de son rapport « du Grand Paris à Paris en Grand », Anne Hidalgo et Patrick Ollier ont fait le tour, sur la scène de la Gaité lyrique, des enjeux clés du Grand Paris.

De quoi finit-on toujours par parler lorsque l’on traite du Grand Paris ? De rééquilibrage, d’aménagement du territoire et de transition écologique. Et le débat organisé mercredi 16 octobre 2019 sur la scène de la Gaîté lyrique, à Paris, autour du rapport de Roland Castro, devenu un livre, n’a pas dérogé. Le code des marchés publics, évoqué à plusieurs reprises comme un corset inadapté aux défis du temps, s’est également invité dans les échanges.

Patrick Ollier, Roland Castro, Anne Hidalgo. © Jgp

Roland Castro a résumé ses croyances de toujours, la vertu du beau contre les dérives des banlieues, les torts de l’architecture-objet, la plaie des égos d’architectes qui rivalisent au lieu de coopérer au sein d’un même projet urbain. © Jgp

Roland Castro, en pleine forme, a rappelé les trois pensées néfastes qui, au cours de l’histoire des dernières décennies, ont abouti à la situation actuelle. La pensée urbanistique, qui a bâti les grands ensembles honnis, la pensée politique qui a sacrifié le département de la Seine sur l’autel d’un accord entre gaullistes et communistes, et la pensée technocratique, qui a conçu les villes nouvelles en les éparpillant. « Il existe trois bourgeoisies, a décrit l’architecte, citant Marx : la bourgeoisie financière, qui a gagné la partie, la bourgeoisie industrielle, qui est en mauvais état, et la bourgeoisie d’Etat, le pouvoir des technocrates, qui ne s’est jamais aussi bien portée. »

Roland Castro. © Jgp

Roland Castro a résumé ses croyances de toujours, la vertu du beau contre les dérives des banlieues, les torts de l’architecture-objet, la plaie des égos d’architectes qui rivalisent au lieu de coopérer au sein d’un même projet urbain, le droit au droit, à l’éducation, à l’égalité des chances. Il a réaffirmé sa conviction selon laquelle chacun est un scénariste urbain qui s’ignore, évoquant également l’urgence climatique comme étant désormais au cœur de tous les enjeux urbains. L’architecte des tours Emblematik – récemment inaugurées à Aubervilliers – a affirmé son souhait de voir un jour l’Etat cesser de s’approprier des lieux qui appartiennent à tous, appelant à la fin des chasses gardées.

Cathédrales de l’accueil

Devant une salle acquise, Roland Castro a rappelé une des propositions phares de son rapport, la création de cathédrales de l’accueil, distinctes du traitement des questions d’immigration, mais permettant de résoudre notre renoncement collectif à accueillir les migrants, « une des questions les plus destructrices de notre société ».

« Roland Castro m’inspire depuis toujours », a souligné la maire de Paris. Anne Hidalgo a évoqué « l’inconfort » comme une constante de son existence, expliquant pourquoi elle avait toujours eu le goût « de sortir des sentiers battus ». La présidente du C40 a rappelé son combat pour la transition écologique, affirmant son aversion pour le court-termisme de nombreux politiques, qui l’a conduite, explique-t-elle « à essayer de faire les choses différemment ».

Réinventer Paris, imaginé avec Jean-Louis Missika, a été cité en exemple d’une volonté de coconstruction des projets urbains, associant le plus grand nombre. La probable candidate à sa réélection à la tête de la Capitale a cité également le travail de transformation des places de Paris entrepris à la Nation, au Panthéon et prochainement inauguré à la Bastille, « pour lequel des milliers de Parisiens ont été associés ».

« Roland Castro m’inspire depuis toujours », a souligné la maire de Paris. © Jgp

« Nous n’étions pas, en 1968, du même côté des barricades, a entamé Patrick Ollier. © Jgp

« J’aime dans le rapport de Roland cette invitation à se sentir libre, à sortir des cadres, et affirmer la place que doit avoir aussi la poésie en urbanisme », a poursuivi l’élue, citant également la métropole comme un exemple d’une institution qui préfère la coopération aux confrontations stériles. « Je reviens de Copenhague, où j’ai rencontré de nombreux jeunes qui expriment très clairement leur volonté de ne plus vivre comme nous avons vécu, de prendre en considération chaque être humain », a également indiqué Anne Hidalgo, concluant son allocution en insistant sur « le caractère mortifère des débats institutionnels ».

Barricades

« Nous n’étions pas, en 1968, du même côté des barricades, a entamé Patrick Ollier. Mais nous avons cheminé ensemble, appris à nous connaître et à nous apprécier », a poursuivi le président de la métropole du Grand Paris. A son tour, Patrick Ollier a fait l’éloge de l’intelligence collective, d’une métropole où l’immense majorité des décisions sont adoptées à l’unanimité, « car si les clivages ont du sens au plan national, ce n’est pas le cas au plan local ».

Le maire de Rueil-Malmaison a décrit l’engagement résolu de la métropole pour la transition écologique, la nature en ville, la gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations. L’élu a affirmé son adhésion à l’idée de Roland Castro d’organiser une gouvernance en regroupant les élus en chapelets de maires, réunis en fonction des sujets, des lieux et des affinités. Il s’est dit prêt, enfin, à organiser un jour une 3° édition d’« Inventons la métropole » sur le thème de l’aménagement au bord des fleuves et rivières qui coulent en Ile-de-France et au-delà.

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