Portrait – Marie-Pierre de la Gontrie : Sa voie francilienne

De son enfance en Savoie à son ascension politique francilienne, la-vice-présidente de la région raconte un parcours « sans calcul ».

D’une voix agréablement cassée par quelques tiges incandescentes, Marie-Pierre de la Gontrie s’excuse du léger retard… Une réunion qui s’est étirée dans le temps. « Un café ? » Les traits sont un peu tirés par un agenda que l’on devine bien rempli et auquel fait écho un pochoir – signé de l’artiste Miss.Tic – épinglé au mur du bureau : « Le temps est-il un crime parfait ? ». Sans la moindre hésitation, elle répond oui.

Marie-Pierre de la Gontrie

Marie-Pierre de la Gontrie. © GB

Il est loin le temps où elle s’ennuyait ferme dans sa Savoie natale où elle était la fille de « l’avocat-maire-sénateur ». C’est ce qu’elle répondait, sans trop savoir dans quel ordre elle devait présenter les choses, quand on lui demandait ce que son papa – Pierre de la Gontrie – faisait dans la vie. Radical-socialiste, proche de Mitterrand, « un ami de la famille ». Elle baigne dans la politique et y viendra plus tard. En attendant, elle l’observe. Parfois avec défiance, « lorsqu’elle devient une passion qui engloutit ». Ses idéaux de jeune fille, c’est plutôt liberté et indépendance. « Je ne saurais l’expliquer mais très tôt, j’ai su qu’il fallait être autonome. Et ne dépendre de rien ni personne. »

À « l’école Joxe »

À 15 ans, « quelques années après la mort de mon père, nous sommes partis vivre à Paris. Passer d’une ville de 30 000 habitants à la capitale où personne ne vous connaît, avec une mère qui travaille toute la journée comme collaboratrice de député et… une mobylette, ça avait un petit goût de liberté », raconte-elle. Libre donc, mais consciencieuse : le bac à 16 ans, le diplôme d’avocate à 20 ans. « J’ai toujours eu le syndrome de la bonne élève », avouera-t-elle plus tard. Et elle fut sans doute au premier rang de « l’école Joxe ». Pierre Joxe, avocat et homme de gauche. C’est avec lui qu’elle apprend « avec rigueur et exigence » les coulisses de la politique. D’abord comme assistante parlementaire à l’Assemblée nationale « pour payer ses études » avant d’y être embauchée… à 22 ans. « On a fait la campagne de Mitterrand “Changer la vie !” », lance-t-elle comme une vieille ritournelle. Joxe devient ministre. « Il me demande de rejoindre le cabinet lorsqu’il est nommé à l’Intérieur. J’ai 25 ans. Avec le recul, je peux dire que je ne mesurais pas ce que je vivais et à quel point on m’a fait confiance. » Mais à 30 ans elle décide de lâcher un peu de lest politique. « Je voulais pouvoir décrocher et avoir la liberté d’exercer mon métier d’avocate ». Même si, en 1990, elle rend sa carte du PS – la faute aux querelles intestines lors du Congrès de Rennes –, elle ne reste jamais bien loin de la politique.

D’ailleurs, on fait appel à elle pour les premiers contentieux électoraux liés aux financements de campagne. Elle signe plusieurs victoires, si bien qu’en 1995, elle est sollicitée pour devenir l’avocate de la campagne de Jospin. Retour au PS où elle est secrétaire nationale en charge de la justice. Puis « on est venu me chercher pour être tête de liste de la circonscription de Paris aux régionales de 98. J’ai réfléchi six mois ! Je n’avais jamais été candidate. » Elle accepte et gagne… son premier mandat de vice-présidente en charge de la culture. Elle se prend au jeu : il y aura les municipales à Paris en 2001 (elle sera adjointe au maire) puis, à nouveau, les régionales en 2004. Mais cette fois, elle demande les finances. « J’étais arrivée au bout de mes idées en culture. Il faut savoir se renouveler… » Le renouvellement, c’est justement ce qui la conduit aujourd’hui à briguer la présidence de la Région. « Nous étions nombreux à penser, à tort, que Jean-Paul ne se représenterait pas », souligne-t-elle.

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