Téméraire, Marianne Gazeau s’est fait une place, dès les années 1980, dans le monde alors balbutiant et masculin de l’intelligence économique. Elle investit aujourd’hui le terrain du football féminin…
Au pif ! De l’intuition ! Voilà ce qui a toujours guidé Marianne Gazeau dans ses choix. « Je ne sais pas si c’est la meilleure méthode mais c’est la mienne ! » La fondatrice de Sésame, cabinet de conseil en intelligence économique, avoue son goût pour le risque et l’innovation « qu’importe les difficultés, il faut aller au bout ! » La pétillante quinqua est du genre déterminée. Un trait de caractère qui, de toute évidence, dessine le personnage depuis longtemps. Jeune fille, éprise d’indépendance, elle rêve de grands horizons. Résultat : une fois ses études de communication bouclées, elle quitte sa Gironde natale pour l’Amérique du Nord.
« Je suis partie un an avec mon mari et un sac à dos. Nous nous étions fixé des missions. La mienne était d’aller voir de quelle manière s’organisaient les services d’information et de documentation des bibliothèques, des entreprises, etc. Je suis revenue avec un rapport complet. » Un document qu’elle soumet à diverses institutions avant que ne se présente l’opportunité de partir à nouveau. Au Cameroun, cette fois. Elle décroche une mission auprès du ministère de la Coopération « qui m’a chargée d’étudier les systèmes d’information du pays. » Elle n’a alors que 25 ans et de l’aplomb à revendre. « J’aime aller vers ce que je ne connais pas », lâche-t-elle comme une ligne de conduite.
« D’égal à égal »
De retour en France, à Paris, elle intègre un cabinet de conseil en stratégie comme assistante de recherche auprès de consultants. « J’ai aimé ce travail d’investigation et le foisonnement de sujets à traiter », s’enthousiasme-t-elle encore. Pourtant à la fin des années 1980, elle met les voiles. « Ambitieuse, je souhaitais plus de responsabilités, résume-t-elle rapidement. Disons que c’était un monde d’hommes. Difficile d’être traitée d’égal à égal. » Une énième réflexion un peu trop teintée de machisme la pousse non pas à sortir de ses gonds mais à redoubler de ténacité.
Elle monte sa propre société, Marianne Gazeau consultants, spécialisée dans l’intelligence économique (collecte, analyse, valorisation de l’information économique, etc.). « Cela s’est imposé comme une suite logique à ma carrière. La France n’en était qu’à ses débuts en la matière », souligne-t-elle. Très vite, elle participe à l’émergence du secteur et en perçoit rapidement les mutations. « Nos activités allaient immanquablement croiser celles des nouvelles technologies. De nouveaux outils s’offraient à nous pour mettre en scène et traiter l’information, notamment via l’intranet. »
Elle réajuste son activité et crée Sésame en 1998. Aujourd’hui, la société propose veille et analyse stratégique, e-réputation, etc. Des compétences que Marianne Gazeau a décidé « de mettre au service d’un projet citoyen. Nous avons cherché des pistes qui ont fini par nous mener au football féminin. Peu médiatisé mais présent sur les réseaux sociaux… Je suis donc allée voir un match. Le France/Pologne de 2011 », raconte celle qui avoue ne jamais avoir eu de passion pour le ballon rond jusqu’à ce match.
En 2012, elle fonde Foot d’Elles d’abord incarné par un site web, une communauté, des événements. Le tout imaginé pour promouvoir ce sport au féminin. Derrière cela, ce sont aussi des valeurs de mixité et d’égalité notamment entre hommes et femmes que la cheffe d’entreprise entend défendre. « On va me prendre pour la féministe de service mais ce combat n’est toujours pas gagné. » En 2019, la France accueillera la coupe du monde de football féminin. De quoi élargir des horizons que Marianne Gazeau ira explorer… perchée sur ses hauts talons et sans vaciller.
