Marie-Vorgan Le Barzic : Dans les champs du possible

Elle a semé les graines de sa réussite au gré d’un parcours pour le moins atypique qui l’a mené à la tête de Numa, haut lieu parisien de l’innovation dédié aux start-up. Itinéraire d’une self-made woman qui croit fort au collectif.

Cette fille d’agriculteurs bretons a revisité à sa manière la tradition familiale en choisissant de cultiver les jeunes pousses parisiennes du numérique. Et ça lui réussit plutôt bien ! Voilà une décennie qu’elle œuvre dans le secteur comme déléguée générale de l’association Silicon Sentier, devenue fin 2013 Numa. Située au cœur du Sentier sur six étages, la structure regroupe incubateur, accélérateur, espaces de coworking… Bref de quoi créer, accompagner une start-up et surtout faire circuler les idées et les savoirs. C’est comme ça que Marie-Vorgan Le Barzic, 40 ans, conçoit l’entrepreneuriat. Un peu comme un village breton où à l’heure de la moisson et des intempéries, chacun  file un coup de main au voisin, prête un outil, etc. « Cette solidarité m’a marquée », explique-t-elle évoquant ses parents qui « ont quitté Paris et leurs études supérieures pour se lancer dans l’agriculture ». Mai 68 était passé par là entraînant dans son sillon des envies de retour à la terre.

Marie-Vorgan Le Barzic

Marie-Vorgan Le Barzic. © GB

Mais elle, plutôt fleur de bitume, finit, après quelques détours, par mettre le cap sur Paris. Elle a 21 ans, un bac en poche et vogue de petits boulots en petits boulots. « J’ai toujours eu besoin d’expérimenter les choses pour apprendre. » Un jour, au détour de la machine à café d’une entreprise de télémarketing, un collègue lui parle d’une start-up qui recrute. « Je tente. Je fais tout et rien. Puis les RH. J’apprends auprès de l’équipe. Je me forme. Ça tourne bien, raconte-t-elle de cette voix calme et posée qui tranche parfois avec le récit d’une vie foisonnante. La société passe de 30 à 160 salariés ! La bulle Internet explose. Tout s’arrête. » Un épisode fondateur pour la jeune femme qui assiste à l’ascension et au déclin tout aussi fulgurant de la société.

Fédératrice

« En cherchant à nouveau du travail, je me suis tournée vers Silicon Sentier et Net, des associations qui s’occupaient de start-up. Je m’aperçois qu’elles sont un peu en sommeil du fait de l’explosion de la bulle. » Avec  plusieurs entrepreneurs, elle va frapper à la porte de la mairie de Paris. Tous sont persuadés de la nécessité, entre autres, de créer un lieu où les start-up – « qui passent leur temps à grandir, maigrir avec des problématiques financières, logistiques » – puissent s’épanouir. A force de persuasion, on lui confie une mission auprès de Paris développement pour réfléchir au sujet. Elle « potasse », s’inspire, entre autres, des clusters à l’italienne « où s’opèrent des regroupements spontanés d’entreprises d’un même secteur sur des territoires réduits ».

Le directeur de Paris développement voit le potentiel. « En 2003, on lance l’opération. Les associations fusionnent sous le nom de Silicon Sentier. Des débuts un peu difficiles mais ça prend, grâce à l’équipe. Ma force, c’est de savoir m’entourer de gens beaucoup plus compétents que moi, affirme-t-elle. Je suis dans la complémentarité et l’apprentissage. » Les projets foisonnent : en 2008, la Cantine, premier espace de coworking parisien voit le jour, suivi en 2011 du Camping, premier accélérateur de start-up. Le tout aujourd’hui regroupé sous le nom de Numa (pour numérique et humain). Un lieu comme un principe qui pourrait exister partout car il y a « un besoin de mise en cohérence des écosystèmes », insiste-t-elle certaine que « des tensions de la société peuvent se résoudre en accélérant dans le collectif. Je n’ai rien inventé, j’ai réinterprété. Le sujet essentiel, c’est l’organisation de la société. »

Sur le même sujet

Fiche institution

Top